Accueil du site > Psychologie > Certaines personnes sont-elles "cerveau droit" et d’autres "cerveau gauche" (...)

Certaines personnes sont-elles "cerveau droit" et d’autres "cerveau gauche" ?

Le 31 décembre 2009

Bien entendu, les gens ordinaires ne sont pas, comme les aficionados du cerveau droit/cerveau gauche voudraient le faire croire, seulement des patients au cerveau divisé, ils n’ont pas eu leur corps calleux sectionné. Dans un cerveau normal, le côté qui est le premier incorrect appellera à l’aide. Tant que les connexions avec le côté gauche sont intactes, les deux hémisphères communiquent normalement ensemble durant la plupart des tâches (Mercer, 2010 [4]). Après une opération de division cérébrale, cette coopération n’est plus possible, ainsi les systèmes séparés vivent ensembles du mieux qu’ils le peuvent.

De ce fait, les caractéristiques par lesquels les deux côtés du cerveau diffèrent sont beaucoup plus limitées que ce que certains psychothérapeutes new age et leur "hémisphérité" veulent bien le faire croire (Aamodt & Wang, 2008 [5] ; Corballis, 1999 [6], 2007 [7] ; Della Sala, 1999 [8]). Sur la balance, les deux hémisphères sont beaucoup plus similaires qu’ils ne sont différents dans leurs fonctions (Geake, 2008 [9]). Les neuroscientifiques modernes n’ont jamais été d’accord avec les "entraineurs d’hémisphères" new age, qui déclarent que dans les deux moitiés du cerveau s’hébergent des esprits totalement différents qui appréhendent le monde de façons radicalement différentes, avec un côté (le gauche) qui est un comptable et l’autre (le droit) un véritable maitre zen.

Robert Ornstein, avec son livre The Right Mind : Making Sense of the Hemispheres, fait partie de ceux qui ont fait la promotion de l’idée d’utiliser différentes façons notre esprit "créatif" droit contre nos cerveaux "intellectuels" gauche. De tels programmes visent à entraîner les cadres à développer les "capacités cachées" de leurs cerveaux droits (Hermann, 1996 [10]). Le livre à succès Drawing on the Right Side of the Brain (Edward, 1980), vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires, encourage les lecteurs à libérer leurs aptitudes artistiques en supprimant leur hémisphère gauche "analytique" !

L’importance accordée, par les psychothérapeutes, à l’assignation de toutes les facultés mentales dans un unique compartiment gauche ou droit, doit certainement plus à des intérêts politiques, sociaux ou commerciaux qu’à la science. Ses détracteurs ont surnommé ce point de vue extrême la "dichotomania" à cause de cette tendance des psychothérapeutes à faire une dichotomie entre les fonctions des deux hémisphères (Corballis, 1999). La notion a été embrassée de manière enthousiaste par les partisans new age des années 1970 et 1980, parce qu’elle offrait une explication sur le monde qui était mystique et intuitive.

Les psychothérapeutes ont donc embelli les différences réelles existantes dans le traitement de l’information par les hémisphères, en déclarant l’hémisphère gauche froid et rationnel comme étant prétendument "logique", "linéaire", "analytique" et "masculin". Au contraire, ils proclament que l’hémisphère droit chaud et doux est "holistique", "intuitif", "artistique", "spontané", "créatif" et "féminin" (Basil, 1988 [11] ; Zimmer, 2009). En prétendant que la société moderne dévalue l’hémisphère droit et son mode sensible d’approche du monde, les diviseurs font l’article sur des schèmes fantaisistes pour accélérer l’activité des hémisphères. Leurs livres et séminaires promettent de nous libérer des barrières du développement personnel imposées par un système scolaire inflexible qui favoriserait la pensée de l’hémisphère gauche.

Pourtant, un panel d’expert rassemblé par l’Académie Nationale des Sciences US a conclu que "(…) nous n’avons aucune preuve directe qu’une utilisation hémisphérique différentielle peut être entrainée" (Druckman & Swets, 1988, p110 [12] ). Le panel a conclu que l’entrainement comportemental pouvait probablement augmenter les différents styles d’apprentissage ou de résolution des problèmes, mais que de telles améliorations n’étaient pas dues à des différences dans le fonctionnement des deux hémisphères.

Si les exercices comportementaux promus pour les gymnastes de l’hémisphère droit pouvaient apporter quelques bénéfices, nous ne pouvons en dire de même pour les "synchroniseurs cérébraux" vendus dans les mêmes buts (Beyerstein, 1985 [13] , 1999 [14]). De nombreux appareils de ce genre sont supposés harmoniser ou synchroniser l’activité des deux hémisphères. L’un des plus connus de ces schèmes a été inventé par un responsable en relations publiques sans aucune formation en neurosciences. Comme les autres du même genre, l’appareillage synchroniserait les ondes cérébrales des hémisphères par des signaux de retour.

Certainement que l’effet placebo fait que certains acheteurs en sont satisfaits. Pourtant, même si l’appareil synchronisait les ondes cérébrales droite-gauche, il n’y a aucune raison de croire que mettre les deux hémisphères en résonance de cette manière serait bon pour nous. En fait, si le cerveau fonctionne de manière optimale, c’est exactement ce qu’il ne faudrait pas faire. Une performance psychologique optimale exige habituellement une activation différentielle plutôt qu’une synchronisation des hémisphères (Beyerstein, 1999).

Conclusion

Ne tombez pas sous les charmes des déclarations, qui peuvent paraitre séduisantes et intuitives au premier abord, des adeptes de la dichotomie du cerveau, notamment dans des séminaires vendus très chers, ou des livres aux titres accrocheurs qui semblent trop beaux pour être vrais. La recherche sur les différences des hémisphères du cerveau, même par ceux qui sont responsables des découvertes sur les spécialisations gauche-droite, ne font que montrer que le cerveau fonctionne normalement et d’une façon totalement intégrée (Corballis, 2007 ; Gazzaniga, 1998 ; McCrone, 1999).

- Psychologie du cerveau : Pour mieux comprendre comment il fonctionne. Alain Lieury.
- Comprendre notre cerveau, J.-M. Robert.


| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2019 - Charlatans.info |