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Chirurgie et effets secondaires transcendants

Le 11 février 2010

Les adeptes des différentes religions partagent la croyance qu’il existerait une réalité qui transcenderait leur expérience personnelle. Mais une étude sur le cerveau de patients atteints de cancers, désigne des régions cérébrales qui pourraient réguler cet aspect de la pensée spirituelle. Les chercheurs ont trouvé que certains patients, qui ont vécu une opération chirurgicale pour leur retirer une région du cortex, sont devenus beaucoup plus enclins à la "transcendance".

Les scientifiques se sont beaucoup intéressés aux origines et aux fondements neuraux de la foi religieuse. Pourtant, contrairement à certains comptes-rendus médiatiques trop enthousiastes, les scans des cerveaux de personnes de foi différente auxquelles on a demandé de penser à leur association avec dieu, n’ont jusque maintenant pas réussi à révéler de "point dieu", ce qui laisse penser que plusieurs régions du cerveau sont impliquées.

Dans cette étude, publiée dans Neuron [1], le psychologue Cosimo Urgesi de l’Université d’Udine en Italie et ses collègues ont suivi différentes approches, demandant à 88 patients atteints de cancers du cerveau de remplir un questionnaire de personnalité complet avant et après leur opération chirurgicale devant leur retirer leur tumeur. Une section du test mesurait la "transcendance" de chacun. Par exemple, elle demandait aux sondés de parler de leur tendance à être si absorbés dans une activité qu’ils en perdaient toute notion de temps et de lieu, et s’ils ressentaient une forte connexion spirituelle avec les autres ou avec la nature.

Urgesi et ses collègues ont rapporté dans Neuron que les patients avec des tumeurs malignes dans les régions postérieures du cerveau, comprenant le cortex pariétal et temporal, avaient en moyenne des scores plus élevés sur l’échelle de la transcendance que ceux avec des tumeurs dans le cortex frontal. En outre, ces patients avec des tumeurs postérieures montraient des scores de transcendance plus élevés après l’opération. Des analyses supplémentaires suggéraient que les patients qui avaient perdu certaines régions du cortex pariétal postérieur étaient plus susceptibles de montrer des augmentations de la transcendance.

Les chercheurs en concluent que ces régions inhibent normalement la pensée transcendante, et que les dommages causés par la tumeur et la chirurgie affaiblissaient cette inhibition. Les chercheurs n’ont vu aucun changement post-chirurgical dans la transcendance chez les patients avec des tumeurs du lobe frontal, ou dans un groupe de patients avec des méningiomes, dont les tumeurs dans les membranes enveloppant le cerveau pouvaient être retirées dans endommager l’organe lui-même. Ces régions pariétales postérieures du cerveau ont été impliquées dans l’apport à la conscience de la position du corps et de la location dans l’espace, note le neuroscientifique Richard Davidson. Des dégâts dans cette région pourraient rompre ce sens, et rendre plus facile de transcender la réalité de lieu et de temps, suggère-t-il.

Uffe Schjødt, psychologue danoise, ajoute que lui et d’autres ont découvert que certaines des mêmes régions deviennent actives pendant la prière et la méditation. Mais il dit que les auteurs ont manqué une bonne opportunité en ne conduisant pas d’interrogatoires plus détaillés avec les patients après leurs opérations chirurgicales. "L’étude ne nous dit rien à propos de la religiosité, des pratiques religieuses ou des expériences mystiques post-chirurgicales, ce qui est dommage."

L’étude laisse bien entendu de nombreuses questions en suspens, mais elle est encourageante. Évidemment, nombreux sont les croyants qui restent sceptiques à propos de l’association entre la spiritualité, la religion et les neurosciences.

- La Biologie de Dieu : Comment les sciences du cerveau expliquent la religion et la foi. Patrick Jean-Baptiste.


Références et notes :

[1] The Spiritual Brain : Selective Cortical Lesions Modulate Human Self-Transcendence. Neuron, C. Urgesi et al., Vol 65, Iss 3, 309-319.

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