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Du nouveau sur la légende urbaine langagière des Esquimaux

Le 20 avril 2016

Des chercheurs apportent un regard nouveau à propos des mots utilisés par les Esquimaux pour parler de la neige.

La légende urbaine en vigueur affirme que les Esquimaux ont plus de 50 mots différents pour désigner la neige, mais celle-ci prend un nouveau tournant car des chercheurs des Universités de Berkeley et de Carnegie Mellon ont apporté des éléments nouveaux à cette légende urbaine, que d’autres avaient dans le passé appelée le "grand canular du vocabulaire Esquimau" ("the Great Eskimo vocabulary hoax").

Mais cette fois-ci, au lieu de compter les mots désignant la neige utilisés par les Inuit, les Yupik et les autres natifs des régions Arctiques, comme d’autres l’avaient fait auparavant, les chercheurs ont cherché à savoir comment les habitants des régions chaudes parlaient de la neige et de la glace par rapport à leurs homologues des régions froides.

"Nous avons découvert que les langues dans les parties chaudes du monde sont plus susceptibles d’utiliser le même mot pour la neige et pour la glace," explique Alexandra Carstensen, co-auteur de l’étude publiée dans PLOS ONE [1]. Cette découverte qui montre que les habitants des régions les plus chaudes sont moins susceptibles de faire une distinction entre la glace et la neige, soutient indirectement une affirmation de l’anthropologue Franz Boas en 1911 selon laquelle les mots utilisés pour décrire différents types de neige dans les langues Arctiques reflètent les "intérêts principaux d’un peuple."

Par le même principe, les personnes qui vivent dans les climats plus chauds, où la neige représente moins un sujet d’inquiétude, sont moins susceptibles de se soucier autant des différences entre la neige et la glace, et ils utilisent donc un seul mot pour décrire les deux, tout comme les Hawaïens qui n’utilisent que le mot "hau" pour la neige et la glace.

Pour tester cette théorie, les chercheurs ont utilisé plusieurs dictionnaires et des données linguistiques et météorologiques – tout comme Google Translate et Twitter – pour réaliser une recherche élargie sur les mots désignant la neige et la glace dans presque 300 langues différentes. Ils ont ensuite relié ces mots aux climats locaux et à la géographie dans le monde entier. "Nous voulions notamment élargir l’investigation passée sur les langues des esquimaux," explique Charles Kemp de l’Université de Carnegie Mellon. "L’idée selon laquelle les langues reflètent les besoins de ceux qui les parlent est générale, et elle peut être explorée en utilisant des données provenant du monde entier."

Cette étude a été bâtie sur une recherche précédente de la même équipe qui avait montré comment le langage est formé par notre besoin de communiquer avec précision et efficacement. "Nous pensons que les termes utilisés pour ’neige’ et pour ’glace’ révèlent les mêmes principes de base qui sont à l’œuvre, modulés par un besoin de communiquer localement," conclut Terry Regier, auteur de l’étude et professeur de linguistique à Berkeley.

- The Great Eskimo Vocabulary Hoax, Geoffrey K. Pullum.


Références et notes :

[1] Terry Regier, Alexandra Carstensen, Charles Kemp. Languages Support Efficient Communication about the Environment : Words for Snow Revisited. PLOS ONE, 2016 ; 11 (4) : e0151138.

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