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Pas si écologiques que ça les toilettes sèches

Le 9 août 2008

Lors d’un reportage sur l’habitat écologique, nous apprenons qu’il existe une alternative aux toilettes à eau telles que nous les connaissons dans nos maisons et appartements, il s’agit des toilettes sèches.

Plusieurs avantages principaux d’ordre écologique sont mis en avant : pas de consommation d’eau, utilisation de sciure ou de copeaux de bois à la place, réutilisation du compost ainsi produit pour l’épandre dans son jardin. L’installation des toilettes sèches chez soi résulterait donc avant tout d’une prise de conscience écologique.

Si leur installation est certainement plus simple et moins couteuse que des toilettes à eau, le bilan serait-il réellement écologique appliqué à tout un pays ? Dans le cadre d’une utilisation marginale, comme c’est le cas de nos jours, disons un millier de foyers, cela peut ne rien représenter de significatif en terme de bilan écologique. Mais ce serait une vision bien myope de la réalité que de s’en tenir à cette situation.

Imaginons un instant un développement à toute la population de ce système de toilettes sèches, soit 60 millions de personnes. Quelle économie d’eau ! Se féliciteraient les écologistes convaincus de faire une bonne action pour la nature.

Quelle erreur de calcul aussi !

Actuellement, le système sanitaire repose sur le principe du transport d’eau, via des canalisations, qui "nettoient" les toilettes de votre domicile, puis évacuent les eaux usées, toujours via des canalisations enterrées, jusqu’à une station d’épuration. Les toilettes sèches, quant à elles, fonctionnent donc sur le principe de la sciure déposée sur les excréments (parait-il sans odeur, bien que je doute que des étés à 30° se passent sans quelques relents). Il faut, en moyenne et selon les estimations, au moins 4 à 5 mètres cubes de sciure pour un foyer de 3/4 personnes par an.

Quel serait le bilan, en terme de dépenses énergétiques et de pollution, du transport par camions de toute cette sciure jusque chez les millions de foyers français ? A une époque où on nous parle d’effet de serre et de pollution par le CO², il serait malvenu d’en rajouter quelques tonnes.

Quel en serait le coût en terme d’abattage d’arbres afin de produire cette sciure (certains partisans des toilettes sèches proposent d’aller visiter la scierie du coin pour se fournir en sciure, résidus qu’elle n’utiliserait pas. Outre que le fait que cela ne suffirait pas à satisfaire toute une population, ces entreprises se servent souvent de leur sciure comme système de chauffage ou de production d’électricité). Imagine-t-on les millions de mètres cubes nécessaires pour remplacer chaque chasse d’eau, et donc les milliers d’arbres coupés par an ?

Enfin, combien de camions faudra-t-il de nouveau affréter afin de vider et transporter les millions de tonnes de compost obtenus ? Quel bilan en terme de pollution par CO² ? Et où pourra-t-on répandre ce compost ? Sans parler de l’odeur…

Si l’idée de toilettes sèches peut sembler idéal pour qui voudrait faire un geste pour la nature en limitant sa consommation d’eau, le mieux serait peut-être de ne pas trop en parler autour de soi, de peur de voir le principe se répandre, et le résultat final en terme de rejets plus catastrophique pour la nature que ne l’est le système de chasse d’eau.


Références et notes :

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