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En quittant son corps...

Le 14 octobre 2009

Un jeune homme se réveille en se sentant étourdi. Il se lève et tourne en rond… pour se voir toujours couché au lit. Il donne un coup de pied à son corps endormi, le secoue et saute dessus. La seule chose qu’il savait était qu’il était encore couché, mais il se voit maintenant debout à côté du lit en train de secouer son propre corps. Pris de peur, il saute par la fenêtre. Sa chambre était au troisième étage. Il a été retrouvé plus tard, mortellement blessé.

Ce que ce jeune home de 21 ans vient de vivre est une expérience de sortie de corps, ou décorporation, l’un des états de conscience le plus bizarre. Elle a probablement été déclenchée par son épilepsie (Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, vol 57, p 838). "Il ne voulait pas se suicider" dit Peter Brugger, le neuropsychologue du jeune homme à l’Université de Zurich. "Il a sauté pour trouver une concordance entre son corps et lui. Il devait être en crise."

Dans les 15 années qui ont suivi ce dramatique accident, Brugger et d’autres ont parcouru un long chemin pour tenter de comprendre les expériences de sortie de corps. Ils ont ciblé la cause à des dysfonctionnements d’une région spécifique du cerveau, et travaillent maintenant sur les raisons qui conduisent à ces expériences, presque surnaturelles, de "quitter" son propre corps tout en l’observant de loin. Ils utilisent aussi des expériences de décorporation pour traiter un problème de longue haleine : comment nous créons et maintenons un sentiment de soi.

Dramatisées par des auteurs comme Dostoïevski, Wilde, Maupassant et Poe, certains en ayant même vécu, les expériences de sortie du corps sont habituellement associées à des épilepsies, des migraines, des attaques, des tumeurs cérébrales, l’utilisation de drogues et même des expériences de mort imminente (EMI ou NDE pour Near Death Experience). Il est cependant clair que des personnes sans désordres neurologiques manifestes peuvent vivre une expérience de décorporation. Selon certaines estimations, environ 5% des gens en bonne santé en vivent une à un moment de leur vie.

Mais qu’est-ce qu’une expérience de sortie du corps exactement ? Une définition a récemment vu le jour, qui implique un ensemble de perceptions incroyablement étranges. La moins sévère parmi celles-ci est une expérience "de reproduction, de copie" : vous sentez la présence, ou vous voyez une personne que vous savez être vous-même, bien que vous restiez enraciné dans votre propre corps. Ceci progresse souvent vers la deuxième étape, où votre sens de soi recule et avance entre votre corps réel et votre "copie". C’est ce qu’a vécu le jeune patient de Brugger. Finalement, vous quittez vous-même votre corps et l’observez en même temps de l’extérieur, souvent depuis une position élevée comme le plafond. "Ce glissement est la caractéristique la plus frappante d’une expérience de sortie du corps" dit Olaf Blanke, neurologue à l’Institut Fédéral Suisse de Technologie de Lausanne.

Étonnamment agréable

Certaines des expériences de décorporation n’impliquent qu’une de ces étapes lors de la progression, d’autres les trois. Bizarrement, de nombreuses personnes qui en ont vécu, l’ont rapportée comme étant une expérience plaisante. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans le cerveau pour créer une telle sensation qui semble impossible ?

Les premiers signes substantiels sont apparus en 2002, quand l’équipe de Blanke est tombée sur un moyen d’induire une expérience de sortie de corps. Ils ont réalisé une opération chirurgicale exploratoire du cerveau sur une femme de 43 ans atteinte d’épilepsie sévère, pour déterminer quelle partie de son cerveau il fallait retirer afin de la soigner. Quand ils ont stimulé une région proche de l’arrière du cerveau appelée la jonction temporo-pariétale, la femme a rapporté qu’elle flottait au-dessus de son propre corps et se voyait elle-même.

Ceci a produit une espèce de sensation neurologique. La jonction temporo-pariétale élabore les signaux visuels et du toucher, de l’équilibre et de l’information spatiale à partir de l’oreille interne, et les sensations proprioceptives des articulations, tendons et muscles qui nous informent que les parties de notre corps sont en relations les unes avec les autres. Son travail est de rapporter celles-ci ensembles pour créer un sentiment de personnification : un sentiment de localisation de notre corps, où il commence et où il se termine, et où le reste du monde débute. Blanke et ses collègues ont fait l’hypothèse que les expériences de sortie de corps surviennent quand, pour quelque raison qui soit, la jonction temporo-pariétale n’arrive plus à remplir correctement son rôle (Nature, vol 419, p 269)..

D’autres de preuves sont venues s’accumuler montrant qu’un dysfonctionnement de la jonction était au coeur de l’expérience de décorporation. En 2007, par exemple, Dirk De Ridder, de l’Université d’Antwerp en Belgique, a essayé d’aider un homme de 63 ans atteint d’acouphènes intraitables. Dans une tentative de la dernière chance pour réduire au silence les sifflements de ses oreilles, l’équipe de De Ridder a implanté des électrodes près de la jonction temporo-pariétale du patient. Cela n’a pas guéri ses acouphènes, mais l’a conduit à expérimenter quelque-chose proche de l’expérience de sortie de corps : il s’est senti s’élever d’environ 50 centimètres à l’arrière gauche de son corps. La sensation a duré moins de 15 secondes, assez longtemps pour avoir enregistré une image au scanner de son cerveau. L’équipe a trouvé que la jonction était activée pendant les expériences.


Références et notes :

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