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Les croyances en la sorcellerie bloquent le progrès économique

Le 27 mai 2016

Le fait de croire en la sorcellerie est une caractéristique proéminente de la vie quotidienne dans de nombreuses régions du monde. Dans le pire des cas, ces croyances conduisent jusqu’au meurtre, et elles peuvent aussi causer la destruction de la propriété ou l’ostracisme sociétal des individus accusés de sorcellerie. La première étude économique à grande échelle qui a exploré les croyances en la sorcellerie, définie au sens large comme étant l’utilisation de techniques surnaturelles pour faire du mal aux autres ou pour avoir la santé, associe de telles croyances à l’érosion du capital social [1].

Là où les croyances en la sorcellerie sont répandues, le Professeur d’Université Boris Gershman a découvert des niveaux importants de méfiance entre les gens. Gershman a aussi trouvé une relation négative entre les croyances en la sorcellerie et d’autres indicateurs du capital social qui sont nécessaires pour qu’une société fonctionne correctement, y compris la participation religieuse et le don charitable.

On affirme depuis longtemps que les croyances dans la sorcellerie entravent le progrès économique et perturbent les relations sociales, et les analyses de Gershman confirment cette théorie. D’un point de vue politique, les résultats de Gershman accentuent l’importance de prendre en compte la culture locale dans les projets de développement, notamment ceux qui nécessitent un effort et une coopération communautaire/collectif. Gershman et d’autres scientifiques pensent que l’éducation peut permettre d’améliorer la confiance et réduire la fréquence des croyances en la sorcellerie.

"L’éducation peut contribuer à favoriser un environnement avec des niveaux plus élevés de confiance et d’assistance mutuelle, dans la mesure où cela favorise une vue rationnelle sur le monde et réduit l’attribution de tout malheur dans la vie à des forces maléfiques surnaturelles venant d’autres individus de la communauté," dit-il.

Les croyances dans la sorcellerie en Afrique et au-delà

Les recherches de Gershman concernent surtout l’Afrique sub-saharienne. L’étude tire ses éléments de données d’enquête sur les croyances personnelles et régionales en la sorcellerie. Une personne est supposée croire en la sorcellerie si elle déclare croire aux "sorcières/sorciers" ou "que certains individus peuvent jeter des sorts ou des malédictions qui provoquent des malheurs aux autres."

De nombreuses études de cas anthropologiques documentent comment les peurs des attaques de sorciers et les accusations de sorcellerie érodent la confiance et la coopération dans les sociétés Africaines. Les éléments de preuve sur les effets corrosifs des croyances en la sorcellerie viennent des recherches sur le terrain en Tanzanie, en Afrique du Sud, au Cameroun, en Namibie, au Mozambique, en Zambie et dans d’autres pays où les peurs relatives à la sorcellerie se manifestent elles-mêmes en une coopération diminuée, une décomposition des réseaux d’assistance mutuelle, des projets partagés réduits ou évités, une méfiance entre les membres des communautés et un déclin général des interactions sociales. L’analyse de toutes ces données par le chercheur montre qu’il existe un pattern systématique dans des régions des 19 pays de l’Afrique sub-saharienne.

Les relations entre les croyances en la sorcellerie, la confiance et l’érosion du capital social s’étendent en de nombreux endroits au-delà de l’Afrique sub-saharienne. À partir de données provenant de 23 pays (y compris de pays d’Asie, d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient), le chercheur a compilé un ensemble de données plus large sur les croyances en la sorcellerie. Son analyse a aussi révélé une association négative entre les croyances en la sorcellerie et la confiance généralisée, dans un échantillon représentatif de pays, semblable à celle observée dans les régions d’Afrique. La sorcellerie pourrait être la seule croyance, au sein des croyances surnaturelles, à avoir une telle corrélation négative avec la confiance. Les croyances au ciel, à l’enfer, en la réincarnation, aux anges, aux miracles et aux diables n’ont pas cette relation avec la confiance, précise Gershman.

Pourquoi croire aux sorciers ?

Il est difficile de comprendre pourquoi les croyances en la sorcellerie persistent et quel sont leurs objectifs. Des économistes comme Richard Posner émettent la théorie que les accusations de sorcellerie contre des membres des communautés riches les forcent à partager leurs biens et leurs surplus, ainsi les croyances en la sorcellerie favoriseraient la mutualisation dans des sociétés dans lesquelles il manque de méthodes pour la redistribution des ressources. D’autres théories suggèrent que la croyance en la sorcellerie diminue les tensions sociales ou apaise les conflits ; pourtant cette explication ne concorde pas avec le fait que les accusations de sorcellerie conduisent parfois à une cascade de massacres rituels.

"Une croyance en la sorcellerie pourrait être un moyen de maintenir l’ordre dans une société, mais ce n’est définitivement pas le meilleur moyen," dit Gershman. "Cela oblige l’individu à se conformer aux normes locales parce que tout écart pourrait conduire à une accusation." Ce type de conformité contrainte sous la peur conduit à l’immobilisme et interfère avec l’accumulation de richesses et l’adoption des innovations.

Les conséquences de tels comportements dépassent probablement tous les bénéfices potentiels des croyances en la sorcellerie, ajoute-t-il. Le chercheur a également étudié les coûts sociaux et les bénéfices de la culture, et a publié une recherche sur le "mauvais œil", une croyance culturelle selon laquelle le regard envieux d’une personne conduit à la destruction de la propriété. Le mauvais œil est aussi nocif pour le progrès économique mais d’une façon différente, explique Gershman.

"Les croyances en la sorcellerie sont susceptibles d’éroder la confiance et la coopération à cause des peurs des attaques des sorciers et des accusations. Le mauvais œil conduit à un sous-investissement et à d’autres formes de comportements improductifs dus aux peurs de l’envie destructrice, où l’envie est susceptible de se manifester en destruction et en vandalisme impliquant ceux qui possèdent des richesses," conclut-il.


Références et notes :

[1] Witchcraft beliefs and the erosion of social capital : Evidence from Sub-Saharan Africa and beyond. Journal of Development Economics. Volume 120, 2016, pp 182–208.

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