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Être religieux stimule l’action de punition

Le 24 novembre 2010

Nombreuses sont les religions qui offrent beaucoup de stimulants à leur adeptes : comme par exemple la promesse d’une vie après la mort. Mais pourquoi ces implications fortes du sacrifice et de la punition ont-elles survécu depuis tout ce temps ? Le lien entre le soutien à une religion et la volonté d’infliger une punition pourrait apporter une réponse.

Pour étudier ce lien, Ernst Fehr de l’Université de Zurich en Suisse et son équipe ont enrôlé 304 personnes, principalement des étudiants [1]. Ils ont été mis par couple et ont joué à un jeu de 20 sessions dans lequel on donnait au premier joueur une récompense en argent, celui-ci devait choisir entre deux façons de la répartir avec son partenaire : soit en la partageant équitablement, soit en en gardant une plus grande partie pour lui.

Le second joueur avait ensuite l’option de punir le premier joueur de cette réduction de sa part de récompense. Délivrer une punition avait cependant un cout : celui qui infligeait la punition perdait une unité de la récompense pour trois unités qu’il déduisait à son partenaire.

Des mots subliminaux

Fehr voulait savoir ce qui motivait les gens à en punir d’autres. Avant de décider de la punition, on montrait subliminalement au second joueur un groupe de mots. Soit ces mots étaient associés à une punition religieuse et séculière (divin, saint, pieux, religieux), soit ces mots étaient neutres (tracteur).

Après le jeu, on a demandé à tous les joueurs s’ils avaient fait des dons à une organisation religieuse ces dernières années. L’équipe a découvert que ceux qui avaient donné, environ 15% des participants, exigeaient les punitions les plus sévères, mais seulement après qu’on leur ait montré des signaux religieux. Quand il était amorcé de cette façon, ce groupe avait déduit trois fois plus de points en moyenne que les autres joueurs.

"Nous pensons que les signaux leur rappellent qu’ils sont observés par un agent surnaturel" explique le psychologue Ryan McKay, co-auteur de l’étude. "Pour satisfaire l’agent surnaturel qu’ils vénèrent, ils infligent des punitions plus importantes. L’autre possibilité est que les mots-signaux éveillent en eux les concepts d’une punition appropriée dans leurs esprits."

Des rites douloureux

McKay fait remarquer que le fait d’être religieux peut être coûteux de plusieurs façons : donner de l’argent, souffrir dans des rites douloureux et éviter les plaisirs par exemple.

L’équipe s’est donc demandé comment la religion avait survécu malgré ces couts apparents. "La réponse pourrait être que ces sacrifices permettent au groupe de s’assurer de plus de coopération. La punition pourrait être déplaisante, mais elle est au service d’un plus grand bien pour ce groupe particulier ou cette religion donnée, ce qui leur permet de prospérer et de se répandre dans le monde" dit-il.

Des études précédentes avaient montré que les gens s’imposent des punitions couteuses à eux-mêmes, et que cela est un moyen puissant pour maintenir la coopération du groupe et réduire son comportement égoïste. L’étude de Fehr et McKay suggère que la religion pourrait accroitre un tel comportement, et ainsi avoir une valeur pour sa survie.

Mais d’autres motivations sont aussi possibles. "Des idées séculières appropriées, comme le socialisme, devraient en principe être aussi efficaces pour amorcer un comportement orienté vers le groupe" ajoute-t-il.

- La Biologie de Dieu : Comment les sciences du cerveau expliquent la religion et la foi. Patrick Jean-Baptiste.
- Dieu, l’hypothèse erronée : Comment la science prouve que Dieu n’existe pas. Victor J. Stenger.


Références et notes :

[1] Wrath of God : Religious Primes and Punishment. Charles Efferson, Ernst Fehr, Proceedings of the Royal Society B.

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