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Faits, croyances et identité : les germes du scepticisme envers la science

Le 24 janvier 2017

Des chercheurs en psychologie cherchent à comprendre les processus cognitifs, idéologiques, culturels et les croyances conspirationnistes qui font que même des gens intelligents résistent aux messages scientifiques. En utilisant des enquêtes, des études d’observation et des méta-analyses, les chercheurs ont identifié une frontière théorique émergente en espérant faire en sorte que la communication scientifique soit plus intelligente et plus efficace [1].

Protéger ses "croyances préférées"

L’une des caractéristiques des gens qui ont des points de vues sceptiques vis-à-vis de la science est qu’ils sont souvent aussi instruits, et s’intéressent autant à la science, que le reste des autres. Le problème n’est pas de savoir s’ils sont exposés à l’information, mais si cette information est traitée d’une manière équilibrée. Cela se manifeste par ce que les chercheurs décrivent comme "penser comme un avocat", en ceci que ces individus sélectionnent les morceaux d’informations auxquels ils vont prêter attention "afin de tirer des conclusions qu’ils veulent être vraies".

"Nous avons découvert que les gens se saisissent de faits pour protéger tous types de croyances y compris leurs croyances religieuses, politiques et même des croyances simples comme le fait de savoir s’ils ont choisi le bon navigateur internet," explique Troy Campbell de l’Université de l’Oregon. Les scientifiques ajoutent que l’objectif est d’interpréter les preuves pour qu’elles soient en accord avec l’identité plutôt qu’en phase avec la vérité, "un état de désorientation qui est assez symétrique dans tout le spectre politique."

Changer les esprits

Le fait de simplement parler de "preuves" ou de "données scientifiques" ne fera pas changer d’avis un "sceptique" sur un sujet donné, qu’il s’agisse du climat, des OGM ou des vaccins. Les gens utilisent la science et les faits pour soutenir leur opinion particulière et ils vont minimiser les éléments avec lesquels ils ne sont pas d’accord. "Là où il y a un conflit sur les risques sociétaux - depuis le réchauffement climatique à la sécurité nucléaire en passant par les OGM, les deux côtés invoquent la science," explique Kahan, co-auteur de cette étude.

"Dans notre recherche, nous avons trouvé des gens qui traitaient les faits comme plus pertinents quand ceux-ci tendaient à confirmer leurs opinions," expliquent les chercheurs. "Lorsque les faits vont à l’encontre de leurs opinions, ils ne nient pas nécessairement ces faits, mais ils déclarent que ces faits sont moins pertinents."

L’une des approches pour gérer ce scepticisme face à la science est d’identifier les motivations sous-jacentes ou les "racines de l’attitude" comme ils les nomment dans leur étude. "Plutôt que de s’en prendre directement aux attitudes visibles des gens, il faut adapter le message pour qu’il s’aligne à leurs motivations. Avec les climato-sceptiques, vous découvrez ce avec quoi ils sont d’accord pour ensuite encadrer les messages sur le climat pour s’aligner avec ceux-ci."

Cette recherche montre que le niveau de curiosité scientifique d’une personne peut l’aider à favoriser un engagement plus ouvert d’esprit. Ils ont trouvé que les personnes qui apprécient les découvertes surprenantes, même si elles vont à l’encontre de leurs croyances politiques, étaient plus ouvertes à l’information nouvelle.


Références et notes :

[1] Rejection of Science : Fresh Perspectives on the Anti-Enlightenment Movement. Hornsey, Campbell, Kahan, Robbie Sutton

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