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Il faut cesser d’accuser la lune !

Le 31 mars 2015

Même des gens intelligents peuvent développer des croyances solides pourtant entièrement fausses.

"C’est la pleine lune !" est un refrain fréquemment rencontré quand des choses apparaissent plus mouvementées que d’habitude. La lune est même accusée lorsque les événements s’emballent aux urgences des hôpitaux ou à la maternité. Certaines infirmières attribuent le chaos apparent à la lune, bien que des dizaines d’études aient montré que cette croyance n’est pas fondée.

On sait que la lune n’influence pas la synchronisation des naissances humaines ni les admissions à l’hôpital, et une nouvelle recherche [1] vient confirmer ce que des scientifiques savent déjà depuis des décennies. Cette étude illustre également comment des gens pourtant intelligents et raisonnables développent des croyances solides qui, pour le dire poliment, ne correspondent pas à la réalité.

L’absence d’influence lunaire sur les affaires humaines a été démontrée dans des domaines aussi variés que les accidents automobiles, les admissions à l’hôpital, les opérations chirurgicales, les taux de survie des cancers, les menstruations, les naissances, les complications lors des accouchements, les dépressions, les comportements violents et même l’activité criminelle, explique Jean-Luc Margot, l’auteur de l’étude.

Même si une étude de l’UCLA il y a 40 ans a démontré que le nombre des naissances n’était pas corrélé de quelque façon qui soit au cycle lunaire, la croyance dans les effets de la lune sur les naissances a cependant persisté, même chez les professionnels de la santé. Une étude de 2004, publiée dans un journal infirmier, a par exemple laissé entendre que la pleine lune influençait le nombre d’admissions à l’hôpital dans une unité de soins à Barcelone en Espagne.

Mais Margot a identifié plusieurs défauts dans la collecte des données ainsi que dans l’analyse de cette étude de 2004. En analysant de nouveau les données, il a montré que le nombre d’admissions n’était pas associé au cycle lunaire. "La lune est innocente," déclare-t-il.

Alors pourquoi ces croyances erronées persistent à circuler malgré l’absence de leur confirmation, et avec des éléments de preuve du contraire ?

Le chercheur cite ce que les scientifiques appellent "le biais de confirmation" – cette tendance qu’ont les individus à interpréter l’information dans un sens qui confirme leur croyance, et à ignorer les données qui les contredisent. Quand les événements s’emballent un jour de pleine lune, nombreux sont ceux qui se souviennent de l’association entre les deux parce que cela confirme leur croyance. Mais les jours agités qui ne correspondent pas à un jour de pleine lune sont rapidement ignorés et oubliés parce qu’ils ne renforcent pas la croyance.

Margot ajoute que les couts sociétaux des fausses croyances peuvent être énormes.

Par exemple, les récentes poussées d’épidémie de rougeole ont été stimulées par les croyances douteuses des parents sur la sécurité des vaccins contre la rougeole. "Les vaccins sont considérés comme l’une des plus grandes réussites de la santé publique, pourtant des maladies qui sont évitables grâce aux vaccins tuent des gens à cause de croyances qui sont en dehors des faits scientifiques," dit Margot.

Le fait d’adopter un raisonnement qui repose sur des données factuelles et scientifiques, en admettant qu’une croyance peut être fausse, produira une vision plus précise du monde et aura pour conséquence un meilleur processus de prise de décisions, explique le chercheur.

"Peut-être pouvons-nous commencer en corrigeant nos illusions à propos de la lune, et en travaillant à partir de là," conclut-il.

- La démocratie des crédules. Gérald Bronner.


Références et notes :

[1] No Evidence of Purported Lunar Effect on Hospital Admission Rates or Birth Rates. Jean-Luc Margot. Nursing Research, 2015.

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