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Il n’y a pas d’arguments justifiant la séparation des filles et des garçons à l’école

Le 21 août 2011

Selon Lise Eliot de la Chicago Medical School, il n’y aucune base scientifique justifiant que l’enseignement des garçons et des filles doive se faire séparément. Son analyse, publiée dans le journal Sex Roles [1], révèle des défauts fondamentaux dans les arguments apportés par les partisans des écoles unisexes pour justifier la nécessité d’éduquer séparément filles et garçons. Eliot montre que les neurosciences ont identifié peu de différences valables entre les cerveaux des garçons et des filles qui puissent justifier cette ségrégation, ni s’appliquer à l’enseignement ou à l’éducation.

Le premier problème mis en lumière est que les avocats d’une école unisexe déclarent souvent qu’il existe des différences entre les cerveaux des filles et des garçons sur la base d’études réalisées sur des hommes et femmes adultes. Mais de tels effets ont rarement été trouvés chez les enfants.

Il est aussi faux de supposer que les cerveaux des enfants fonctionnent comme ceux des adultes. En réalité, ce sont des cerveaux "en devenir", et la majorité de ce qui influence la transformation neurale adulte est due aux expériences sociales et éducatives individuelles pendant la vie. De ce fait, l’hypothèse selon laquelle les différences entre les sexes dans le cerveau sont biologiques, et donc nécessairement fixées ou "câblées" est incorrecte.

Eliot a passé en revue les déclarations spécifiques souvent utilisées pour justifier le besoin de ségrégation éducative entre les sexes : les différences dans le corps calleux (la matière blanche qui fait le pont entre les deux hémisphères cérébrales, permettant la communication entre les côtés gauche et droit du cerveau) et la latéralisation du langage (l’idée que les fonctions verbales sont principalement dans le côté gauche du cerveau) ; les différences dans les taux de maturation du cerveau et la séquence entre les garçons et les filles ; les différences entre les sexes de l’ouïe, de la vision et du système nerveux autonome ; les hormones sexuelles et l’apprentissage et enfin les styles d’apprentissage préférés des garçons et des filles.

Pour chacune de ces affirmations, elle montre comment la science a été dénaturée et ses conclusions exagérées pour construire une base pseudo-rationnelle à l’éducation ségrégationniste, qui trompe les parents en leur faisant croire qu’il y a des bases scientifiques à l’enseignement séparé entre filles et garçons.

Bien qu’il n’y ait aucun doute que les garçons et les filles aient des intérêts différents qui façonnent la manière qu’ils ont de répondre aux différents sujets scolaires, les neuroscientifiques ont de grandes difficultés à identifier des différences significatives entre les processus neuraux des filles et des garçons, même pour ce qui est de l’apprentissage de la lecture, qui a été pourtant le plus étudié à ce jour. Et bien que la recherche montre que les hommes et les femmes - et non pas les garçons et les filles - tendent à avoir différents styles d’apprentissage auto-déclarés, il n’y pas de preuves que l’enseignement spécifiquement orienté vers de telles différences soit réellement bénéfique.

Eliot de conclure : "au-delà du problème de la dénaturation et tromperie scientifique, la logique profonde de la séparation des enfants reposant sur des caractéristiques anatomiques et physiologiques inhérentes va à l’encontre des objectifs et principes de l’éducation. Au lieu de séparer les enfants au nom d’aptitudes et de styles d’apprentissage prétendument "enracinés", les écoles devraient faire le contraire : instiller chez les enfants cette foi dans leur propre malléabilité, et favoriser leur propre efficacité en tant qu’apprenants, quelque-soit leur sexe, race ou autres caractéristiques géographiques."

- Cerveau, sexe et pouvoir. C Vidal, D Benoit-Browaeys.


Références et notes :

[1] Lise Eliot. Single-Sex Education and the Brain. Sex Roles, 2011.

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