Accueil du site > Psychologie > Il n’y a pas de preuve que les jeux cérébraux fonctionnent

Il n’y a pas de preuve que les jeux cérébraux fonctionnent

Le 27 octobre 2014

Lorsque nous examinons minutieusement les preuves concernant les jeux cérébraux, il y a un problème qu’il faut garder à l’esprit : il ne suffit pas de tester l’hypothèse des bénéfices induits par l’entrainement contre l’hypothèse que l’entrainement n’apporte aucune amélioration de la performance du tout. Plutôt, il faut établir que les bénéfices observés ne sont pas facilement ni parcimonieusement expliqués par des facteurs dont on sait depuis longtemps qu’ils profitent à la performance, comme l’acquisition de nouvelles stratégies ou des changements de la motivation. Il est bien établi, par exemple, que des améliorations dans une tâche particulière de mémorisation résultent souvent de changements subtils dans la stratégie qui reflètent une amélioration de la gestion des demandes de cette tâche en particulier.

Une telle amélioration est gratifiante pour les joueurs (le facteur plaisant) mais elle n’implique pas d’amélioration générale de la mémoire. En fait, la notion selon laquelle la performance sur une seule tâche ne peut pas s’étendre à une aptitude entière est une pierre angulaire en psychologie scientifique. Les déclarations à propos des jeux cérébraux ignorent souvent ce principe. En psychologie, la pratique scientifique correcte est de combiner l’information fournie par de nombreuses tâches pour produire un indice global qui représente une aptitude donnée. Selon l’American Psychological Association, les tests psychologiques nouvellement développés doivent remplir des standards psychométriques précis, comprenant la fiabilité et la validité. Les mêmes standards devraient être aussi appliqués à l’industrie du jeu de réflexion, ce qui n’est pas le cas de nos jours.

À ce jour, il y a très peu de preuves que le fait de jouer à des jeux dits "cérébraux" améliore les capacités cognitives sous-jacentes, ou que cela permette à quiconque de mieux se repérer dans un domaine complexe de la vie de tous les jours. Cependant, certains comptes-rendus intrigants et isolés motivent pour plus de recherches. Par exemple, certaines études suggèrent que le raisonnement non-informatisé et que l’entrainement à la rapidité de traitement informatique sont associés à une amélioration de la conduite chez les personnes âgées et à une réduction du nombre d’accidents. Une autre étude a révélé, sur un échantillon de jeunes adultes, que 100 jours de pratique de 12 tâches cognitives informatiques différentes avaient pour résultat des petites améliorations générales des capacités cognitives de raisonnement et de la mémoire épisodique, dont certaines se maintenaient sur une période de deux ans.

Dans d’autres études, les personnes âgées ont rapporté qu’elles se sentaient mieux dans leur vie de tous les jours après un entrainement cognitif, mais aucune mesure objective ne confirme cette impression. Il faudra plus de recherche systématique pour reproduire, clarifier, consolider et élargir de tels résultats. Pour être vraiment crédible, un test empirique sur l’utilité des jeux de réflexion devra s’atteler à répondre à ses questions : Est-ce que l’amélioration comprend un large éventail de tâches qui constitue une compétence particulière, ou est-ce seulement le reflet de l’acquisition d’aptitudes spécifiques ? Est-ce que les gains persistent pendant une période de temps raisonnable ? Est-ce que les changements positifs remarqués dans la vraie vie sont des indices de la santé cognitive ? Quels rôles jouent la motivation et les attentes dans ces améliorations de la cognition quand elles sont observées ?

Dans une évaluation équilibrée des jeux de réflexion, nous devons aussi garder à l’esprit les couts d’opportunité. Le temps passé à jouer à ces jeux n’est pas du temps passé à lire, ni à se sociabiliser, ni à jardiner, ni à faire de l’exercice et ni à se lancer dans d’autres activités qui pourraient bénéficier à la santé cognitive et physique des personnes âgées. Étant donné que les effets du temps passé à jouer aux jeux tendent à se limiter à une tâche spécifique, il pourrait être recommandé de s’entrainer à une activité qui, en soi, profite à la vie de tous les jours.

L’autre inconvénient du battage publicitaire entourant les jeux cérébraux qui les décrit comme un moyen d’empêcher la détérioration de la performance cognitive, est que cela détourne l’attention et les ressources des efforts de prévention. La promesse d’un remède miracle nuit au message qui explique que la vigueur cognitive quand on vieillit, dans la limite de la vie qu’on mène, reflète les effets à long terme d’un style de vie sain et actif.

Nous devons garder à l’esprit que les études qui rapportent des effets cognitifs des jeux de réflexion sur l’intellect sont plus susceptibles d’être publiées que les résultats qui sont nuls ou négatifs – le bien connu "biais de publication" –, à tel point que même les preuves disponibles sont susceptibles de faire ressortir une image positive de l’état réel du sujet. Les méthodes statistiques comme les méta-analyses, qui intègrent les résultats de nombreuses études dans un domaine de recherche précis, permettent une estimation de la magnitude de l’effet tout comme de la probabilité du biais de publication.

Alors que certaines méta-analyses ont rapporté des petits effets positifs de l’entrainement sur la cognition, d’autres notent des disparités substantielles dans la rigueur méthodologique parmi les études, ce qui jette un doute sur toute conclusion définitive. En outre, les problèmes qui hantent les études individuelles ne disparaissent pas quand les résultats de telles études sont résumés dans une méta-analyse. Notamment la pratique de l’évaluation des tests spécifiques plutôt qu’une large analyse des aptitudes est aussi problématique au niveau de l’intégration dans la méta-analyse qu’il l’est au niveau des études individuelles.


Références et notes :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2019 - Charlatans.info |