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Il n’y a pas de preuve que les jeux cérébraux fonctionnent

Le 27 octobre 2014

Pour résumer, la recherche sur le vieillissement a montré que l’esprit humain est malléable durant toute la vie. Dans les pays développés du monde entier, les populations nées plus tard vivent plus longtemps et vieillissent avec un meilleur fonctionnement cognitif que celles qui sont nées plus tôt. Quand les chercheurs suivent des gens durant leur vie adulte, ils trouvent que ceux qui sont cognitivement actifs, qui ont des vies socialement connectées et qui conservent des styles de vie sains sont moins susceptibles de souffrir d’une maladie débilitante ou d’un déclin cognitif précoce quand ils vieillissent que leurs homologues sédentaires, cognitivement et socialement isolés.

L’objectif de la recherche sur l’efficacité des exercices cognitifs sur ordinateurs ou tablettes est d’apporter des preuves expérimentales visant à soutenir ou à qualifier ces observations. Certains des premiers résultats sont prometteurs et motivants pour aller plus loin dans la recherche. Cependant, à ce jour, ces résultats ne constituent pas une base solide aux déclarations des sociétés commerciales qui vendent des jeux cérébraux. De nombreux scientifiques sont hérissés par les publicités exubérantes qui affirment que ces jeux produisent des améliorations rapides et efficaces des processus cognitifs et des gains importants d’"intelligence", et en particulier quand ceux-ci apparaissent dans des médias ou journaux qui sont habituellement des sources d’informations fiables.

D’après les scientifiques signataires de ce communiqué, ces déclarations exagérées et trompeuses exploitent l’anxiété des adultes qui font face au vieillissement dans un but clairement commercial. Sans doute que les déclarations les plus néfastes, dénuées de toute crédibilité scientifique, sont que les jeux de réflexion empêcheraient l’apparition de la maladie d’ Alzheimer ou inverseraient le processus de la maladie.

Pour finir, les scientifiques donnent cinq recommandations. Certaines de ces recommandations reflètent l’état de la recherche expérimentale sur les populations humaines, tandis que d’autres reposent sur une synthèse des preuves corrélationnelles chez les humains et de la connaissance mécanistique à propos des risques et des facteurs de protection.

Il faut réaliser plus de recherches avant de véritablement pouvoir comprendre quels sont les actions et les défis qui bénéficient aux fonctionnement cognitif de la vie de tous les jours. En l’absence de preuve claire et nette, les recommandations du groupe de scientifiques, qui reposent surtout sur des résultats corrélationnels, sont que les individus doivent avoir des styles de vie physiquement actifs, intellectuellement stimulés et socialement engagés pour être au mieux de leur forme intellectuelle. Avant de passer du temps et de dépenser de l’argent dans les jeux cérébraux, il faut prendre en compte ce que les économistes appellent les "coûts d’opportunité" : si une heure passée seul à s’exercer sur ces logiciels n’est pas une heure passée à marcher, ni à apprendre l’italien, ni à cuisiner, ni à jouer avec ses petits enfants, il pourrait ne pas en valoir la peine. Mais si cela remplace du temps passé devant la télévision, ce choix peut s’avérer être sensé.

L’exercice physique est un moyen modérément efficace pour améliorer sa santé globale, y compris la forme cérébrale. Les scientifiques ont découvert que le fait de faire régulièrement de l’exercice d’endurance augmente le flux sanguin vers le cerveau, et aide à soutenir la formation de nouvelles connexions neurales et vasculaires. Cela dit, on peut s’attendre à de faibles gains mais perceptibles de la performance cognitive, ou à une atténuation de la déperdition, grâce à un entrainement d’exercices physiques d’endurance.

Une seule étude, réalisée par des chercheurs qui ont des intérêts financiers dans le produit testé, ou une citation de la part d’un scientifique qui défend le produit, ne suffisent pas pour supposer qu’un jeu a été rigoureusement ou correctement étudié. Des résultats doivent être reproduits en plusieurs endroits ou laboratoires, à partir d’études réalisées par des chercheurs indépendants qui sont financés par des budgets indépendants. En outre, les participants aux programmes d’entrainement cérébraux doivent afficher des preuves d’un avantage significatif par rapport à un groupe de comparaison qui ne reçoit pas le traitement étudié, mais qui est d’autre part traité exactement comme le groupe qui fait les exercices de réflexion.

Aucune étude à ce jour n’a démontré que le fait de jouer à des jeux de réflexion, ou "jeux cérébraux", ne guérissait ni n’empêchait l’apparition de la maladie d’Alzheimer ni toute autre forme de démence.

Il ne faut surtout pas s’attendre à ce que des activités cognitivement exigeantes fonctionnent à la manière des piqûres ou des vaccins , il y a peu de preuves que l’on puisse faire quelque-chose une fois (ou même dans une période restreinte) et que nous soyons inoculés contre les effets du vieillissement de façon durable. Selon toute probabilité, les gains ne dureront pas bien longtemps après avoir cessé les exercices.

Références [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8]

- Doper son cerveau - réalité ou intox ? Alain Lieury.
- Stimuler ses neurones... oui mais comment ? Alain Lieury.


Références et notes :

[2] Melby-Lervåg, M., & Hulme, C. (2013). Is working memory training effective ? A meta-analytic review. Developmental Psychology, 49, 270-291.

[3] Noack, H., Lövdén, M., & Schmiedek, F. (2014). On the validity and generality of transfer effects in cognitive training research. Psychological Research. Advance online publication. DOI : 10.1007/s00426-014-0564-6.

[4] Redick, T. S., Shipstead, Z., Harrison, T. L., Hicks, K. L., Fried, D. E., Hambrick, D. Z., Engle, R. W. (2013). No evidence of intelligence improvement after working memory training : A randomized, placebo-controlled study. Journal of Experimental Psychology : General, 142(2), 359-379.

[5] Roig, M., Nordbrandt, S., Geertsen, S. S., & Nielsen, J. B. (2013). The effects of cardiovascular exercise on human memory : A review with meta-analysis. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 37, 1645–1666.

[6] Shipstead, Z., Redick, T. S., & Engle, R. W. (2012). Is working memory training effective ? Psychological Bulletin, 138, 628-654.

[7] Smith, P. J., Blumenthal, J. A., Hoffman, B. M., Cooper, H., Strauman, T. A., Welsh-Bohmer, K., Sherwood, A. (2010). Aerobic exercise and neurocognitive performance : a meta-analytic review of randomized controlled trials. Psychosomatic Medicine, 72(3), 239-252.

[8] Voss, M., Vivar, C., Kramer, A. F., & van Praag, H. (2013). Bridging animal and human models of exercise-induced brain plasticity. Trends in Cognitive Sciences, 17(10), 525-544.

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