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L’EMDR, l’acupuncture et le placébo

Le 4 avril 2011

L’approche scientifique visant à comprendre le monde inclut le processus qui est de rigoureusement séparer les variables des effets. Les expériences sont d’ailleurs réalisées pour bien contrôler, et neutraliser si possible, un maximum de variables possibles. Ceci peut être particulièrement compliqué en médecine, car le corps est une machine très complexe, comprenant énormément de variables, et de nombreux facteurs sont en jeu. Nous caractérisons souvent ces nombreuses variables, qui peuvent influencer le résultat des études cliniques, comme étant des "effets placébo" ou des "effets non spécifiques", c’est-à-dire tous ces éléments autres que la réponse spécifique du traitement étudié.

Une erreur fréquente qui peut être faite lorsque des études cliniques sont interprétées, est de faire la confusion entre ces effets non-spécifiques – ceux qui résultent d’une interaction thérapeutique ou du processus d’observation – et un effet spécifique provenant bien du traitement étudié. Alors que cela est plutôt bien maitrisé dans la communauté médicale scientifique, il semble que ce ne soit pas le cas dans de nombreux domaines des thérapies alternatives, qui vendent des effets non spécifiques (ou collatéraux) comme étant des effets propres au traitement.

C’est sans doute le plus vrai pour l’acupuncture par exemple. Comme cela a déjà été plusieurs fois montré dans le cadre d’études publiées, le consensus des meilleures études cliniques publiées sur l’acupuncture a montré qu’il n’y avait pas d’effet spécifique des aiguilles plantées dans des points d’acupuncture. Le fait de choisir des points au hasard fonctionne aussi bien [1], tout comme le fait de piquer la peau avec des cure-dents [2] plutôt que de pénétrer la peau avec une aiguille pour stimuler le prétendu "qi".

L’interprétation la plus parcimonieuse des preuves est que les aiguilles (i.e. l’acupuncture en soi) sont superflues – car tout le bénéfice perçu vient de l’interaction thérapeutique praticien/patient. Cela a été directement étudié, et les éléments de preuve suggèrent que la manière de maximiser les effets subjectifs du rituel de l’acupuncture est d’augmenter l’interaction avec le praticien [3], et n’a rien à voir avec l’acupuncture en soi. L’acupuncture est un bon exemple de cette manie de présenter, et de proposer, une procédure spécifique qui repose entièrement sur des effets non spécifiques, provenant en réalité de l’interaction thérapeutique entre le praticien et son client, tels que des comportements agréables/empathiques envers le malade et des encouragements plein d’espoirs.

Ce phénomène ne se limite cependant pas à l’acupuncture. Un autre bon exemple est celui de l’EMDR (l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires), une pratique dont la popularité croit chez les psychothérapeutes. Le concept de l’EMDR, comment il est supposé fonctionner, résonne pseudo-scientifique. Selon EMDR Paris (http://www.emdr.fr/deroulement.htm) :

"Le praticien invite la personne à raconter l’histoire traumatisante et à en revivre mentalement les sensations. Une évaluation de l’intensité du stress est faite et servira de repère pour la progression de l’évacuation de l’impact. Après quelques autres points de discussion, l’exercice peut effectivement commencer. Tout en pensant à une image significative de l’événement, le sujet est accompagné par le praticien dans plusieurs séries de mouvements des yeux de droite à gauche. Ce protocole se fait jusqu’à ce que le client constate une diminution satisfaisante de son angoisse."

Le stimulus externe, qu’il s’agisse de bouger les yeux, d’écouter le client ou de le tapoter, est supposé aider le cerveau à "reprogrammer" ses souvenirs et l’information, et est supposé être utile pour une large gamme de symptômes psychiatriques. Le mécanisme proposé semble pourtant hautement douteux. Alors que le cerveau possède sans doute une certaine plasticité, cette capacité de changer son câblage par l’utilisation, il est difficile d’imaginer comment une si simple procédure pourrait avoir un effet significatif sur sa plasticité. Nombreux sont ceux qui suspectent que le mouvement des yeux, le constituant de la thérapie EMDR, pourrait être l’équivalent des aiguilles de l’acupuncture.


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