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L’acupuncture contre la douleur chronique ? Certainement pas !

Le 24 octobre 2012

Est-ce que l’acupuncture est un traitement efficace contre la douleur ? Il s’agit d’une question qui a provoqué, et provoque toujours, des débats et controverses depuis des années. Les partisans argumentent habituellement que c’est un fait confirmé par des preuves cliniques de bonne qualité, par des millénaires de tradition chinoise et par une compréhension solide des mécanismes impliqués.

Ce qui n’impressionne cependant pas les sceptiques, qui font remarquer que les preuves cliniques des adeptes de l’acupuncture sont souvent soigneusement choisies, que sa longue histoire de pratique est passablement dénuée de sens (l’astrologie ou la religion, par exemple, sont encore plus anciennes, ce qui ne prouve pourtant pas leur réalité), et que les mécanismes supposés sont au mieux des tentatives d’explications.

Cette grande différence d’opinions est certainement pour beaucoup source de confusion, tout particulièrement pour les profanes qui pourraient être tentés d’essayer de se faire piquer ici ou là par un acupuncteur. Mais cette hésitation pourrait tout simplement disparaître à la lumière d’une nouvelle, unique et large évaluation des preuves cliniques.

Une équipe internationale a publié une méta-analyse sur des données individuelles de patients pour déterminer l’effet analgésique (qui calme la douleur) de l’acupuncture, comparée à une acupuncture simulée ou à un groupe de patients sans acupuncture du tout, pour ces quatre douleurs chroniques : les maux de dos ou du cou, l’arthrose, les migraines et les douleurs à l’épaule. Les données de 29 études randomisées et contrôlées ont été passées au crible, totalisant le nombre impressionnant de 17922 patients.

Les résultats de cette nouvelle évaluation [1] suggèrent que l’acupuncture serait supérieure à l’acupuncture simulée et à pas d’acupuncture du tout pour chacune de ces conditions. Les patients qui ont reçu l’acupuncture avaient ressenti moins de douleur, avec des scores qui étaient 0,23, 0,16 et 0,15 plus faibles que ceux qui avaient reçu l’acupuncture simulée pour les maux de dos et du cou, l’arthrose et la migraine chronique respectivement ; les tailles d’effet en comparaison du groupe sans acupuncture étaient de 0,55, 0,57 et 0,42.

À partir de ces résultats, les auteurs en sont arrivés à la conclusion que "l’acupuncture est efficace dans le traitement de la douleur chronique et est de ce fait une option de référence raisonnable. Les différences significatives entre la véritable acupuncture et l’acupuncture simulée indiquent que l’acupuncture est plus qu’un placébo. Cependant, ces différences sont relativement modestes, ce qui suggère que d’autres facteurs supplémentaires aux effets spécifiques des aiguilles constituent des contributeurs importants aux effets thérapeutiques de l’acupuncture".

Quelques heures seulement après sa publication, cette nouvelle méta-analyse était célébrée par les croyants en l’acupuncture comme la preuve la plus solide à ce jour disponible sur le sujet. La plupart de la presse profane populaire a suivi comme un seul homme dans la même veine et sans aucun esprit critique. Les auteurs de l’étude, dont la plupart sont des enthousiastes de l’acupuncture, semblaient complètement convaincus qu’ils avaient apporté la preuve la plus convaincante à ce jour de l’efficacité de l’acupuncture.

Mais ont-ils raison ou sont-ils simplement victimes de leur propre dévotion à la pratique ?

Peut-être qu’un point de vue un peu plus sceptique serait utile, après tout, même les auteurs les plus enthousiastes de cet article reconnaissent que, quand elle est comparé à l’acupuncture simulée, la taille de l’effet de la véritable acupuncture est trop faible pour être cliniquement pertinente. Ainsi, on pourrait répondre que cette méta-analyse confirme ce que les critiques ne font que répéter : l’acupuncture n’est pas un traitement utile du point de vue clinique.

Sans surprise, les auteurs de la méta-analyse ont fait de leur mieux pour sous-évaluer cet aspect. Ils font le raisonnement que, dans un cadre clinique, la comparaison entre l’acupuncture et les groupes sans acupuncture est plus pertinente que celle entre la vraie acupuncture et l’acupuncture simulée. Mais cette comparaison, bien entendu, comprend des effets placébo et d’autres effets non spécifiques qui passent pour des effets de l’acupuncture, et avec ce petit tour de passe-passe (qui est malheureusement très fréquent en thérapie alternative) nous pouvons aussi "démontrer" que même des pilules de sucres sont efficaces.

Sans doute que les effets contextuels sont importants dans les soins délivrés aux patients, mais les patients n’ont pas besoin d’avoir un traitement placébo pour provoquer chez eux de tels bénéfices. Si l’on administre des traitements qui sont efficaces au-delà du placébo avec gentillesse, temps, compassion et empathie, les patients bénéficieront des deux effets, celui du traitement qui marche et celui de l’effet placébo conjugués. En d’autres termes, le fait de générer des effets purement non-spécifiques avec l’acupuncture est loin d’être optimal, et n’est certainement pas dans l’intérêt des malades. Comment peut-on qualifier cela d’"option de référence raisonnable" dans ce cas ?

Les fans de l’acupuncture pourraient argumenter en disant qu’au moins cette nouvelle méta-analyse démontre que l’acupuncture est statistiquement significativement meilleure qu’un placébo. Pourtant, la petite valeur résiduelle de l’effet de la comparaison entre l’acupuncture réelle et l’acupuncture simulée pourrait tout à fait être le résultat d’un effet non spécifique de l’acupuncture ; il pourrait être (et est probablement) dû aux biais résiduels dans les études analysées.

Cette méta-analyse repose, en outre, largement sur des études Allemandes qui ont été beaucoup et souvent critiquées [2], et ce pour de bonnes raisons, quand elles ont été publiées pour la premières fois. L’un des défauts majeurs était que de nombreux patients n’étaient plus testés en double-aveugle à cause de la forte couverture médiatique pendant que l’étude était réalisée. Ajoutons à cela qu’aucun des thérapeutes impliqués dans l’étude n’était "aveugle", bien que ce soit tout à fait possible contrairement à ce certains affirment.

Il est donc probable que des patients conscients de l’acupuncture véritable ou simulée qu’ils recevaient et l’absence de thérapeute en aveugle, ont fortement influencé les résultats cliniques de ces études, ce qui a donc généré des résultats faussement positifs. Et comme les études Allemandes constituent de loin le plus gros volume de patients dans cette méta-analyse, tous ces défauts vont fortement impacter les résultats globaux de la méta-analyse.

Ainsi, est-ce que cette méta-analyse a finalement résolu ce débat vieux de plusieurs décennies sur l’efficacité de l’acupuncture ? Elle ne l’a certainement pas résolu, mais cette étude est la preuve la plus convaincante démontrant l’inefficacité de l’acupuncture contre la douleur chronique.


Références et notes :

[1] Acupuncture for Chronic Pain : Individual Patient Data Meta-analysis. Arch Intern Med. 2012 Sep 10:1-10.

[2] Die Gerac-Akupunkturstudien.

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