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L’anxiété face à la mort et l’intelligent design

Le 31 mars 2011

Des chercheurs de l’Université de Colombie Britannique et de l’Union College ont découvert que l’anxiété des individus vis-à-vis de la mort pouvait influencer leur comportement en les faisant soutenir les théories créationnistes de l’Intelligent Design, et rejeter la théorie de l’Evolution.

L’anxiété existentielle pousse aussi les gens à plus apprécier Michael Behe, le principal artisan de l’intelligent design, et à détester le biologiste évolutionniste Richard Dawkins.

Publié dans le journal PLoS ONE [1] par Joshua Hart et Jason Martens, respectivement professeur de psychologie et psychologue, cet article examine les motivations implicites qui sous-tendent l’un des débats les plus chauds d’Amérique du Nord. Malgré un consensus scientifique ayant établi que la théorie de l’intelligent design n’est pas scientifique en soi, 25% des professeurs de biologie américains se réservent du temps d’enseignement en classe pour évoquer cette théorie créationniste. Au Canada, par exemple, une loi est passée à Alberta en 2009 qui pourrait permettre aux parents de retirer leurs enfants des cours en rapport avec l’évolution.

Le Professeur Dawkins, biologiste de l’évolution, tout comme la majorité des scientifiques, confirme que les origines de la vie sont mieux expliquées grâce à la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin. Cependant, les avocats de l’intelligent design, comme le biochimiste Professeur Behe, affirment que les structures biochimiques et cellulaires sont trop complexes pour être expliquées par des mécanismes évolutionnistes, et devraient être attribuées à un créateur surnaturel.

"Nos résultats suggèrent que quand ils sont confrontés à des préoccupations existentielles, les gens répondent en cherchant un sens et un but à la vie" dit Tracy. Pour beaucoup d’entre eux, il semble que la théorie de l’évolution n’apporte pas assez de réponses à ces grandes questions."

Les chercheurs ont mis en place cinq études avec 1674 participants des États-Unis ou Canadiens, de différents âges et différents environnements et passés éducatifs, socioéconomiques et religieux.

Dans chaque étude, on a demandé à des participants d’imaginer leur propre décès, et d’écrire leurs pensées et sentiments immédiats, tandis que d’autres étaient assignés dans une condition contrôle où ils devaient imaginer une douleur dentaire et l’évoquer par écrit.

On a alors demandé aux participants de lire deux essais similaires, des extraits de 174 mots chacun des écrits de Behe et de Dawkins, qui ne faisaient pas mention de religion ni de croyance, mais qui décrivaient les soutiens empiriques et scientifiques de leurs positions respectives.

Après être passés par ces étapes, les participants qui ont imaginé leur propre mort ont montré un plus grand soutien à l’intelligent design et qu’ils préféraient Behe, ou un rejet de la théorie de l’évolution tout en n’aimant pas Dawkins, comparés aux participants de la condition contrôle.

Cependant, l’équipe de recherche a perçu des effets inverses dans la quatrième étude qui avait une nouvelle condition. Avec les écrits de Behe et de Dawkins, il a été ajouté un passage de Carl Sagan. Cosmologiste et écrivain scientifique, Carl Sagan argumentait en disant que le naturalisme – l’approche scientifique sous-jacente à l’évolution, mais pas au créationnisme – pouvait aussi donner un sens à la vie. En réponse, ces participants ont montré une réduction de leur croyance dans l’intelligent design après qu’ils aient été conscients de leur propre mortalité.

Tracy déclare : "ces résultats suggèrent que les individus peuvent percevoir l’évolution comme une solution importante aux préoccupations existentielles, mais beaucoup ont besoin d’apprendre explicitement que le fait d’adopter une approche naturaliste pour comprendre la vie peut être très important."

Des résultats identiques sont apparus dans la cinquième étude, entièrement réalisée avec des étudiants en sciences naturelles. Après avoir pensé à la mort, ces participants ont aussi affiché un plus grand soutien à la théorie de l’évolution et ils appréciaient Dawkins, comparés aux participants du groupe contrôle.

Les chercheurs déclarent que ces résultats indiquent qu’il existe un moyen possible d’encourager les étudiants à accepter l’évolution et à rejeter l’intelligent design.

"Les étudiants en sciences naturelles ont appris à voir la théorie de l’évolution comme étant compatible avec le désir de trouver un plus grand sens à leur vie" dit Tracy. "Ils sont déjà probablement déjà parvenus à trouver un sens existentiel grâce à l’évolution."

- Qu’est-ce que l’évolution ? Le fleuve de la vie. Richard Dawkins.
- La théorie de l’évolution : Et pourquoi ça marche (ou pas). Cynthia-L Mills.


Références et notes :

[1] Jessica L. Tracy, Joshua Hart, Jason P. Martens. Death, Science : The Existential Underpinnings of Belief in Intelligent Design and Discomfort with Evolution. PLoS ONE, 2011 ; 6 (3) : e17349.

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