Accueil du site > Le Guide Alternatif > L’aromathérapie

L’aromathérapie

Le 8 avril 2013

Par Edzard Ernst

L’aromathérapie est une forme très populaire de thérapie alternative [1]. Les aromathérapeutes utilisent des huiles essentielles, et c’est ici que commence la confusion. Car ces huiles sont appelées "essentielles" non pas parce que les êtres humains en auraient un besoin vital, "essentiel", à la manière des éléments nutritifs essentiels par exemple. Mais elles sont nommées "huiles essentielles" parce qu’elles sont tirées d’essences de fleurs. L’homme qui a "découvert" l’aromathérapie était un chimiste qui aurait accidentellement brûlé sa main et mis une essence de lavande sur sa brûlure. Il aurait très vite guéri, et en aurait ainsi conclu que les huiles essentielles pouvaient représenter une thérapeutique utile.

Les aromathérapeutes de nos jours utilisent rarement des huiles essentielles telles quelles, ils les diluent dans une huile excipient inerte et l’appliquent habituellement par un massage très délicat sur la peau. Ils croient que des huiles spécifiques ont des effets spécifiques dans des conditions bien précises. Étant donné que ces huiles contiennent des ingrédients pharmacologiquement actifs, certaines de leurs affirmations pourraient bien être vraies. La question concerne cependant celle de la concentration. Est-ce que ces ingrédients atteignent l’organe visé en quantités suffisantes ? Sont-ils complètement absorbés à travers la peau ? Est-ce que le fait de les sentir a un effet suffisamment important pour produire les bénéfices déclarés ?

Le test vérité pour toute affirmation thérapeutique est, comme toujours, celui de l’étude clinique. Une étude a justement été publiée sur le sujet. L’objectif de cette étude randomisée [2] était de déterminer les effets de l’inhalation d’aromathérapie sur des femmes enceintes. Des huiles essentielles avec des contenus riches en linalol et en acétate de linalyle ont été sélectionnées parmi celles qui étaient préférées par les participantes. Treize femmes enceintes dans leur 28° semaine de grossesse ont été réparties au hasard soit dans le groupe de l’aromathérapie, soit dans un groupe de contrôle. Les principales mesures de résultat étaient plusieurs scores validés visant à évaluer l’humeur et la variabilité du rythme cardiaque. Les résultats ont affiché des différences significatives dans le score de la tension-anxiété et dans celui de la colère-hostilité suite à l’aromathérapie. Les changements de variabilité du rythme cardiaque indiquaient que l’activité nerveuse parasympathique augmentait significativement dans le groupe d’aromathérapie. Les auteurs de conclure que l’inhalation d’aromathérapie était efficace et suggèrent qu’il faudrait plus de recherche sur le sujet.

La recherche en aromathérapie est rare et c’est pour cette raison que toute nouvelle étude sur ce "traitement" fort populaire peut être importante. L’aromathérapie est principalement (mais pas dans cette étude) utilisée en association avec un massage délicat et apaisant ; tout résultat d’une telle intervention est ainsi difficile à interpréter : nous ne pouvons pas savoir si c’était le massage ou l’huile qui a produit les effets observés. L’étude présente est différente et elle pourrait produire des conclusions spécifiques aux effets des huiles essentielles.

L’étude affiche plusieurs erreurs méthodologiques classiques qui sont fréquentes dans les études de médecine alternative. Le défaut le plus manifeste ici est la taille beaucoup trop petite de l’échantillon. Cette question est malheureusement sans réponse. Pour déterminer une taille adéquate d’échantillon, il vaut mieux diriger une étude pilote ou utiliser des données déjà publiées pour calculer le nombre de patients nécessaires pour l’étude que vous envisagez de faire. Tout statisticien sera en mesure de vous aider dans cette tâche.

Le deuxième défaut fait référence au fait que les résultats et les conclusions de cette étude reposaient sur une comparaison de mesures de résultats avant avec celles après les interventions dans le groupe ayant eu accès à l’aromathérapie. La raison principale de l’existence d’un groupe contrôle dans une étude clinique est que les résultats du groupe expérimental sont comparés à ceux du groupe de contrôle. De telles comparaisons intergroupes peuvent nous dire si les résultats ont été causés par l’intervention elle-même, et non pas par d’autres facteurs parasites comme le temps qui passe, un effet placébo, etc.

Dans l’étude présente, les auteurs semblent avoir été conscients de leurs erreurs et mentionnent qu’il n’y avait pas de différences significatives entre les résultats quand les deux groupes ont été comparés. Pourtant, ils n’arrivent pas à tirer la bonne conclusion à partir de ce fait. Car il signifie que leur étude démontre que l’inhalation d’aromathérapie n’a pas d’effet sur les résultats étudiés.

Que nous disent les preuves fiables à propos de l’aromathérapie ? Une étude clinique [3] n’a pas réussi à montrer que l’aromathérapie améliorait l’humeur ni la qualité de la vie chez des patients atteints d’un cancer. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, alors qu’est-ce que les revues systématiques de toutes les études disponibles nous apprennent sur l’aromathérapie ?

La première revue systématique [4] est probablement celle publiée en 2000. 12 études cliniques randomisées ont été analysées : six d’entre elles n’ont pas été reproduites de façon indépendante, et six étaient relatives aux effets relaxants de l’aromathérapie associée à un massage. Ces six dernières études suggèrent collectivement que le massage d’aromathérapie a un léger effet anxiolytique de courte durée. Ces effets de l’aromathérapie ne sont certainement pas assez forts pour être considérés comme traitement contre l’anxiété. Nous en concluons que l’hypothèse de son efficacité pour toute autre indication n’est pas soutenue par les résultats d’études cliniques rigoureuses.

Depuis, plusieurs autres revues systématiques ont vu le jour. Ces résultats ont été résumés dans une synthèse des revues disponibles [5]. 12 bases de données ont été passées au crible sans restriction de temps ni de langue. La qualité méthodologique de toutes les revues systématiques a été évaluée de façon indépendante par deux auteurs. Sur les 201 publications potentiellement pertinentes, 10 seulement remplissaient les critères d’inclusion. La plupart des revues systématiques était de qualité méthodologique médiocre. Les domaines cliniques visés étaient l’hypertension, la dépression, l’anxiété, le soulagement de la douleur et la démence. Les preuves montrent que l’aromathérapie n’est une thérapie efficace pour aucune de ces conditions médicales.

Enfin, la sécurité de l’aromathérapie a aussi été évaluée en analysant toutes les données publiées recensant des effets secondaires [6]. 42 comptes-rendus ont été passés en revue. Au total, 71 patients ont vécu des effets secondaires après l’aromathérapie qui allaient de légers à sévères et comprenaient un décès. L’effet secondaire le plus fréquent était la dermatite. La lavande, la menthe, l’arbre à thé et l’ylang-ylang étaient les huiles essentielles les plus fréquemment responsables d’effets secondaires. Ainsi, même l’aromathérapie a le pouvoir de causer des effets secondaires dont certains peuvent être sérieux, bien que leur fréquence demeure inconnue.

Quelle est la conclusion de tout cela ? Elle semble aller de soi : l’aromathérapie n’est pas efficace pour quelque condition médicale qui soit. Elle n’est pas non plus entièrement sans risque. Son profil risque sur bénéfices n’est ainsi pas positif, ce qui veut dire qu’elle n’est pas recommandée en tant que traitement pour quiconque de malade.


Références et notes :

[1] Int J Clin Pract. 2010 Oct ;64(11):1496-502. Complementary and alternative medicine use in England : results from a national survey. Hunt KJ, Coelho HF, Wider B, Perry R, Hung SK, Terry R, Ernst E.

[2] J Altern Complement Med. 2013 Feb 14. Physical and Psychologic Effects of Aromatherapy Inhalation on Pregnant Women : A Randomized Controlled Trial. Igarashi T.

[3] Palliat Med. 2004 May ;18(4):287-90. Does aromatherapy massage benefit patients with cancer attending a specialist palliative care day centre ? Wilcock A, Manderson C, Weller R, Walker G, Carr D, Carey AM, Broadhurst D, Mew J, Ernst E.

[4] Br J Gen Pract. 2000 Jun ;50(455):493-6. Aromatherapy : a systematic review. Cooke B, Ernst E.

[5] Aromatherapy for health care : an overview of systematic reviews. Lee MS, Choi J, Posadzki P, Ernst E. Maturitas. 2012 Mar ;71(3):257-60. doi : 10.1016/j.maturitas.2011.12.018. 2012.

[6] Int J Risk Saf Med. 2012 Jan 1 ;24(3):147-61. doi : 10.3233/JRS-2012-0568. Adverse effects of aromatherapy : a systematic review of case reports and case series. Posadzki P, Alotaibi A, Ernst E.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2019 - Charlatans.info |