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L’effet de halo santé

Le 12 avril 2011

Il ne faut jamais préjuger d’un aliment à partir de son étiquette.

Jenny Lee, de l’Université Cornell, s’est intéressée à un phénomène que l’on appelle "l’effet de halo". Des psychologues ont depuis longtemps reconnu que la façon dont nous percevons une caractéristique particulière d’une personne peut influencer la façon dont nous percevrons les autres caractéristiques de cette même personne.

En d’autres termes, le fait qu’une personne ait un attribut positif peut faire rayonner un "halo", qui résultera en une perception biaisée faisant que les autres caractéristiques associées à cette personne seront aussi positives. Par exemple, une personne attirante pourrait être jugée comme étant aussi intelligente, uniquement parce qu’il ou elle est séduisant(e).

Une littérature croissante suggère que l’effet de halo pourrait aussi s’appliquer aux aliments, et influencer de façon ultime ce que nous mangeons, et la quantité de ce que nous mangeons. Par exemple, la recherche a montré que les gens tendent à consommer plus de calories dans les fast-foods qui déclarent servir des aliments "santé", comparé à la quantité qu’ils mangent dans un restaurant de hamburger typique.

Le raisonnement est que quand les individus perçoivent un aliment comme étant plus nutritif, ils tendent à baisser leur garde relative au calcul des calories ingérées, ce qui les conduit à trop manger ou à être plus indulgents. Cet "effet de halo de santé" semble aussi s’appliquer à certains aliments considérés par beaucoup comme étant spécialement bon à la santé, comme les produits biologiques.

Certaines personnes supposent, de façon erronée, que ces aliments sont plus nutritifs seulement parce qu’ils portent une étiquette "biologique", sujet de débats actifs de longue date entre les scientifiques de la nutrition.

Partie intégrante de sa recherche, Lee s’est demandé si l’effet de halo entourant les aliments biologiques poussait les individus à les percevoir automatiquement comme ayant plus de goût ou comme étant plus faibles en calories. Elle a testé cette hypothèse en réalisant une étude [1] en double-aveugle et contrôlée, dans laquelle elle a demandé à 144 sujets de comparer ce qu’ils croyaient être des aliments biologiques et des aliments supposés être conventionnels, comme des cookies au chocolat, des yaourts et des frites.

Cependant, et là est toute la subtilité du double-aveugle, tous les produits étaient biologiques, seules les étiquettes étaient modifiées soit en "biologique", soit "conventionnel". On a alors demandé aux participants d’évaluer chaque aliment sur 10 attributs (comme le goût général, la perception de la quantité de graisses, etc.) avec une échelle allant de 1 à 9. Elle leur a aussi demandé d’estimer le nombre de calories dans chaque aliment, et combien ils seraient disposés à le payer.

Confirmant l’hypothèse de l’effet de halo de Lee, les sujets ont rapporté qu’ils préféraient presque toutes les caractéristiques du goût des aliments étiquetés comme étant biologiques, même s’ils étaient en réalité identiques aux autres aliments étiquetés comme "conventionnels". Les aliments étiquetés "biologiques" étaient aussi perçus comme étant significativement moins caloriques et étaient payés plus chers. En outre, les aliments dits "biologiques" étaient perçus comme moins gras et plus riches en fibres. En général, les frites et les cookies étiquetés "biologiques" étaient considérés comme étant plus nutritifs que leurs contreparties étiquetées "non biologiques".

Ainsi, non seulement il y a un effet de halo en rapport avec la santé venant des aliments biologiques, mais cet effet est fort et consistant, du moins pour les cookies, les frites et les yaourts.

Bien que Lee soit la première à reconnaitre que son étude était limitée dans la variété des aliments testés, elle est confiante dans le fait que cet effet est réel et qu’il ait d’importantes implications qui vont jusqu’à modifier ce que les gens mangent, et la quantité de ce qu’ils avalent, tout spécialement pour ceux qui recherchent des aliments "biologiques".

Ce que cette étude montre, c’est qu’il ne faut surtout pas juger un livre (ou un aliment) par sa couverture (ni par son label "biologique").

- Les vérités qui dé-mangent : Les Coups de gueule d’une nutritionniste engagée. Béatrice de Reynal.
- De l’étiquette à l’assiette : Vérités et mensonges sur les produits alimentaires. Collectif.


Références et notes :

[1] Jenny Wan-chen Lee, Mitsuru Shimizu, Brian Wansink. Conférence Experimental Biology, 2011.

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