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L’effet nocébo : comment les medias peuvent provoquer les symptômes d’une maladie

Le 7 mai 2013

Le fait de s’attendre à des effets négatifs peut augmenter la probabilité de vivre des symptômes. Ainsi, les médias devraient-ils être plus responsables quand ils lancent des avertissements sur certains risques pour la santé.

Les reportages des médias à propos de substances qui sont supposées être dangereuses pour la santé peuvent faire que les individus qui sont influençables développent les symptômes de la maladie alors même qu’il n’y a aucune raison qu’ils la développent. C’est la conclusion à laquelle est arrivée une étude [1] sur le phénomène connu qu’est celui de l’hypersensibilité électromagnétique.

Ceux qui sont affectés ont rapporté qu’ils vivaient certains symptômes suite à l’exposition aux ondes électromagnétiques, comme celles émises par les téléphones portables, et ceux-ci ont pris la forme de réactions physiques. À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), il a été démontré que les aires du cerveau qui sont responsables du traitement de la douleur sont actives dans de tels cas. "Malgré cela, il y a un important corps de preuves montrant que l’hypersensibilité électromagnétique pourrait n’être que le résultat d’un effet nocebo", explique le Dr. Michael Witthöft de l’Université de Mayence. "La simple anticipation d’une blessure possible pourrait en réalité provoquer de la douleur ou des troubles.

C’est le contraire des effets analgésiques que nous connaissons et qui sont associés à une exposition aux placebos". Cette nouvelle étude illustre comment les comptes rendus des médias sur les risques pour la santé peuvent provoquer ou amplifier les effets nocebo chez certaines personnes.

Les médias rapportent fréquemment des risques potentiels pour la santé associés aux champs électromagnétiques produits par les téléphones portables, les antennes relais, les lignes à haute tension et les appareils wifi. Les individus qui sont "sensibles" aux champs électromagnétiques rapportent des symptômes comme des migraines, des vertiges, des brûlures ou des sensations de picotement sur leur peau et ils attribuent ces effets aux rayonnements. Certaines personnes ne travaillent plus ou s’éloignent de leur environnement social à cause de leur hypersensibilité électromagnétique, et dans certains cas extrêmes ils peuvent même déménager dans certaines régions afin de s’éloigner de tout équipement électrique.

"Cependant, les tests ont montré que les personnes affectées sont incapables de dire si elles ont réellement été exposées à un champ électromagnétique. En fait, leurs symptômes sont provoqués exactement de la même façon qu’elles soient exposées à des champs électromagnétiques simulés ou réels" ajoute Witthöft. L’effet nocebo a d’abord été identifié durant des essais pharmaceutiques. Les sujets qui avaient été observés affichaient des effets secondaires indésirables même quand ils ne recevaient pas de médication mais qu’ils recevaient un placébo.

Le chercheur a réalisé son étude sur 147 personnes qui avaient d’abord commencé par regarder un reportage à la télévision. Un groupe de participants a regardé un documentaire sur la BBC qui traitait en des termes convaincants les dangers potentiels à la santé supposés être associés aux rayonnements des téléphones mobiles et du wifi. L’autre groupe a regardé un reportage sur la sécurité d’internet et des données des portables.

Puis, tous les sujets des deux groupes ont été exposés à des faux rayonnements Wifi alors qu’on leur a dit qu’ils étaient réels. Même s’ils n’ont pas été exposés à de véritables rayonnements, certains des sujets ont développé des symptômes caractéristiques : 54% des sujets ont rapporté vivre une certaine agitation et anxiété, une perte de la concentration ou des picotements dans leurs doigts, bras, jambes et pieds. Deux participants ont même quitté l’étude prématurément parce que leurs symptômes étaient si sévères qu’ils ne voulaient plus être exposés aux prétendus rayonnements (qui n’en étaient pas) plus longtemps. Il est devenu évident que les symptômes apparents étaient les plus sévères parmi les sujets qui avaient une importante anxiété préexistante, qui a résulté de leur visionnage du documentaire sur les possibles dangers des rayonnements électromagnétiques.

L’étude a démontré que les reportages à sensation des médias sur des risques potentiels, qui manquent d’ailleurs souvent d’éléments de preuve scientifique, peuvent avoir des effets importants sur une large frange de la population. De telles spéculations sur les dangers pour la santé ont la plupart du temps plus que l’impact à court terme de celui d’une prophétie auto-réalisée ; c’est plus probablement sur le long terme que certaines personnes commencent à croire qu’elles sont sensibles et qu’elles développent des symptômes dans certaines situations quand elles sont exposées à la "pollution électromagnétique".

"La science et les média devraient travailler ensemble plus intimement et s’assurer que les reportages sur des dangers potentiels à la santé causés par les nouvelles technologies soient aussi précis que possibles, et qu’ils soient présentés au public en utilisant les meilleures données scientifiques disponibles" conclut Witthöft.

- Le Mystère du nocebo. Patrick Lemoine.


Références et notes :

[1] Michael Witthöft, James Rubin (2013), Are media warnings about the adverse health effects of modern life self-fulfilling ? An experimental study on idiopathic environmental intolerance attributed to electromagnetic fields (IEI-EMF), Journal of Psychosomatic Research.

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