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L’effet placebo à la loupe

Le 20 juillet 2011

Les placebos sont des "fausses pilules" souvent utilisées dans les études scientifiques pour tester les nouveaux médicaments, et "l’effet placébo" est le bénéfice que tirent les patients d’un traitement qui n’a aucun ingrédient actif. Nombreux sont ceux qui affirment que l’effet placebo est un composant essentiel et crucial de la pratique clinique.

Mais le fait que les placébos puissent ou non influencer des mesures objectives de la maladie n’était pas clair. Une étude, publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) [1], sur des patients atteints d’asthme, qui a examiné l’impact de deux traitements placebo différents contre un traitement médical standard avec un bronchodilateur à base de salbutamol, est parvenue à deux importantes conclusions : alors que les placebos n’ont pas d’effet sur la fonction pulmonaire (l’une des mesures objectives essentielle sur laquelle se reposent les médecins pour traiter les patients asthmatiques) quand il s’agissait des résultats des comptes-rendus, les placébos étaient aussi efficaces que le salbutamol pour ce qui était de soulager la gêne des patients et les symptômes de l’asthme qu’ils rapportaient eux-mêmes.

"Nous avons essayé de comprendre si un effet placébo existait et, si oui, s’il était identique pour ce qui est des mesures rapportées objectivement et subjectivement, et si des effets similaires pouvaient être observés en utilisant différents types de placebo" explique l’auteur de l’étude, le Dr Michael Wechsler.

L’étude a examiné 39 patients souffrant d’asthme chronique qui ont été répartis au hasard pour prendre un traitement avec un inhalateur actif de salbutamol, avec un inhalateur placébo de salbutamol, avec de l’acupuncture simulée ou avec rien du tout. Les chercheurs ont administré chacun des trois traitements à chaque participant de l’étude, plus une séance sans aucune intervention, dans un ordre aléatoire durant des visites médicales séquentielles (séparées de trois à sept jours entre elles). Les procédures ont été répétées dans deux groupes de visites supplémentaires, de telle façon à ce que chaque patient ait eu un total de 12 visites médicales.

Dans la conclusion de l’étude, les résultats ont montré que le traitement avec l’inhalateur de salbutamol a résulté en une augmentation de 20% du FEV1, qui est le volume maximal expiré en une seconde, une mesure de la capacité pulmonaire. Ceci a été comparé à une augmentation d’environ 7% pour chacun des deux traitements placebo, tout comme pour le groupe sans traitement.

"Etant donné qu’il n’y avait aucune différence entre chacun des traitements placebos et le groupe sans traitement, nous pouvons rapporter qu’il n’y avait aucun effet placébo objectif pour ce qui est du changement de la fonction pulmonaire" dit Wechlser. Cependant, les descriptions de leurs symptômes par les patients suggéraient qu’un effet placebo subjectif existe : les patients ont rapporté une amélioration symptomatique statistiquement significative avec le salbutamol, tout comme avec l’inhalateur placebo et l’acupuncture simulée. Ceci comparé à une petite amélioration quand les patients ne recevaient rien du tout.

"Nous avons choisi d’étudier les patients avec de l’asthme parce que d’autres éléments de preuve avaient suggéré que les placebos modifieraient le problème médical sous-jacent" explique Ted Kaptchuk, co-auteur de l’étude. "Tandis que j’ai d’abord été surpris qu’il n’y ait pas d’effet placebo dans cette expérience (après avoir regardé les mesures objectives des flux d’air), une fois que j’ai vu les descriptions subjectives des patients, de ce qu’ils ressentaient après avoir pris le traitement actif et les traitements placebos, il était clair que les placebos étaient aussi efficaces que le médicament actif pour ce qui est d’aider les individus à mieux se sentir."

Ces résultats suggèrent que les médecins et les enquêteurs devraient reconsidérer les implications des résultats subjectifs rapportés par les patients dans les essais cliniques, et envisagent d’avoir un "placebo pour le placebo" pour enregistrer l’histoire naturelle de la maladie d’un patient.

"Malgré des effets bénéfiques sur le résultat physiologique objectif, la thérapie pharmacologique pourrait ne pas apporter de bénéfice supplémentaire sur les symptômes subjectifs déjà apportés par les placebos" ajoute-t-il. "Mais alors que les placebos demeurent un composant essentiel des études cliniques pour valider des résultats objectifs, l’évaluation de l’histoire naturelle de la maladie est essentielle pour l’évaluation finale des résultats rapportés par le patient."

En même temps, ajoute Kaptchuk, les résultats de l’étude impliquent que le traitement placebo est juste aussi efficace en tant que médication active pour améliorer les résultats centrés sur le patient.

"Il est clair que pour le patient, le rituel du traitement peut être très puissant" note Kaptchuk. "Cette étude suggère qu’en plus des thérapies actives visant à traiter les maladies, l’idée de recevoir des soins est un élément essentiel de ce que les patients estiment comme important dans les soins de santé. Dans un climat d’insatisfaction des patients, ceci pourrait être une leçon importante."


Références et notes :

[1] Michael E. Wechsler, John M. Kelley, Ingrid O.E. Boyd, Stefanie Dutile, Gautham Marigowda, Irving Kirsch, Elliot Israel, Ted J. Kaptchuk. Active Albuterol or Placebo, Sham Acupuncture, or No Intervention in Asthma. New England Journal of Medicine, 2011 ; 365. (2) : 119.

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