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L’effet placebo existe-t-il chez les animaux ?

Le 31 octobre 2008

Dans la liste des arguments avancés par les partisans de certaines thérapies alternatives, et plus particulièrement l’homéopathie, revient régulièrement celui relatif à l’utilisation de produits sur les animaux. Ils argumentent sur le fait qu’étant donné que la médecine "alternative" est utilisée (avec certains succès anecdotiques) sur des animaux, et que les animaux ne savent rien des traitements qui leur sont donnés, donc que ces traitement doivent être efficaces a priori. Il n’aura pas échappé à tout esprit logique l’illusion d’une telle observation, car elle suppose que les thérapies en question marchent (même s’il y a peu de preuves).

Cependant, certaines personnes s’aperçoivent que ces thérapies fonctionnent, comme les vétérinaires (il existe des vétérinaires acupuncteurs, homéopathes ou encore chiropracteurs). Étant donné qu’il y a très peu de preuves scientifiques soutenant l’idée que ces thérapies ont des effets cliniques significatifs sur les processus biologiques, y compris les maladies, on est en droit de se poser la question de savoir si d’autres effets de ces traitements alternatifs sont à l’œuvre sur les animaux. Plus précisément, les animaux peuvent-ils bénéficier des effets placebo ?

Nous savons que les êtres humains sont très sensibles à l’effet placebo. En revanche, chez les animaux, il y a moins de preuves [1]. En général, pour qu’une réponse placébo survienne, il faudrait que le patient traité reconnaisse qu’il y a un effort intentionnel pour le soigner. Les animaux seraient démunis de cette capacité de comprendre de telles intentions (exceptées les interventions qu’ils pourraient ne pas apprécier). En tant que tel, les animaux ne seraient pas capables de participer à des expériences placébo. Ainsi, on ne pourrait pas suggérer à un chien qu’une thérapie particulière pourrait le rétablir, ou que cela lui serait bénéfique parce que "naturel", personne ne sortira son jargon à un cheval pour lui faire croire qu’une pilule homéopathique le guérira. Ils ne comprendraient tout simplement pas.

Néanmoins, il y a plusieurs moyens d’expliquer comment un effet semblable au placebo pourrait être transmis aux animaux. Prenons le conditionnement. Les théories du conditionnement proposent que des changements physiques résultent d’une exposition à un stimulus qui a produit ce changement. C’est peut-être l’explication la plus acceptable intuitivement pour tout effet placebo chez les animaux. En effet, les études sur les animaux confirment un tel modèle pour les effets placebo, en commençant avec les premières description des chiens qui salivent de Pavlov [2]. Les études humaines et animales soutiennent l’idée que le conditionnement forme certaines bases aux réponses placebo [3].

Puisque le conditionnement nécessite un apprentissage, on peut s’attendre à ce que des visites répétées chez un praticien puisse augmenter la force de l’association entre un stimulus appris et une réponse chez l’animal, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Il y a de nombreux exemples de chiens tremblant de peur alors qu’ils se rendaient chez le vétérinaire ; d’un autre côté, un chien qui prend plaisir à se faire manipuler dans un environnement calme et agréable pourrait sembler se voir soulagé d’un problème chronique. Comme ce dernier a appris à associer ses visites à ces confortables manipulations, l’effet conditionnant peut se produire. Ceci peut raisonnablement expliquer l’effet placebo chez les animaux. Néanmoins, l’hypothèse qu’une guérison, ou un effet thérapeutique, puisse être provoqué à tous les coups comme étant le résultat d’un conditionnement ne peut pas être prouvé à ce jour.

La théorie de l’espérance propose que des changements corporels puissent avoir lieu en rapport avec l’espérance (ou l’attente) que celui qui est traité met dans la thérapie. Il y a une congruence considérable entre l’attente et le conditionnement, parce que l’apprentissage est l’un des principaux moyens produisant ces attentes. Lorsqu’on attend d’une thérapie qu’elle soulage, ou au moins qu’elle apporte au client et/ou au vétérinaire un sentiment de contrôle sur la maladie, elle peut soulager les états mentaux hostiles (chez les humains).

Sans doute, chez les humains, les thérapies qui aident à restaurer le contrôle du patient pourraient susciter des effets thérapeutiques, au moins à court terme, mais des études qui examinent le modèle de l’espérance chez les animaux n’ont pas encore été réalisées. Si les animaux étaient capables d’établir une association entre les signaux relatifs au traitement (l’attention et les manipulations reçues, la façon dont les propriétaires se comportent avec l’animal quand il reçoit le traitement, etc.) et le soulagement de son angoisse, les attentes des effets du traitement pourraient se développer (à la fois chez l’animal et le maître).

Il y a plusieurs recherches qui ont démontré que le contact humain avait des effets mesurables sur les animaux. Par exemple, les caresses des êtres humains réduisent le rythme cardiaque chez les chiens [4] et les chevaux [5] et causent des changements vasculaires majeurs chez les chiens [6]. Une manipulation délicate augmente la productivité des vaches laitières [7] et augmente l’efficacité de la reproduction chez les truies [8].

Ainsi, il est tout à fait plausible que le contact homme-animal joue un rôle important dans les réponses observées suite aux interventions thérapeutiques. Pour prendre un exemple "alternatif", il a été montré qu’un seul traitement par acupuncture est aussi efficace que caresser un cheval, notamment quand il s’agit de soulager une maladie chronique, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’effet démontrable de l’acupuncture au-delà d’une simple manipulation [9]. D’un autre côté, la manipulation pourrait aussi être stressante pour l’animal, ainsi les réponses pourraient ne pas être bénéfiques. Il n’y a aucun doute que le contact humain puisse provoquer des réponses chez les animaux, et les animaux pourraient se comporter tout à fait différemment quand ils ne sont pas observés.

Les thérapies peuvent-elles induire un effet placebo chez les maîtres ?

L’intensité rapportée de symptômes subjectifs comme la douleur, la fatigue et la dépression chez l’animal peut varier dans le temps pour toutes sortes de raisons, dont certaines n’ont rien à voir avec les changements réels des symptômes. De telles analyses peuvent être compliquées par les effets des traitements pouvant exister à la fois chez le maître, tout comme chez le vétérinaire qui s’est beaucoup investi dans toute approche "alternative".

Les attentes des clients peuvent constituer des motivations très puissantes. En participant à la transaction thérapeutique, les clients s’attendent généralement à des résultats. Les maîtres optimistes peuvent être susceptibles de poursuivre les traitements avec assiduité. Même avec des résultats ayant manifestement échoué, les réponses réciproques normales font que les clients rapportent souvent une amélioration de leur animal, au moins au début, même quand aucune amélioration réelle n’a eu lieu. Au pire, les vétérinaires peuvent aider leurs clients à comprendre quels problèmes a leur animal, un tel réconfort et consolation peut rendre le problème plus facile à surmonter.

Les bons vétérinaires savent faire preuve d’une certaine dose de compréhension et de compassion. Mais lorsque ces derniers proposent à leurs clients des thérapeutiques, ou des produits dont les concepts n’ont déjà plus rien à voir avec la biologie, des pilules ou remèdes qui ne contiennent plus aucun ingrédient actif et où seul l’effet placebo peut expliquer l’amélioration perçue de l’animal, ils trompent délibérément leurs clients et abusent de leur position d’homme de confiance. Les animaux méritent mieux.

- L’effet placebo : Le pouvoir de guérir. Danielle Fecteau.
- Placebo/chronique d’un elixir psycho-actif. Jean Jacques AULAS.


Références et notes :

[1] McMillan, FD. The Placebo Effect in Animals. J Am Vet Med Assoc 1999 ; 215(7) : 992-9

[2] Pavlov, IP. Conditioned Reflexes. London : Oxford Press, 1927. 23–78

[3] Voudouris, NJ, Peck, CL, Coleman, G. Conditioned placebo responses. J Pers Soc Psychol 1985 ; 48 : 47-53

[4] Gantt, WH, Newton, JO, Royer, FL, et al. Effect of person. Conditional Reflex 1966 ; 1 : 18-35

[5] Lynch, B. Heart rate changes in the horse to human contact. Psychophysiology 1974 ; 11 : 472-478

[6] Newton, JF, Ehrlich, WW. Coronary blood flow in dogs : effect of person. Conditional Reflex 1966 ; 1 : 81

[7] Gross, WB. The benefits of tender loving care. Int J Stud Anim Prob 1980 ; 1 : 147-149

[8] Heinsworth, PH, Brand, A, Willems, PJ. The behavioral response of sows to the presence of human beings and their productivity. Livestock Prod Sci 1981 ; 8 : 67-74

[9] Wilson, DV, Berney, CE, Peroni, DL, et al. The effects of a single acupuncture treatment in horses with severe recurrent airway obstruction. Equine Vet J 2004 ; 36(6) : 489-94

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