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L’entrainement cérébral ne stimule pas l’intelligence

Le 8 octobre 2013

Les jeux, applications et sites Internet d’entrainement cérébraux sont populaires et il n’est pas compliqué de comprendre pourquoi : qui ne voudrait pas stimuler ses capacités mentales tout en s’amusant ? Mais une nouvelle recherche [1] vient en confirmer d’autres plus anciennes en montrant que les programmes d’entrainement cérébraux pourraient renforcer votre aptitude à garder une information à l’esprit, mais ils n’apportent pas de bénéfices au type d’intelligence qui permet de raisonner ou de résoudre des problèmes.

"Il est difficile de passer du temps sur le web sans tomber sur une publicité pour un site Internet qui promette d’entrainer votre cerveau, de fixer votre attention et d’améliorer votre QI" explique le psychologue Randall Engle, auteur de la recherche. "Ces déclarations sont particulièrement séduisantes pour les parents d’enfants qui ont du mal à l’école".

Selon Engle, ces déclarations reposent sur des preuves qui montrent une forte corrélation entre la capacité de la mémoire de travail et l’intelligence fluide générale. La mémoire de travail fait référence à notre aptitude à conserver l’information soit dans notre esprit ou pour qu’elle soit rapidement mobilisable, particulièrement en présence d’une distraction. L’intelligence fluide générale est l’aptitude à inférer des relations, à faire des raisonnements complexes et à résoudre des problèmes nouveaux.

La corrélation entre la mémoire de travail et l’intelligence fluide a posé l’hypothèse que le fait d’augmenter la première conduirait à une augmentation de la seconde, mais cela "suppose que les deux constructions soient une même chose, ou que la mémoire de travail soit à la base de l’intelligence fluide" note le chercheur.

Pour mieux comprendre les relations entre ces deux aspects de la cognition, Engle et ses collègues ont fait réaliser 20 jours d’entrainement sur certaines tâches cognitives à 56 étudiants. Ces derniers étaient payés pour chaque amélioration de leur performance chaque jour pour s’assurer qu’ils soient réellement motivés pour cet entrainement. Les étudiants dans les deux conditions expérimentales s’entrainaient soit sur des tâches complexes, qui avaient déjà montré être de bonnes mesures pour la mémoire de travail, soit sur des tâches simples. Dans les tâches simples, on demandait aux étudiants de se rappeler des objets dans l’ordre dans lequel ils ont été présentés ; avec les tâches complexes, les étudiants devaient s’en souvenir aussi, tout en réalisant une autre tâche entre les présentations des objets. Un groupe de contrôle s’entrainait sur une tâche de recherche visuelle qui devenait progressivement plus dure chaque jour.

Les chercheurs ont administré toute une batterie de tests avant et après leurs entrainements pour évaluer leurs améliorations et leur transfert d’apprentissage, comprenant un ensemble de mesures de la mémoire de travail et trois mesures de l’intelligence fluide.

Les résultats étaient on ne peut plus clairs : seuls les étudiants qui s’étaient entrainés sur des tâches complexes ont affiché un transfert en direction des tâches de mémoire de travail. Aucun des groupes n’a montré de bénéfices de l’entrainement sur les mesures de l’intelligence fluide.

Les résultats montrent que les étudiants ont amélioré leur aptitude à mettre à jour et à conserver l’information sur des tâches multiples quand ils passaient de l’une vers l’autre, ce qui pourrait avoir d’importantes implications quand on fait plusieurs tâches dans la vraie vie.

"Cette étude touche presque tout le monde qui vit dans le monde moderne complexe" dit le chercheur, "mais il concerne particulièrement les individus qui essayent eux-mêmes de faire plusieurs choses à la fois ou qui passent d’une tâche complexe à une autre, comme de conduire tout en téléphonant, qui alternent entre des conversations avec deux personnes différentes, ou qui préparent le diner tout en s’occupant d’un enfant qui pleure".

Malgré l’impulsion potentielle du multitâches, les bénéfices de l’entrainement ne se transfèrent pas à l’intelligence fluide. Engle fait remarquer que ce n’est pas parce que la mémoire de travail et l’intelligence fluide sont fortement corrélés qu’ils sont identiques :

"La taille et le poids chez les êtres humains sont aussi fortement corrélés, mais peu de gens raisonnables feraient l’hypothèse que la taille et le poids sont des variables identiques" explique le chercheur. "S’ils l’étaient, prendre du poids vous ferait grandir et maigrir vous raccourcirait - ceux d’entre nous qui grossissent ou qui maigrissent périodiquement peuvent attester du fait que ce n’est pas vrai".

- Doper son cerveau - réalité ou intox ? Alain Lieury.


Références et notes :

[1] ’Brain Training’ May Boost Working Memory, But Not Intelligence . Psychological Science.

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