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L’impossibilité des conspirations mondiales

Le 28 janvier 2016

D’après un chercheur de l’Université d’Oxford, si vous aviez dans l’idée de créer une grande conspiration, il va falloir revoir vos plans notamment en réduisant sa portée.

Alors que nous pouvons tous garder un secret, l’étude [1] du Dr David Robert Grimes montre que les grands groupes de personnes qui partagent une conspiration vont très rapidement tout révéler. Le Dr Grimes, physicien qui travaille dans le domaine de la recherche sur le cancer, est également auteur scientifique. De par ses positions, il est destinataire de nombreuses communications provenant de gens qui croient dans les conspirations relatives à la science. Ces messages l’ont motivé à chercher à savoir si des collusions à grande échelle étaient véritablement tenables.

Le Dr Grimes déclare : "L’idéalisation conspirationniste est cette tendance qu’ont certains individus de croire que des événements et des autorités sont secrètement manipulés par des groupes et des organisations clandestins. Beaucoup de ces hypothèses, en apparence explicatives, sont non-falsifiables, manquent de preuve ou sont manifestement fausses, pourtant leur acceptation par le public reste élevée. Les efforts pour convaincre le public en général de la validité des découvertes médicales et scientifiques peuvent être entravés par ce genre d’histoires, qui vont créer une impression de doute ou de controverse dans des domaines où la science est pourtant bien établie."

Il explique : "un certain nombre de théories conspirationnistes gravite autour de la science. Alors que le fait de croire que les atterrissages sur la Lune sont faux n’est pas dangereux en soi, le fait de croire la désinformation à propos des vaccins peut être fatal. Cependant, toute croyance en une conspiration n’est pas nécessairement fausse, par exemple les révélation de Snowden confirment certaines théories à propos des activités de l’Agence de Sécurité Nationale US."

"Il est fréquent de rejeter les théories de la conspiration et leurs partisans d’un revers de main, mais je voulais adopter une approche opposée, pour voir comment ces conspirations pouvaient être possibles. Pour ce faire, j’ai analysé la condition nécessaire et vitale pour qu’une conspiration soit viable : le secret."

Le Dr Grimes a développé une équation pour exprimer la probabilité qu’a une conspiration d’être soit délibérément découverte par un lanceur d’alerte ou révélée par inadvertance par une personne incompétente. Ce qui comprend le nombre de conspirateurs, la durée et même les effets dus aux décès des conspirateurs, que ce soit de vieillesse ou par un autre moyen plus malfaisant, pour ces conspirations qui n’exigent pas de conservation active.

Cependant, l’équation exigeait une estimation réaliste des chances que tout individu révèle une conspiration. Trois conspirations véritables ont été utilisées pour ce faire, y compris le projet Prism de la NSA révélé par Edward Snowden. Dans chaque cas, le nombre de conspirateurs et le temps avant que la conspiration soit révélée étaient surestimés pour s’assurer que les chances de la survenance d’une fuite constituent le "meilleur scénario" pour les conspirateurs – environ quatre chances sur un million d’une exposition délibérée ou accidentelle.

Le Dr Grimes a ensuite analysé les quatre complots supposés, en estimant le maximum de gens pouvant être dans la conspiration, afin de voir dans quelle mesure ces conspirations pouvaient être viables. Cela comprend : la théorie que la visite des hommes sur la Lune soit un canular (411 000 personnes), que le changement climatique soit une fraude (405 000 personnes), que le danger des vaccinations soit caché (22 000 personnes en supposant que l’OMS et les autorités sanitaires soient dans la conspiration, mais que les personnes qui produisent, distribuent et utilisent les vaccins soient trompés. 736 000 personnes si les laboratoires pharmaceutiques sont inclus dans la conspiration), que des traitements contre le cancer sont cachés par les grands laboratoires (714 000 personnes).

En utilisant son équation, le Dr Grimes a calculé que le canular du premier pas de l’homme sur la Lune aurait été révélé en l’espace de 3 ans et 8 mois, que le complot sur le changement climatique aurait vécu au maximum 3 ans et 9 mois, que celui des vaccins aurait tenu 3 ans et 2 mois, et que la "conspiration" à propos des traitements contre le cancer aurait été révélée au bout de 3 ans et 3 mois. Pour le dire simplement, toutes ces conspirations auraient été dévoilées au grand jour il y a déjà bien longtemps.

Il a ensuite analysé le nombre maximum de gens qui pouvaient prendre part aux intrigues afin de les maintenir en l’état (cachées). Pour qu’un complot dure cinq ans, le maximum de gens au courant est de 2521 personnes. Pour garder un schéma opératoire pendant plus de dix ans, il faut que moins de 1000 personnes soient impliquées. Une tromperie d’une durée d’un siècle ne devrait idéalement compter que 125 collaborateurs. Même la simple dissimulation d’un événement, qui n’exigerait pas de machinations complexes sinon que tout le monde se taise, est susceptible d’être révélée si plus de 650 personnes sont dans la confidence.

Le Dr Grimes déclare : "toutes les personnes qui croient aux conspirations ne sont pas dénuées de réflexion ni idiotes. J’espère qu’en montrant combien certaines prétendues conspirations sont hautement improbables, certains d’entre eux vont reconsidérer leur position et leurs croyances antisciences."

"Cette recherche ne convaincra évidemment pas tout le monde, car de nombreuses preuves ont montré que la croyance dans les conspirations est souvent plus idéologique que rationnelle, et que les théories de la conspiration sont comme une chambre d’écho. Ce qui fait que réfuter les récits les plus stupides est assez difficile. Si nous devons répondre aux innombrables difficultés que nous devons affronter en tant qu’espèce, depuis les changements climatiques jusqu’à la géopolitique, nous avons alors besoin d’accepter la réalité plutôt que les fictions motivées par l’idéologie. Pour ce faire, nous devons mieux comprendre comment et pourquoi certaines idées sont si établies et persistantes au sein de certains groupes en dépit des preuves contraires, et comment les contrecarrer."

Mise à jour du 02/02/2016 :

Il semble que cette étude souffre d’importants défauts méthodologiques, mis en évidence par Nicolas Gauvrit dans son article "Les complots ne peuvent pas tenir. Est-ce prouvé ?".

- Court traité de complotologie. Pierre-André Taguieff.
- La société parano : Théories du complot, menaces et incertitudes. Véronique Campion-Vincent.


Références et notes :

[1] David Robert Grimes. On the Viability of Conspiratorial Beliefs. PLOS ONE, 2016 ; 11 (1) : e0147905.

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