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L’insomnie peut être traitée par placebo

Le 7 mars 2017

Une étude publiée dans le journal Brain [1] montre qu’un traitement contre l’insomnie qui marche n’a pas forcément besoin d’un neurofeedback compliqué (l’entrainement direct des fonctions cérébrales). Au lieu de cela, il semble que les patients qui croient seulement qu’ils reçoivent un entrainement de neurofeedback en tirent les mêmes bénéfices.

L’insomnie touche entre 10 % et 35 % de la population dans le monde. Cependant, malgré cette fréquence de l’insomnie dans nos sociétés, seules quelques études ont traité ce problème de manière non pharmacologique. Des chercheurs ont recruté trente patients qui souffraient d’insomnie et qui ont subi un traitement par neurofeedback ou un traitement placébo (simulant le neurofeedback) pendant plusieurs semaines.

Dans leur étude, les chercheurs ont cherché à tester si les résultats passés sur les effets positifs du neurofeedback sur la qualité du sommeil et la mémoire pouvaient aussi être reproduits dans une étude en double-aveugle et contrôlée. Les patients ont passé neuf nuits et douze séances de neurofeedback et douze séances de placebo-feedback (simulé) dans un laboratoire de recherche.

Comme cette étude s’est concentrée sur les effets du neurofeedback sur l’électroencéphalogramme, le sommeil et la qualité de la vie chez des patients insomniaques, ces derniers ont subi cette procédure avant et après un véritable traitement tout comme un entrainement neurofeedback placébo. Entre la première et la seconde, tout comme entre la troisième et la quatrième de ces visites, les patients insomniaques ont complété douze séances de traitement de neurofeedback et douze séances de traitement placébo, dans des conditions de simulation avec un vrai électroencéphalogramme (qui était pourtant réglé sur des fréquences aléatoires). L’ordre des entrainements, c’est-à-dire le traitement réel ou placébo, était équilibré entre les sujets et les douze sessions ont été réalisées en 4 semaines. Le cycle de sommeil et d’éveil des participants a été évalué dans des laboratoires du sommeil, tout comme par des agendas du sommeil et l’actigraphie pendant toute la durée du protocole.

Les chercheurs ont trouvé que le neurofeedback et le feedback placebo étaient aussi efficaces l’un que l’autre tel que cela est apparu dans les mesures subjectives du sommeil, ce qui montre que les améliorations observées étaient dues à des facteurs non spécifiques comme la confiance et le fait de recevoir des soins, ainsi que l’empathie des expérimentateurs. En outre, ces améliorations ne se reflétaient pas dans les mesures objectives des encéphalogrammes de la qualité du sommeil.

Les chercheurs de conclure que dans le cadre du traitement de l’insomnie primaire, le neurofeedback n’a pas d’efficacité spécifique allant au-delà de celle de l’effet placebo. Ils n’ont pas trouvé d’avantage du neurofeedback sur le placebo-feedback.

Les résultats montrent que les patients ont bénéficié de chaque traitement sur les mesures subjectives du sommeil et de la qualité de la vie. Objectivement cependant, cette amélioration ne se vérifiait pas dans les mesures tirées des électroencéphalogrammes du sommeil et de l’activité oscillatoire du cerveau. "Étant donné nos résultats", explique Manuel Schabus l’auteur de l’étude, "il est légitime de se demander combien des effets du neurofeedback qui ont été publiés sont simplement dus à de simples attentes venant de la part des participants ou, en d’autres termes, à des effets placebo non spécifiques."

Les chercheurs ont trouvé que l’amélioration des symptômes n’était pas spécifique au neurofeedback, mais qu’ils semblent plutôt avoir été apportés par des facteurs imprécis comme l’affection et l’attention. Ensemble, il faut poser la question de savoir si le rythme sensorimoteur du neurofeedback peut être présenté comme une alternative viable pour établir une approche thérapeutique. Ces résultats pourraient aussi être source d’un échange concernant l’utilité réelle du neurofeedback à un niveau plus général, notamment dans les populations de patients dans lesquelles les plaintes sont souvent associées à des difficultés d’apprentissage où les effets positifs du neurofeedback, au-delà du niveau subjectif, sont difficiles à réaliser.


Références et notes :

[1] Better than sham ? - A double-blind placebo-controlled neurofeedback study in primary insomnia. Brain.

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