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L’iridologie comme outil de diagnostic

Le 17 avril 2016

Edzard Ernst

Ignaz von Peczely (1826-1911), un médecin Hongrois, a eu l’idée de l’iridologie (ou diagnostic de l’iris) il y a environ un siècle, après avoir vu des rayures dans l’iris d’un homme qu’il traitait pour une jambe cassée, et qu’il aurait constaté le même phénomène dans l’iris d’un hibou dont Peczely avait cassé la patte plusieurs années plus tôt. Il devint par la suite convaincu que sa méthode était capable de distinguer entre les organes en bonne santé de ceux qui sont hyperactifs, enflammés ou endommagés. L’iridologie est devenue internationalement connue quand les chiropracteurs commencèrent à adopter cette méthode dans leur pratique clinique. Certains systèmes d’assurance maladie en Europe remboursent l’iridologie, comme par exemple en Allemagne, où 80% des "Heilpraktiker" (praticiens non diplômés en médecine) pratiquent l’iridologie.

Les iridologues déclarent être capables de diagnostiquer l’état de santé d’un individu, de ses maladies ou de ses prédispositions à la maladie via des anomalies dans la pigmentation de son iris. La popularité de l’iridologie fait qu’il est nécessaire de se poser la question de sa validité.

L’objectif de la revue systématique [1] de 1999 était d’évaluer de façon critique tous les essais disponibles de l’iridologie en tant qu’outil de diagnostic. Quatre études étaient inclues, il s’agissait d’études où l’on demandait à des iridologues d’analyser l’iris d’individus, et de dire si chaque personne avait ou n’avait pas de maladie. La majorité de ces études suggère que l’iridologie n’est pas une méthode valide de diagnostic. La conclusion qui s’imposait était que "la validité de l’iridologie comme outil de diagnostic n’est pas confirmée par les évaluations scientifiques. Les patients et les thérapeutes ne devraient pas avoir recours à cette méthode."

Depuis la publication de cet article, plusieurs autres études ont vu le jour :

Une équipe Allemande a dirigé une étude [2] qui a étudié l’applicabilité de l’iridologie comme méthode d’analyse pour le cancer colorectal. Des images colorées numériques ont été obtenues des yeux de 29 patients qui avaient été histologiquement diagnostiqués avec un cancer colorectal, et de 29 autres sujets de contrôle d’un âge similaire en bonne santé. Les diapositives ont été présentées dans un ordre aléatoire pour que les iridologues ne puissent pas connaître le nombre de patients dans chaque catégorie.

Les iridologues ont détecté correctement 51,7% et 53,4% des images des patients, chiffre identique à la probabilité de tomber juste simplement par hasard. Les auteurs de conclure que l’iridologie n’avait aucune valeur comme outil diagnostic pour ce qui était de détecter le cancer colorectal.

Une autre étude [3] Sud Africaine a cherché à déterminer l’efficacité de l’iridologie dans l’identification de la perte de l’audition sensorineurale modérée ou profonde chez des adolescents. Une étude contrôlée a été réalisée par un iridologue, où l’état auditif réel des patients avait été masqué, qui analysait les iris des participants qui entendaient ou non. 50 sujets dont l’audition était altérée et 50 autres sujets qui entendaient parfaitement, âgés entre 15 et 19 ans, ont participé à cette étude.

Un iridologue expérimenté a analysé au hasard l’ensemble des iris des participants. Une identification correcte à 70% de l’état auditif avait été obtenue avec un taux de faux négatifs de 41% comparé aux 19% de faux positifs. Les auteurs de cette étude ont conclu que "l’analyse iridologique de l’état auditif indiquait une relation statistiquement significative avec le statut auditif réel. Bien que la procédure de l’iridologie se situe bien loin des procédures d’examens auditifs traditionnels.

Une autre étude Allemande [4] a étudié la valeur de l’iridologie comme outil de diagnostic pour ce qui est de détecter certains cancers. 110 sujets ont été inscrits ; 68 sujets avaient des cancers du sein, des ovaires, de l’utérus, de la prostate ou du colon réellement diagnostiqués, et 42 n’avaient aucun cancer. Tous les sujets ont été examinés par un praticien en iridologie expérimenté qui ne savait rien des détails médicaux des patients. Il a été autorisé à émettre jusqu’à cinq diagnostics pour chaque sujet, et ses résultats ont été comparés à chaque état médical des sujets pour déterminer la précision de l’iridologie pour ce qui est de détecter les tumeurs malignes. L’iridologie a identifié le diagnostic correct dans 3 cas seulement. Les auteurs de logiquement conclure que l’iridologie n’est d’aucune valeur dans le diagnostic des cancers.

À partir de ces résultats, il est impossible d’affirmer que l’iridologie est un outil diagnostic valide ni utile. Il n’y a pas non plus de base anatomique ni physiologique valable pour étayer ces hypothèses, l’iridologie n’est pas vraisemblable biologiquement. En outre, les éléments de preuve clinique ne confirment pas sa validité comme outil diagnostic. Eléments qui sont en totale contradiction avec ce qu’on peut lire sur certains sites internet, livres, articles, émissions, etc. qui ne tiennent aucun compte de la recherche rigoureuse sur le sujet, mais préfèrent s’en tenir à des éléments de foi.


Références et notes :

[1] Forsch Komplementarmed. 1999 Feb ;6(1):7-9.Iridology : A systematic review. Ernst E.

[2] Looking for colorectal cancer in the patients iris ? Herber S, Rehbein M, Tepas T, Pohl C, Esser P. Ophthalmologe. 2008 Jun ;105(6):570-4. doi : 10.1007/s00347-007-1596-8.

[3] Identifying hearing loss by means of iridology. Stearn N, Swanepoel de W. Afr J Tradit Complement Altern Med. 2006 Nov 13 ;4(2):205-10.

[4] Can iridology detect susceptibility to cancer ? A prospective case-controlled study. Münstedt K, El-Safadi S, Brück F, Zygmunt M, Hackethal A, Tinneberg HR. J Altern Complement Med. 2005 Jun ;11(3):515-9.

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