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La Suisse reconnaît les thérapies alternatives

Le 25 janvier 2011

Le gouvernement Suisse a cédé à la pression populaire et a décrété que le système d’assurance de santé publique devait payer pour cinq types de "médecines complémentaires", à partir d’aujourd’hui jusqu’en 2017, en attendant des études indépendantes visant à montrer si ces thérapies fonctionnent ou non. Les soutiens de la médecine basée sur les preuves (Evidence Based-Medicine) craignent que ce processus donne de la crédibilité à des traitements sans valeur.

La Suisse compte 17200 praticiens de thérapies alternatives, le plus grand nombre par tête d’habitant dans le monde. En 2009, 67% des électeurs ont voté, via le système de ce pays qui décide par référendum du sort de certains sujets, que le système d’assurance santé couvre cinq de ces thérapies. Il s’agit de l’homéopathie, des traitements aux plantes et traditionnels chinois, de la médecine anthroposophique (qui propose entre autres d’utiliser du gui pour traiter le cancer) et la thérapie neurale (qui repose sur l’injection d’anesthésique local près des centres nerveux).

En décembre cependant, l’équipe scientifique du Gouvernement Suisse avait prévenu que ce serait illégal car la loi exige que l’assurance ne rembourse que des traitements ayant démontré leur efficacité, ce que ces techniques n’ont jamais fait. Pourtant, le Gouvernement Suisse ne peut pas passer outre le référendum.

"La seule solution légale a été de rembourser temporairement ces cinq méthodes, mais en y associant une évaluation scientifique" déclare Ignazio Cassis, membre du parlement fédéral suisse et de l’Association Médicale Suisse. "Il ne s’agit pas de science ici, mais bien de politique Suisse."

Des effets aux bénéfices

L’évaluation reposera sur un compte-rendu des études existantes sur ces techniques. Il sera préparé par les praticiens Suisses, puis analysé par une institution indépendante, peut-être le National Institute of Clinical Excellence anglais.

Le président de l’Union des praticiens des thérapies alternative déclare que 2000 études ont été faites. Mais évidemment, elles peuvent ne pas avoir été rigoureusement contrôlées, comme dans le cadre des études en médecine. Ces études peuvent être de mauvaise qualité comme c’est souvent le cas. Echantillons trop petits, pas de double aveugle, pas de randomisation ou mauvaises interprétations de statistiques non significatives, les biais sont nombreux.

Comme le fait remarquer Edzard Ernst, professeur de médecine complémentaire à l’Université d’Exeter qui a conduit plusieurs études sur le sujet, et auteur de nombreux ouvrages critiques des thérapies alternatives, cet exercice suisse pourrait n’être qu’une vaste perte de temps. Car si les résultats sont vraiment objectifs, dit-il, ils sont déjà connus depuis bien longtemps, mais ne seront jamais acceptés par les partisans, praticiens et adeptes de ces thérapies.

Pire encore, la Suisse pourrait trouver des "faux positifs", et les accepter comme preuves sous la pression politique. Au Royaume-Uni par exemple, une telle pression a empêché l’action d’un rapport parlementaire qui n’avait trouvé aucune preuve d’efficacité à l’homéopathie, dont le recours a de ce fait été laissé au choix du patient.

En France également, le lobby homéopathique est puissant puisque les pilules de lactose sont encore partiellement remboursées par la Sécurité Sociale. Bien que toutes les études rigoureuses et de bonne qualité aient démontré l’absence d’effet au-delà du placébo. Les grands laboratoires homéopathiques préfèrent avoir recours à l’argument de l’appel à la popularité pour faire illusion, ou celui de la menace à l’emploi, plutôt qu’aux études scientifiques.

C’est tout le dilemme d’un référendum sur des sujets mal maitrisés par un public de votants, qui ignore tout de la méthode d’évaluation scientifique. Un avis personnel sur une thérapie ou un produit ne le valide pas objectivement pour autant, pas plus que le nombre d’utilisateurs, sinon l’astrologie et la voyance seraient aussi reconnues comme vraies. Et si le bien-être suffisait à remplir les critères pour se voir remboursé par la Sécurité Sociale, il faudrait aussi rembourser toutes les cotisations des clubs de sport, sachant qu’en outre le sport a, quant à lui, fait la preuve de son efficacité contre toutes sortes de maladies et contre l’obésité.

- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l’ostéopathie. Thomas Sandoz.


Références et notes :

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