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La faute volontaire compte pour la plupart des retraits d’articles scientifiques

Le 2 octobre 2012

Contrairement aux études précédentes qui avaient suggéré que c’étaient des erreurs qui comptaient pour la majorité des retraits d’articles scientifiques, une nouvelle analyse publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) [1], la plus large de sa catégorie, a découvert que c’est la faute délibérée qui est responsable des deux tiers des retraits.

Dans cette étude, la faute professionnelle incluait la fraude ou la suspicion de fraude, la publication dupliquée et le plagiat. Les résultats de l’étude montre qu’en pourcentage de tous les articles scientifiques publiés, les retraits pour fraude ou suspicion de fraude ont augmenté d’un facteur 10 depuis 1975.

"La recherche biomédicale est devenue un jeu où le vainqueur remporte tout, l’un de ces jeux avec des incitations qui poussent les chercheurs à franchir la ligne jaune et, dans certains exemples, à falsifier les données ou à commettre d’autres actes de faute intentionnelle" dit l’auteur de l’étude le Dr Arturo Casadevall.

L’analyse a examiné 2047 articles retirés de la littérature biomédicale jusque mai 2012. Pour déterminer les raisons des retraits, les chercheurs ont consulté plusieurs sources secondaires, comme le National Institutes of Health (NIH), l’Office of Research Integrity et Retractionwatch.com, qui étudient les fautes en matière de recherche scientifique.

Les chercheurs ont découvert qu’environ 21% des retraits étaient attribuables à des erreurs, tandis que 67% étaient dus à des fautes intentionnelles, comprenant des fraudes et suspicions de fraude (43%), des publications dupliquées (14%) et du plagiat (10%). Des raisons diverses ou inconnues comptaient pour les 12% restants.

"Ce qui est troublant c’est que plus la fraude est subtile et moins elle est susceptible d’être découverte, ainsi il est probable qu’il y ait encore plus d’articles frauduleux publiés qui n’ont pas encore été détectés ni retirés" explique le Dr Casadevall.

Les études passées qui sous-estimaient la portée de la faute scientifique ne reposaient que sur les avis de retrait des journaux, qui sont écrits par les auteurs des articles, selon Casadevall. "Parmi ces mises en garde, nombreuses sont celles qui sont fausses" dit-il. "Les auteurs écrivent habituellement : ’nous regrettons d’avoir à retirer notre article parce que les travaux ne sont pas reproductibles’ ce qui n’est pas exactement un mensonge. Les travaux n’étaient en effet pas reproductibles… parce qu’ils étaient frauduleux. Les chercheurs essayent de protéger leurs laboratoires et leurs réputations, et ces retraits sont écrits de façon à ce que vous ne sachiez souvent pas ce qui se passe vraiment".

L’étude du PNAS a aussi découvert que les journaux qui ont des facteurs d’impact élevés (une mesure de l’influence d’une publication dans les cercles scientifiques) ont surtout aussi des taux de retraits élevés. Le Dr Casadevall attribue le nombre croissant d’articles retirés à la culture qui prévaut en science, qui récompense de façon disproportionnée les scientifiques qui publient un grand nombre d’articles et les publient dans des journaux prestigieux.

"Si vous avez des articles acceptés dans certains journaux, vous êtes plus susceptible d’être reconnu, récompensé, estimé et d’obtenir les meilleures promotions" dit-il. "Les scientifiques sont des êtres humains, et certains d’entre eux succomberont à cette pression, tout spécialement quand il y a tant de compétition pour trouver un financement. Peut-être que notre découverte la plus révélatrice est ce qui s’est passé après 2005, qui est la période où le nombre de retraits a commencé à monter en flèche. C’est exactement la période où les financements du NIH ont commencé à diminuer fortement".

Dans un article récent dans le journal Infection & Immunity, le Dr. Casadevall proposait différentes solutions au problème de la fraude scientifique :

- Il faut davantage mettre l’accent sur la qualité des publications plutôt que sur leur quantité.
- Moins insister sur les mesures d’impact dans la notation des journaux.
- Il faut encourager une culture de la coopération et de la collaboration dans la communauté de recherche.
- Il faut développer des sources de financement de la recherche plus stables et durables.
- Créer une voie de carrière plus flexible pour empêcher la perte en cours de scientifiques compétents à cause de financements inappropriés.

Cette étude sur les retraits des études n’est cependant pas toute noire. "Il y a aussi des données très optimistes" note l’auteur : 43% de tous les retraits viennent seulement de 38 des milliers de laboratoires dans le monde. "Ainsi, alors que nous n’observons pas de maladie systémique, si l’on peut dire, dans la communauté scientifique, nos résultats indiquent qu’il y a un problème important qui a besoin d’être réglé".

- La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique. William Broad, Nicholas Wade.
- Petit traité de l’imposture scientifique. Aleksandra Kroh.


Références et notes :

[1] Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications. Proceedings of the National Academy of Sciences.

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