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La folie de la pleine Lune

Le 12 février 2009

La pleine Lune provoque-t-elle d’étranges comportements ?

Au fil des siècles, plus d’une personne a prononcé la phrase "Ce doit être la pleine Lune aujourd’hui" dans cette tentative d’expliquer les étranges événements de la nuit. En effet, la déesse romaine de la lune portait un nom qui nous reste familier de nos jours : Luna, le préfixe de "lunatique". Le philosophe grec Aristote et l’historien romain Pline l’Ancien suggéraient que le cerveau était l’organe le plus "humide" du corps, et de ce fait le plus susceptible de subir les influences pernicieuses de la Lune, qui était la cause des marrées. La croyance dans "l’effet de folie lunaire" ou "l’effet transylvanien", comme il est parfois nommé, a persisté en Europe à travers le Moyen-âge, quand les êtres humains étaient réputés pour de transformer en loup-garou ou en vampires pendant la pleine lune.

Même aujourd’hui, de nombreuses personnes pensent que les mystérieux pouvoirs de la pleine lune induisent des comportements erratiques, des admissions psychiatriques, des suicides, des homicides, des appels d’urgence, des accidents de voitures, des bagarres lors des épreuves sportives, des morsures d’animaux et toutes autres sortes d’événements étranges.

Une enquête a révélé que 45% des étudiants de l’enseignement supérieur croyaient que les êtres humains éclairés par la lune étaient enclins à des comportements inhabituels, et d’autres enquêtes suggèrent que les professionnels de la santé mentale pourraient en être encore plus convaincus que les gens de la rue. En 2007, plusieurs départements de la police du Royaume-Uni ont même augmenté les effectifs policiers pendant la pleine Lune, afin de faire face aux éventuelles recrudescences des délits pendant ces nuits considérées comme particulières.

L’eau à l’oeuvre ?

Suivant en cela Aristote et Pline l’Ancien, certains auteurs contemporains ont conjecturé que l’effet supposé de la pleine lune sur les comportements provenait de son influence sur l’eau. Le corps humain, après tout, est composé d’environ 80% d’eau, ainsi, peut-être, la Lune agit-elle en rompant/brisant, d’une certaine manière, l’alignement des molécules d’eau dans le système nerveux.

Mais il y a au moins trois raisons qui font que cette explication de l’eau en mouvement ne tient pas. La première, l’effet gravitationnel de la lune est beaucoup trop faible pour générer quelque effet significatif qui soit sur l’activité du cerveau, et donc le comportement. Comme l’astronome George Abell de L’université de Californie l’a noté, un moustique sur notre bras exerce sur nous une poussée gravitationnelle plus puissante que la lune. Pourtant, à notre connaissance, il n’y a jamais eu de compte-rendu d’un "effet de démence des moustiques". Deuxièmement, la force gravitationnelle de la lune n’affecte que les corps d’eau ouverts, tels que les océans ou les lacs, mais aucune source contenant d’eau, comme le cerveau humain. Troisièmement, l’effet gravitationnel de la lune est aussi puissant pendant les nouvelles lunes, quand la lune nous est invisible, que pendant les pleines lunes.

Mais il y a un problème plus sérieux encore pour les fervents défenseurs et croyants de l’effet de folie lunaire : il n’y a aucune preuve qu’il existe. Les psychologues James Rotton de l’université de Floride, Ivan Kelly de l’Université de Saskatchewan et l’astronome Roger Culver de l’Université du Colorado ont cherché partout pour trouver des effets comportementaux consistants de la pleine lune. Dans tous les cas, ils sont revenus les mains vides.

En combinant les résultats de multiples études, et en les traitant comme si elles n’étaient qu’une seule grande étude, une procédure statistique appelée "méta-analyse", ils ont trouvé que les pleines lunes sont entièrement dissociées d’un ensemble d’événements, comprenant les crimes, suicides, problèmes psychiatriques et appels d’urgence. Dans leur revue en 1985 de 37 études titrée "Much ado about the full moon", qui a été publiée dans un journal de psychologie de premier plan, le Psychological Bulletin, Rotton et Kelly ont, de manière humoristique, dit adieu à "l’effet de la lune" et ont conclu que davantage de recherches sur le sujet n’était pas nécessaire.


Références et notes :

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