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La placentophagie

Le 10 juin 2015

Il n’y a aucune preuve scientifique qui montre que cette tendance actuelle de manger son placenta protège contre la dépression, contre la douleur ni n’apporte quelque bénéfice qui soit.

Certaines célébrités se font l’écho d’une mode qui consiste à consommer son placenta après un accouchement, en s’extasiant des bénéfices supposés que cela leur apporterait en terme de "vitamines" ou vitalité.

Mais une étude de l’Université Northwestern, publiée dans le journal Archives of Women’s Mental Health [1], qui a analysé dix études publiées sur la "placentophagie", n’a trouvé aucune donnée humaine ni animale pour soutenir ces déclarations selon lesquelles le fait de manger le placenta – qu’il soit cru, cuit ou sous forme de pilules – protégerait contre la dépression postpartum (le baby blues), ni ne réduirait la douleur suite à un accouchement, pas plus que cela n’augmente l’énergie, n’aide à allaiter, ne favorise l’élasticité de la peau, n’augmente l’attachement maternel ni ne reconstitue les stocks de fer dans le corps.

Mais le plus préoccupant, c’est qu’il n’y a pas d’étude qui ait examiné les risques qu’encourent celles qui ingèrent ce placenta, dont le rôle est d’agir comme un filtre pour protéger le fœtus en développement contre les toxines et les polluants, expliquent les scientifiques. "Il y a beaucoup de comptes rendus et d’anecdotes venant de femmes qui ont perçu des bénéfices, mais il n’y a pas de recherche qui ait étudié les bénéfices ou les risques réels d’une ingestion de placenta," explique l’auteur, le Dr. Crystal Clark. "Les études sur des souris ne sont pas transposables en bénéfices pour les êtres humains."

La placentophagie fait courir un risque inconnu aux femmes qui mangent leur placenta, ainsi que pour leur bébé si elles l’allaitent. "Notre sentiment est que les femmes qui choisissent la placentophagie, et qui sont par ailleurs très prudentes concernant ce qu’elles mangent pendant leur grossesse et pendant qu’elles allaitent, sont capables d’ingérer quelque-chose sans avoir aucune preuve de ses bénéfices, et plus important encore, sans être conscientes des risques qu’elles courent et qu’elles font courir à leur enfant," dit Cynthia Coyle, auteure principale de l’étude.

"Il n’y a pas de réglementation pour savoir comment le placenta est stocké ni préparé, et le dosage est contradictoire," dit Coyle. "Les femmes doivent vraiment savoir ce qu’elles ingèrent." Il faut plus de recherches afin d’apporter des réponses, dit-elle. Elle espère également que cette étude va provoquer des échanges entre les femmes et leur médecin concernant ce qu’elles ont prévu de faire après leur accouchement, ainsi les médecins pourront informer leurs patientes de l’absence d’élément scientifique dans ce domaine.

Bien que presque tous les mammifères placentaires non humains ingèrent leur placenta après avoir mis bas, le premier compte-rendu de femme ayant pratiqué la placentophagie date des années 1970 en Amérique du Nord. Mais ces dernières années, les partisans de la pratique et les médias ont popularisé ses prétendus bénéfices pour la santé, et un nombre croissant de femmes la considère désormais comme un moyen de récupérer après l’accouchement.

Le placenta est un organe protecteur temporaire qui sert de canal entre la mère et le fœtus en développement. L’enfant est nourri à travers le placenta via l’approvisionnement sanguin de la mère, et les déchets partent du fœtus vers la mère pour être éliminés. Le placenta suit le nouveau-né quand il sort de la mère, et est retiré juste après sa naissance. Dans la nature, les mammifères consomment souvent leur placenta. Ils lèchent aussi le fluide amniotique quand il coule hors de la mère. Ce fluide amniotique consiste en un mélange de protéines, d’urée et de graisses, mais personne n’a encore vu des parents se faire un smoothie avec le liquide amniotique de la mère.

La consommation du placenta par les animaux mammifères n’a pas grand-chose à voir avec ses qualités nutritionnelles. Cette pratique est probablement réalisée parce que cela élimine la présence persistante de sang afin de se protéger des éventuels prédateurs, même si une étude a montré que la placentophagie fournissait une augmentation des opioïdes naturelles chez les rats.

"La popularité de la placentophagie s’est accélérée ces dernières années," dit Clark. "Notre sentiment c’est que les gens ne prennent pas cette décision sur le fondement d’éléments scientifiques, ni parce qu’ils en ont parlé à leur docteur. Certaines femmes le font après en avoir entendu parler dans les médias, dans des blogs ou sur internet.


Références et notes :

[1] Placentophagy : therapeutic miracle or myth ? Cynthia W. Coyle, Kathryn E. Hulse, Katherine L. Wisner, Kara E. Driscoll, Crystal T. Clark. Archives of Women’s Mental Health.

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