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La recherche à travers les lunettes de l’acupuncture.

Le 19 novembre 2008

La recherche Clinique tend à suivre un certain schéma : d’abord des petites études préliminaires sont faites afin de voir s’il y un potentiel pour un nouveau traitement ou une nouvelle approche. Puis des études plus larges et aux modèles plus rigoureux sont réalisées pour explorer les questions de la recherche précédente, et finalement de grandes études, en double-aveugle, contrôlées contre placébo, sont lancées et la question initiale sur l’efficacité de ce qui est étudié est établie (ou non).

Dans le jargon scientifique, il est souvent question de ce qu’on appelle "l’hypothèse nulle", l’hypothèse qu’une nouvelle affirmation n’est pas vraie, ou, dans le contexte de la médecine, qu’un traitement ne marche pas. La question pour une étude est construite comme suit : est-ce que les données confirment le rejet de l’hypothèse nulle ?

Il ne s’agit pas d’une distinction subtile ou de peu d’importance, elle place la charge de la preuve sur la démonstration de l’affirmation positive : celle qu’un traitement marche. A moins que les données nous forcent à rejeter l’hypothèse nulle, elle est retenue comme conclusion par défaut. Ainsi, dans les grandes études correctement contrôlées, si le traitement ne fonctionne pas cliniquement et statistiquement mieux que le placébo, nous ne rejetons pas l’hypothèse nulle. En pratique, la conclusion est que le traitement ne marche pas, et il est abandonné au profit de meilleurs traitements ou de nouvelles idées.

Sauf si vous vivez dans l’univers "alternatif" de la recherche en acupuncture (ou plus généralement celui des thérapies alternatives).

Dans ce monde confus, le haut est en bas et le noir est blanc. Quand un traitement ne marche pas mieux qu’un placébo, cela doit vouloir dire que le placébo n’est magiquement pas inerte.

Prenons cette étude sur l’acupuncture et la fécondation in-vitro [1], technique utilisée pour fertiliser les ovules de la femme avec du sperme dans un tube à essai, pour ensuite l’implanter dans l’utérus. La fécondation in-vitro est une procédure assez chère, ainsi, tout ce qui peut augmenter le taux de réussite est très utile.

L’acupuncture est la pratique qui consiste à insérer des aiguilles dans des endroits spécifiques du corps pour en tirer certains effets sur la santé (voir ici pour plus d’informations). L’explication traditionnelle est que les aiguilles manipulent le "chi", cette énergie vitale magique. Placer et manipuler les aiguilles libèrerait les flux de chi et l’équilibrerait. En fait, il s’agit ici plus de superstition que de science ou de médecine. Le chi n’a jamais été démontré scientifiquement, et la notion de force vitale, ou vitalisme, a été rejetée comme inutile il y a un siècle de cela.

L’acupuncture a été exportée à l’Ouest par des medias crédules, pour grossir les rangs des "thérapies alternatives". En Occident, ses partisans ont tenté du lui donner un langage scientifique pour défendre des effets physiologiques possibles de l’acupuncture, mais ces efforts ont échoué. Il ne reste aucun effet physiologique spécifique non prouvé, et la preuve de l’efficacité de l’acupuncture n’a toujours pas été démontrée pour quelque indication qui soit.

La notion selon laquelle l’acupuncture pourrait aider la fécondation in vitro (FIV) ne repose pas sur de la biologie ou physiologie plausibles. Même le mécanisme proposé le plus vraisemblable n’aurait aucun effet sur la FIV. Au mieux pourrait-on proposer que l’acupuncture (qui peut impliquer une certaine relaxation et un toucher agréable quand les points d’acupuncture sont palpés) puisse réduire l’anxiété, et réduire l’anxiété est utile pour la réussite des FIV. Mais même cette explication manque de preuves.

Une revue systématique de l’acupuncture sur les FIV [2] a conclu :

la littérature disponible n’apporte pas de preuves suffisantes que l’acupuncture améliore le taux de réussite des fécondations in vitro

Bref, cela ne marche pas.

Malgré l’absence de preuves, l’acupuncture reste populaire pour les FIV en Europe et surtout en Asie. C’est pour cette raison qu’il existe toujours un certain intérêt dans la recherche de ce traitement, et les essais cliniques se sont doucement améliorés. En acupuncture, cela veut dire commencer sans groupe de contrôle, puis inclure un groupe contrôle, et enfin progresser vers une fausse acupuncture comme groupe de contrôle.

La fausse acupuncture (simulée) sous-entend que des aiguilles sont insérées, mais pas dans les bons endroits. Ces études ont donné des résultats mitigés, comme on peut s’y attendre pour un traitement inefficace. Les essais négatifs pourraient être réfutés en disant que l’acupuncture simulée est efficace, après tout, les aiguilles ont été insérées. Les essais positifs pourraient être réfutés en disant que le traitement n’était pas correctement aveugle. Après tout, l’acupuncteur sait s’il pique bien où il faut ou non, et il pourrait le dire au sujet. Ainsi, alors que la preuve est toujours en faveur de l’hypothèse nulle (pas d’effet), et que les meilleures études ont montré que l’endroit où l’on pique n’avait pas d’importance (ce qui va à l’encontre de la philosophie de l’acupuncture), on s’agitait toujours des deux côtés.


Références et notes :

[1] A randomized double blind comparison of real and placebo acupuncture in IVF treatment. Hum. Reprod. (2009) 24 (2) : 341-348

[2] A systematic review and meta-analysis of acupuncture in in vitro fertilisation. BJOG. 2008 Sep ;115(10):1203-13. Epub 2008 Jul 23.

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