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La religion est une force puissante de coopération et de conflit

Le 19 mai 2012

Selon un article publié dans Science [1], l’histoire et les cultures montrent que la religion a accru la confiance au sein des groupes, mais pourrait aussi augmenter les conflits avec d’autres groupes.

"Les dieux qui font la morale, apparus ces derniers millénaires, ont permis une coopération à grande échelle et des conquêtes sociopolitiques, parfois même sans guerre" dit Scott Atran, anthropologue à l’Université du Michigan et auteur de l’article.

"Les valeurs sacrées ont entretenu des conflits intraitables, comme ceux entre les Israéliens et les Palestiniens, qui défient toute négociation rationnelle. Mais elles fournissent aussi des opportunités surprenantes pour les résoudre."

Comme éléments de preuve des déclarations selon lesquelles la religion augmente la confiance à l’intérieur d’un groupe, mais augmente aussi le conflit avec les autres groupes, Altran et Ginges citent un certain nombre d’études sur différentes populations.

Celles-ci comprennent des enquêtes et des expériences interculturelles sur des douzaines de sociétés, montrant que les personnes qui participent le plus aux rituels des religions collectives sont plus susceptibles de coopérer avec les autres, et que les groupes les plus intensivement impliqués dans des conflits ont les rituels les plus couteux et les plus exigeants physiquement pour galvaniser la solidarité du groupe dans une défense commune, et afin de rendre aveugles les membres du groupe à toute stratégie de sortie.

Les contrats sociaux laïcs sont plus enclins à défection, disent-ils. Leur recherche indique aussi que la participation aux rituels religieux collectifs augmente l’altruisme paroissial et, dans des contextes donnés, soutient les attaques suicides.

Ils ont aussi identifié ce qu’ils appellent "l’effet retour de flamme", qui condamne les nombreux efforts pour négocier la paix. Dans de nombreuses études qu’Atran et Ginges ont réalisé avec leurs collègues en Palestine, Israël, Iran, Inde, Indonésie et Afghanistan, ils ont trouvé que le fait de donner de l’argent ou d’autres incitations matérielles pour compromettre les valeurs sacrées augmentait la colère et l’opposition à un accord.

"Dans une étude de 2010, les Iraniens qui voyaient le droit de l’Iran de suivre un programme nucléaire comme étant une valeur sacrée, se sont plus violemment opposés contre le sacrifice de leur programme nucléaire contre un accord de résolution du conflit impliquant une aide économique substantielle, ou l’abandon des sanctions, que les mêmes accords sans aide ni sanctions" notent-ils. "Dans une étude de 2005 en Cisjordanie et à Gaza, les réfugiés Palestiniens qui revendiquaient leur "droit de retourner" dans leur foyer en Israël comme étant une valeur sacrée, s’opposaient plus violemment contre l’abandon de ce droit contre l’établissement d’un état Palestinien avec une aide économique substantielle, que le même accord de paix sans aucune aide."

Cette dynamique se situe derrière la réalité paradoxale dans laquelle se trouve le monde de nos jours : "le multiculturalisme moderne et l’exposition globale à des valeurs très diverses sont incroyablement remis en cause par des mouvements fondamentalistes qui veulent ranimer la fidélité envers leur groupe principal, à travers des engagements rituels de pureté idéologique."

Mais Atran et Ginges apportent aussi quelques éclaircissements qui pourraient aider à résoudre les conflits alimentés par la conviction religieuse. Le fait de considérer ces conflits comme sacrés bloque toute tactique de négociation. Mais le fait de faire des gestes hautement symboliques, tels que des excuses sincères et des démonstrations de respect envers les valeurs des autres, produit une flexibilité étonnante, même parmi les militants et les dirigeants politiques, et cela pourrait permettre des négociations matérielles concrètes, font-ils remarquer.

"À une époque où les causes religieuses et sacrées renaissent, il y a un besoin urgent d’y associer les efforts scientifiques pour mieux les comprendre" concluent-ils. "L’ethnographie, associée aux expériences cognitives et comportementales issues des différentes sociétés (incluant celles sans religion), peut aider à identifier et à isoler les impératifs moraux dans les décisions de guerre ou de paix."


Références et notes :

[1] Religious and Sacred Imperatives in Human Conflict. Scott Atran, Jeremy Ginges, Science, 2012 : 855-857.

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