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La religion n’est pas la seule voie vers l’altruisme

Le 2 novembre 2008

La religion, avec sa promotion de l’empathie, reçoit un crédit exagéré pour expliquer nos actes désintéressés. Au lieu de cela, c’est notre perception psychologique, moins vertueuse, qu’une autorité morale nous observe qui stimule l’altruisme.

Deux psychologues ont examiné des douzaines d’études ayant étudié les rapports entre la participation religieuse et le comportement prétendument pro social, expression qui comprend la charité, la coopération, le volontarisme, l’honnêteté, la confiance et différentes formes de sacrifice personnel. La parabole biblique du bon samaritain en est l’exemple classique.

Le résultat est surprenant : alors que la religion peut jouer un rôle en encourageant l’altruisme, elle est bien loin d’être la seule institution capable de le stimuler et pourrait ne pas fonctionner tel que nous le supposons, déclare le co-auteur de l’étude Azim Shariff, de l’Université de Colombie Britannique, Canada.

Si la religion stimule l’altruisme, c’est surtout parce que ses adhérents pensent qu’une "figure" d’autorité les observe et s’assure qu’ils font "correctement des choses bonnes", ou parce qu’ils veulent maintenir leur réputation de croyant vertueux respectant les enseignements religieux. Les études qui montrent une relation entre l’altruisme et la religion reposent souvent sur des comptes-rendus personnels : les sujets déclarent eux-mêmes qu’ils sont désintéressés, plutôt que par une observation directe de ce qu’ils font. Ce type de données est notoirement douteux.

"Nous avons trouvé peu de preuves, voire pas du tout, que l’empathie joue un rôle dans la sociabilité religieuse." dit l’auteur de l’étude Ara Norenzayan, psychologue social. Le modèle religieux pourrait s’engager dans une générosité désintéressée à partir d’un sentiment d’empathie ou de compassion, mais il n’existe aucune donnée pour soutenir ce point de vue, ajoute-t-il.

Les êtres humains ont évolué pour être sensibles à leurs réputations d’âmes charitables à l’intérieur de leurs groupes sociaux, parce que cela favorise la coopération entre les membres d’une même espèce. Ce mécanisme psychologique était à l’origine complètement dissocié de la religion, écrivent les auteurs dans le journal Science [1].

L’étude met à terre l’idée que la religion est indispensable pour pousser les gens à s’engager dans un comportement altruiste, ou pour faire quelque chose pouvant bénéficier aux autres. La religion n’a pas le monopole du bon comportement de nos jours, dit Norenzayan.

En fait, les tribunaux, la police, les caméras et autres autorités en rapport avec la justice peuvent servir les mêmes buts actuellement, en encourageant l’attitude pro sociale au sein de grands groupes d’inconnus.

"Le fait que beaucoup de personnes non religieuses agissent tout aussi bien en collaboration que des personnes religieuses, et que beaucoup d’états généralement laïcs sont stables et fonctionnent bien (parfois même mieux) que des états religieux en atteste." déclare Shariff.

Sans dire que tous les comportements pro sociaux inspirés par la religion sont bons, ils peuvent avoir un "côté obscure", disent les auteurs. La charité est manifestement une bonne chose pour tout le monde, mais donner de votre personne pour le groupe est indésirable quand cela touche aux extrêmes, comme dans le cas des bombes humaines qui, en ce suicidant, font le sacrifice ultime. De la même façon, les pilotes kamikazes japonais de la Seconde Guerre Mondiale faisaient un sacrifice pro social avec leurs vols fatals. Ils le faisaient pour le bien de leur nation, mais en massacraient d’autres sous leurs bombes, ce qui est très antisocial. L’altruisme peut aussi être réservé à une certaine catégorie de personnes, ceux qui "en valent la peine" et en exclure d’autres.

Les auteurs insistent sur le fait qu’ils n’ont rien contre la religion. Leur essai "n’est la que pour aider à comprendre" dit Shariff. Les charmes de la religion et sa capacité à s’approcher de la vérité est un sujet laissé aux philosophes et aux théologiens ajoute Norenzayan.

Richard P. Sloan, professeur de médecine comportementale à l’Université de Colombie, qui a réalisé une étude sur la spiritualité et la médecine, mais qui n’a rien à voir avec cette nouvelle étude, déclare qu’il est d’accord avec le fait que l’empathie, la compassion et l’altruisme peuvent être provoqués en société sans religion. Le Téléthon, le Secours Populaire, Médecins sans Frontières et tout autre organisme séculier en est la preuve.

"Je ne crois pas qu’il y ait une preuve soutenant la nécessité d’une religion pour le comportement pro social." dit Sloan. "Il y a des gens qui argumentent en disant que l’altruisme et le comportement pro social, fruits de l’évolution, ont précédé le développement de la religion pendant longtemps. Vous pouvez trouver des preuves d’attitudes altruistes chez les êtres humains dans l’histoire passée."

- Pour en finir avec Dieu. Richard Dawkins.
- Et l’homme créa les dieux. Pascal Boyer.


Références et notes :

[1] The Origin and Evolution of Religious Prosociality. Ara Norenzayan, Azim Shariff.

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