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La science à dose homéopathique de Boiron

Le 13 novembre 2012

Le laboratoire Boiron, le plus grand fabricant de produits homéopathiques à l’heure actuelle, refait parler de lui récemment pour redorer son blason mis à mal ces derniers temps suite aux procès intentés contre eux aux États-Unis à cause de son Oscillococcinum. La société a publié une "grande" étude en apparence impressionnante sur l’homéopathie [1].

Son objectif était, parait-il, "d’évaluer l’efficacité des médicaments homéopathiques dans la prévention et le traitement de la migraine chez les enfants". Pour ce faire, les chercheurs ont recruté 59 homéopathes provenant de 12 pays qui ont inclus dans l’étude un total de 168 enfants avec une migraine "déterminée ou probable". Les homéopathes avaient une totale liberté pour individualiser leurs traitements selon les caractéristiques distinctes de leurs patients.

Les éléments déterminants primordiaux de l’étude étaient la fréquence, la sévérité et la durée de l’attaque de migraine pendant un traitement homéopathique de 3 mois, comparés aux 3 mois qui ont précédé cette période. Le résultat de la mesure secondaire était la quantité de jours d’absence à l’école. Les résultats étaient bien tranchés et ont démontré que toutes ces variables s’étaient améliorées pendant la période de soins homéopathiques.

Cette étude semble remarquable, et sera sans doute reprise et citée par tous les homéopathes et les adeptes des pilules, mais elle n’est pas remarquable pour les raisons que Boiron aimeraient qu’elle le soit. La première chose à noter est que chaque homéopathe de cette étude a traité 3 patients tout au plus. Pourquoi n’a-t-il pas été possible de concevoir une étude internationale avec des douzaines d’homéopathes provenant de plusieurs pays, alors que finalement la taille totale de l’échantillon n’est pas plus élevée qu’une seule étude facilement concevable, plus concentrée géographiquement et bien organisée ?

Une multitude de pays, de cultures et d’homéopathes est seulement une des propriétés pour une étude si celle-ci se justifie par le recrutement d’un large échantillon de patients ; autrement, ce n’est qu’une source indésirable et supplémentaire de variables parasites et de biais. Le fait d’éparpiller ainsi des échantillons si faibles ne rend pas pour autant cette étude de meilleure qualité, bien au contraire.

Mais le problème principal est ailleurs. Son objectif déclaré était "d’évaluer l’efficacité des médicaments homéopathiques". Cet objectif ne peut pas être réalisé avec une étude de cette nature. Comme cela est rapporté, cette étude a simplement étudié ce qui s’est passé en trois mois pendant que des enfants recevaient trois mois de soins homéopathiques. Les résultats observés ne sont pas nécessairement dus aux médicaments homéopathiques ; ils pourraient être dus au temps qui passe, aux soins attentionnés et affectueux de leurs homéopathes, à l’attente des homéopathes et/ou de leurs parents, à une régression vers la moyenne, à l’histoire naturelle de la migraine (qui, dans certains cas, était seulement "probable"), à tout traitement concomitant administré pendant ces 3 mois, à un changement de leur style de vie, à l’effet placebo, à l’effet Hawthorne ou à tant d’autres facteurs oubliés.

Pour mettre les résultats des chercheurs de chez Boiron dans leur contexte réel, il faut peut-être se rappeler que même le promoteur le plus honnête de l’homéopathie sur la planète a conclu, à partir d’une évaluation des preuves, que l’homéopathie était inefficace comme traitement contre la migraine [2]. Par conséquent il semble surprenant de publier des résultats opposés sur la base de preuves si minces, en tentant simplement de les rendre plus impressionnantes en leur donnant une nature internationale.

Cette étude affiche les défauts exemplaires que toute étude sérieuse chercherait à éliminer. Le journal dans lequel elle a été publiée n’est pas considéré comme le nec plus ultra en matière de rigueur scientifique, elle a été initiée et publiée par Boiron, elle a produit des résultats manifestement fallacieux, et elle pourrait malheureusement écarter ceux qui souffrent de migraine de traitements plus efficaces.

Les auteurs de chez Boiron concluent le plus sérieusement du monde que "les résultats de cette étude démontrent l’intérêt des médicaments homéopathiques pour la prévention et le traitement des attaques de migraine chez les enfants". Ce qui est une déclaration pour le moins étrange étant donné qu’elle ne s’impose pas du tout à partir des données de l’étude.

Mais qu’est-ce qui peut être conclu de cet article qui soit applicable à tout le monde ? Rien en fait, en tout cas rien d’autre que le sentiment que la "recherche" en homéopathie est dans un très mauvais état.


Références et notes :

[1] Homeopathic Treatment of Migraine in Children : Results of a Prospective, Multicenter, Observational Study. Danno K, Colas A, Masson JL, Bordet MF. Laboratoires Boiron, Sainte-Foy-lès-Lyon, France . Journal of Alternative & Complementary Medicine, 2012.

[2] A critical overview of homeopathy. Jonas WB, Kaptchuk TJ, Linde K. Ann Intern Med. 2003 Mar 4 ;138(5):393-9.

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