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Le caractère fractal des contours des images est la clé des taches de Rorschach

Le 18 octobre 2017

Des chercheurs ont trouvé l’explication du "mystère" expliquant pourquoi les gens voient tant de choses différentes dans les taches de Rorschach.

D’après une étude publiée dans le journal PLOS ONE [1] par des chercheurs de l’université de l’Oregon, les associations d’images – une chauve-souris, une femme avec une queue de cheval, des individus, une citrouille d’Halloween et plus encore – sont induites par les caractéristiques fractales des contours des taches et dépendent des paramètres de mise à l’échelle des motifs.

Les fractales sont des objets avec des courbes ou des formes irrégulières qui sont des blocs de la nature identifiables. Les arbres, les nuages, les rivières, les galaxies, les poumons et les neurones sont fractals.

Cette nouvelle découverte ne vise pas à améliorer les évaluations psychologiques des taches de Rorschach qui restent hautement douteuses et très controversées. Mais elle a des implications dans les efforts des chercheurs pour concevoir des implants rétiniens fractals et pour améliorer l’utilisation des matériaux de camouflage.

"Ces illusions d’optique perçues dans les taches d’encre et parfois dans l’art sont importantes pour comprendre le système visuel humain," dit R Taylor, l’auteur de l’étude. "Vous apprenez des choses importantes à partir de ces duperies venant de vos yeux. Les modèles fractals dans les taches d’encre trompent le système visuel. Pourquoi voyez-vous une chauve-souris ou un papillon alors qu’il n’ont jamais été là ?"

Hermann Rorschach, psychiatre Suisse Freudien, a publié en 1921 dix taches d’encre sur différentes cartes, cinq en noir et blanc et cinq en couleur. Pour ce faire, il a versé différentes quantités et types d’encre sur les cartes, il les a pliées et a légèrement pressé dessus avant de les ouvrir pour afficher ces motifs symétriques de complexités variées.

Rorschach est mort en 1922 et n’a jamais connu l’utilisation répandue qui a été faite de ses taches d’encre pour tenter de déterminer la personnalité et la santé mentale des individus. Il a été enregistré jusqu’à 300 perceptions d’images différentes pour chacune des dix taches. Que de telles perceptions aient un rapport avec la santé mentale, ou qu’elles reflètent le niveau de créativité d’un individu ou simplement donnent des indications sur son passé est hautement douteux.

C’est la complexité des taches d’encre que les scientifiques ont disséqué.

Le groupe a analysé les contours des taches. Ce travail impliquait de les scanner puis d’extraire les contours entre les régions de l’absorption de l’encre et des portions immaculées des cartes en utilisant une analyse numérique de détection des bords. Cette analyse a quantifié la complexité visuelle des contours des taches au moyen d’un paramètre appelé la "dimension fractale D".

Le fait d’associer les résultats de ces analyses des modèles avec des études psychologiques originales dirigées sur les taches dans les années 1930 et 1950 a permis aux chercheurs de déboucher sur "une tendance très claire" entre les valeurs dimensionnelles des cartes et leur capacité à induire des images," expliquent les chercheurs.

"Quand vous augmentez la valeur D, qui créé plus de complexité visuelle, le nombre de perceptions visuelles différentes chute," dit-il. "Les gens voient beaucoup plus de motifs dans les plus simples." Les taches d’encre avec des valeurs D de 1.1 génèrent le plus d’images perçues.

L’équipe de recherche a ensuite mis son résultat à l’épreuve humaine, en générant des motifs d’images fractales par ordinateur en faisant varier les valeurs D. Quand elles étaient regardées pendant 10 secondes, la même tendance entre les valeurs D et l’imagerie est apparue.

Les motifs fractals se retrouvent aussi dans les œuvres de Jackson Pollock et ses peintures expressionnistes abstraites. Les œuvres de Pollock de 1943 à 1952 sont composées de fractales qui ont augmenté de 1.1 à 1.7. Ce changement était volontaire car le peintre réfléchissait à des moyens visant à réduire les figures d’imagerie perçues dans ses premières œuvres.

Cette étude fait partie des nombreuses déjà réalisées par les mêmes chercheurs pour mieux comprendre le lien entre la vision et la nature. "Nos études mettent en lumière un effet qu’on appelle la maîtrise fractale," dit Taylor. "L’œil a évolué pour traiter efficacement les motifs fractals qu’on trouve dans la nature. Cela réduit le stress de l’observateur jusqu’à 60 %. Si vous ne construisez pas de maîtrise fractale dans un œil bionique, non seulement vous perdez la capacité à naviguer, mais vous perdez aussi cette relation symbiotique avec les motifs fractals de la nature."


Références et notes :

[1] R. P. Taylor, T. P. Martin, R. D. Montgomery, J. H. Smith, A. P. Micolich, C. Boydston, B. C. Scannell, M. S. Fairbanks, B. Spehar. Seeing shapes in seemingly random spatial patterns : Fractal analysis of Rorschach inkblots.

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