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Le double effet placebo

Le 27 février 2011

Une étude d’imagerie du cerveau de l’Université d’Oxford, publiée dans Science Translational Medicine [1], a montré que des anticipations négatives à propos d’un traitement peuvent dépasser tous les effets d’un puissant médicament antidouleur. Et au contraire, des attentes positives concernant un traitement doublent l’effet physiologique naturel ou biochimique d’un médicament opioïde, chez les volontaires en bonne santé de l’étude.

Les résultats de cette étude sur l’effet placebo, et son effet contraire l’effet nocebo, suggèrent que les médecins devraient prendre davantage en considération les croyances de leurs patients à propos de l’efficacité de tout traitement, tout comme déterminer quel médicament pourrait être le meilleur pour leur patient.

"Les médecins ne devraient pas sous-estimer l’influence significative que les attentes négatives des patients peuvent avoir sur un résultat" dit le Professeur Irene Tracey du Centre d’Imagerie par Résonance Magnétique Fonctionnelle du Cerveau de l’Université d’Oxford, auteure de la recherche.

"Par exemple, les individus souffrant de douleurs chroniques auront souvent vu plusieurs médecins, et essayé plusieurs médicaments qui n’auront pas marché pour eux. Ils viennent voir le clinicien avec toute cette expérience négative, ne s’attendant pas à recevoir quelque-chose qui marchera sur eux. Les médecins doivent presque toujours faire face à cela avant qu’un médicament ait un effet sur leur douleur."

L’effet placébo décrit les améliorations constatées quand des patients reçoivent – inconsciemment – des pilules factices, ou de faux traitements, mais croient qu’ils vont leur faire du bien. Il s’agit d’un véritable effet physiologique, et non pas seulement d’un "ressenti" des patients qu’ils vont mieux. L’effet nocébo est l’opposé : les patients constatent de mauvais effets (ou pas d’effet du tout) comme résultats des doutes qu’ils portent vis-à-vis d’un traitement médical.

Des études précédentes ont étudié les bases de l’effet placebo, en utilisant des pilules de sucre ou des injections salines par exemple, qui ont confirmé qu’il pouvait provoquer une véritable réponse.

Mais cette recherche est allé un peu plus loin, en examinant comment le fait de manipuler les espérances des participants pouvait influencer leur réponse à un médicament actif (et non factice).

L’équipe de l’Université d’Oxford a étudié ces effets sur 22 volontaires adultes en bonne santé, en leur donnant un médicament opioïde et en manipulant leurs attentes de soulagement de la douleur qu’ils pourraient ressentir en différents points.

Les volontaires ont été placés dans un scanner IRM, et de la chaleur a été appliquée sur une jambe à un niveau provoquant de la douleur, d’une telle manière que chaque individu l’ait évaluée à 70 sur une échelle allant de 1 à 100. Une perfusion d’un médicament opioïde puissant leur a été administrée pour soulager cette douleur.

Après un essai de contrôle initial, inconnu des participants, l’équipe a commencé à donner le médicament pour voir quels effets pouvaient apparaître en l’absence de toute conscience ou attente sur le traitement. L’évaluation moyenne de la douleur initiale est descendue de 66 à 55.

On a alors dit aux volontaires que le médicament allait commencer à être administré, bien qu’aucun changement n’ait été fait en réalité, et qu’ils aient continué à recevoir l’opioïde à la même dose. Les estimations moyennes de la douleur ont alors chuté jusqu’à 39.

Enfin, on a fait croire aux volontaires que l’injection du médicament avait été stoppée, et ils ont été prévenus qu’il pourrait y avoir une possible augmentation de la douleur. De nouveau, le médicament était toujours administré de la même façon sans aucun changement. Leur intensité de douleur a augmenté à 64. C’est-à-dire que la douleur était aussi importante qu’en l’absence de tout soulagement de la douleur du début de l’expérience.

Les chercheurs ont eu recours à l’imagerie cérébrale pour confirmer les comptes-rendus des participants sur le soulagement de la douleur. Les IRM ont montré que le réseau cérébral de la douleur répondait, dans différentes mesures, aux attentes et anticipations des volontaires à chaque étape, et que cela correspondait à leurs comptes-rendus sur la douleur.

Cela montre que les volontaires vivaient réellement différents niveaux de douleurs quand leurs attentes et espérances étaient modifiées, bien que l’administration de l’antidouleur demeurait constante.

Le Professeur Tracey note que ces résultats ont été trouvés sur un petit groupe de volontaires en bonne santé, et que ceux-ci sont des manipulations à court-terme, non prolongées, des croyances des participants à propos d’un traitement.

Mais elle ajoute qu’il est important de ne pas sous-estimer la puissance de l’effet de telles anticipations et attentes sur tout traitement, et que les cliniciens devraient savoir comment gérer cela.

Tracey déclare également que les études cliniques pourraient en tirer des leçons. Celles-ci sont souvent accomplies en comparant un médicament candidat à la mise sur le marché contre une fausse pilule, pour voir si le traitement a un effet au-delà de l’effet placebo. "Nous devrions contrôler l’effet des attentes des gens sur les résultats des études cliniques. Tout du moins, nous devrions nous assurer que nous minimisons bien toutes les attentes négatives pour être certains que nous ne masquons pas la véritable efficacité d’un médicament à l’essai."

- L’effet placebo : Le pouvoir de guérir. Danielle Fecteau.
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.


Références et notes :

[1] U. Bingel, V. Wanigasekera, K. Wiech, R. Ni Mhuircheartaigh, M. C. Lee, M. Ploner, I. Tracey. The Effect of Treatment Expectation on Drug Efficacy : Imaging the Analgesic Benefit of the Opioid Remifentanil. Science Translational Medicine, 2011 ; 3 (70) : 70ra14.

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