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Le mythe des vitamines

Le 16 juillet 2014

L’histoire de Linus Pauling ou pourquoi nous croyons avoir besoin de suppléments

Les experts en nutrition soutiennent que tout ce dont nous avons besoin se trouve dans l’alimentation. Les représentants des laboratoires et les vendeurs de pilules, en se fondant sur une histoire fascinante, répondent que les aliments n’en contiennent pas assez et que nous avons besoin de suppléments. Heureusement, de nombreuses excellentes études ont tranché.

Le 10 octobre 2011, des chercheurs de l’Université du Minnesota ont découvert que les femmes qui prenaient des suppléments de plusieurs vitamines décédaient plus que celles qui n’en prenaient pas. Deux jours plus tard, des chercheurs de la Clinique de Cleveland ont trouvé que les hommes qui prenaient de la vitamine E avaient un risque plus élevé de cancer de la prostate. Dure semaine pour les vitamines !

Ces résultats n’étaient pas nouveaux. Des études passées avaient déjà montré que les vitamines augmentaient le risque de cancer, de maladie cardiovasculaire et raccourcissaient la vie. En 2012 encore, plus de la moitié des consommateurs prenaient des compléments alimentaires de vitamines sous différentes formes. Ce que peu de personnes réalisent cependant, c’est que leur fascination envers les vitamines peut être tracée depuis un seul homme. Un homme qui avait tellement raison qu’il a remporté le Prix Nobel, et tellement tort qu’il était probablement le plus grand charlatan.

En 1931, Linus Pauling publie un article dans le Journal of the American Chemical Society intitulé "The Nature of the Chemical Bond" (la nature des liaisons chimiques). Avant sa publication, les chimistes connaissaient deux types de liaison chimique : ionique, où un atome passe un électron à un autre ; et covalent, où les atomes se partagent des électrons. Pauling a montré que ce n’était pas si simple – le partage d’électron se situait quelque-part entre l’ionique et le covalent. L’idée de Pauling a révolutionné le domaine en mariant la physique quantique avec la chimie. Son concept était si révolutionnaire que quand le journal a reçu son manuscrit, il ne pouvait trouver personne de qualifié pour le relire. Quand on demandait à Albert Einstein ce qu’il pensait des travaux de Pauling, il haussait les épaules en répondant que c’était trop compliqué pour lui !

Pour son article, Pauling a reçu le Prix Langmuir en étant le plus jeune chimiste aux États-Unis, il est devenu le plus jeune élu de l’Académie Nationale des Sciences, professeur à Caltech, il remporta le Prix Nobel de Chimie. Il avait 30 ans.

En 1949, Pauling a publié un article dans le journal Science intitule "Sickle Cell Anemia, a Molecular Disease." À l’époque, les scientifiques savaient que l’hémoglobine (la protéine dans le sang qui transporte l’oxygène) cristallisait dans les veines des patients qui avaient une anémie falciforme, ce qui causait des douleurs articulaires, des caillots de sang et la mort. Mais ils ne savaient pas pourquoi. Pauling a été le premier à montrer que l’hémoglobine falciforme avait une charge électrique légèrement différente – une qualité qui affecte sérieusement la façon dont l’hémoglobine réagit avec l’oxygène. Sa découverte a donné naissance au domaine de la biologie moléculaire.

En 1951, Pauling publia un article dans les Proceedings of the National Academy of Sciences intitulé "La structure des protéines." Les scientifiques savaient que les protéines étaient composées d’acides aminés. Pauling a montré que les protéines avaient aussi une structure secondaire déterminée par la façon dont elles s’organisaient entre elles. Il nomma l’une des configurations "hélix alpha" – expression reprise plus tard par James Watson et Francis Cricks pour décrire la structure de l’ADN.

En 1961, Pauling collecta du sang sur des gorilles, des chimpanzés et des singes du Zoo de San Diego. Il voulait savoir si des mutations dans l’hémoglobine pouvaient être utilisées comme type d’horloge évolutionniste. Pauling a montré que les êtres humains s’étaient éloignés des gorilles il y a environ 11 millions d’années, beaucoup plus tôt que ce que pensaient les scientifiques. Un de ses collègues fit plus tard la remarque que d’un seul coup il avait réuni le domaine de la paléontologie, de la biologie évolutionniste et de la biologie moléculaire."

Les réussites de Pauling ne se limitaient pas à la science. Au début des années 1950 – et pour les quarante ans qui vont suivre – il fut un très célèbre artisan de la paix. Pauling s’est opposé à l’internement des Américains Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale, il a décliné la proposition de Robert Oppenheimer de travailler sur le Projet Manhattan, s’est élevé contre le Sénateur McCarthy en refusant de prêter serment, s’est opposé à la prolifération nucléaire, a forcé le gouvernement à admettre que les explosions nucléaires pouvaient détériorer les gènes humains, a convaincu d’autres Prix Nobel de s’opposer à la Guerre du Vietnam et a écrit le best-seller "No More War" ! Les efforts de Pauling ont conduit au Traité d’interdiction des essais nucléaires. En 1962 il a remporté le Prix Nobel de la Paix, il était le premier à remporter deux Prix Nobel différents.

En plus de son élection à l’Académie Nationale des Sciences, deux Prix Nobel, la National Medal of Science et la Médaille du Mérite (décernée par le Président des États-Unis), Pauling a reçu un titre honorifique de l’Université de Cambridge, de l’Université de Londres et de l’Université de Paris. En 1961, il est apparu comme Homme de l’année sur la couverture de Time Magazine, salué comme étant l’un des plus grands scientifiques.

Puis, toute la rigueur, le travail et la réflexion qui ont fait de Linus Pauling une légende ont disparu. Sa chute a été aussi grande que dans toute tragédie classique !


Références et notes :

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