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Le pouvoir de la suggestion

Le 9 juin 2012

Ce à quoi nous nous attendons influence nos comportements, pour le meilleur ou pour le pire.

Une patte de lapin porte-bonheur. Un verre de vin. Une pilule. Qu’est-ce que ces choses ont en commun ? Leurs effets : que nous réussissions à un examen, que nous faisions un mélange lors d’un cocktail ou que nous allions mieux, tout cela dépend du pouvoir de la suggestion.

Dans un article, les psychologues scientifiques Maryanne Garry et Robert Michael de l’Université Victoria de Wellington et leurs collègues ont étudié le phénomène de la suggestion, explorant les relations intrigantes entre la suggestion, la cognition et le comportement. Ils ont publié le résultat de leur étude dans le journal Current Directions in Psychological Science [1].

Dans de nombreuses études, la recherche a montré que la suggestion délibérée pouvait influencer la façon dont les individus se comportent dans des tâches d’apprentissage et de mémorisation, quels produits ils préfèrent et comment ils réagissent face aux suppléments et aux médicaments, ce qui compte pour le populaire effet placébo.

Mais qu’est-ce qui peut expliquer l’effet puissant et persuasif que la suggestion a sur nos vies ? La réponse réside dans nos "attentes de réponses", ou les façons par lesquelles nous anticipons nos réactions dans des situations diverses. Ces attentes nous préparent aux réactions automatiques qui influencent activement la manière dont nous arrivons au résultat que nous attendons. Une fois que nous anticipons la réalisation d’un résultat spécifique, nos pensées et comportements qui suivent nous aideront à mener ce résultat vers sa réalisation.

Ainsi, si une personne timide s’attend à ce qu’un verre ou deux de vin la rende saoule lors d’un apéro ou un cocktail, cette personne se sentira probablement moins inhibée, approchera plus de monde et s’impliquera dans plus de conversations pendant le cocktail. Même si le vin peut être en cause, il est clair que ses attentes vis-à-vis des effets qu’aura le vin sur sa personne joueront un rôle majeur.

Mais ce n’est pas seulement la suggestion délibérée qui influence nos pensées et nos comportements, les suggestions qui ne sont pas délibérées peuvent avoir exactement les mêmes effets. Comme les auteurs le font remarquer : "le fait de simplement observer les gens, ou autre chose qui les fait sentir qu’ils sont spéciaux, peut être suggestif", un phénomène connu sous le nom "d’effet Hawthorne". En conséquence, les gens pourraient travailler plus dur, ou s’atteler plus longtemps à une tâche. Et c’est ce qui est le plus ennuyeux, dit Garry, "parce que bien que nous puissions croire en des médicaments ou des traitements nouveaux, nous ne réalisons pas que nous sommes ceux qui exerçons en réalité l’influence."

C’est précisément pour cette raison que le problème de la suggestion involontaire a d’importantes implications pour les chercheurs. "Dans la communauté scientifique, nous avons besoin d’être conscients - et de contrôler - les suggestions que nous communiquons aux sujets des études" dit Garry. Les auteurs précisent que certains échecs dans la reproduction des résultats d’études passées pourraient s’expliquer par une telle suggestion involontaire. "Des recherches récentes suggèrent que certains des résultats les plus intrigants en psychologie ont pu être dirigés, du moins en partie, par la suggestion et les attentes" observe le chercheur. "Par exemple, un scientifique qui connait l’hypothèse de l’expérience qui est testée pourrait inconsciemment conduire les participants de l’étude à produire l’effet supposé, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’expérience elle-même."

Et ces effets involontaires de la suggestion ne se limitent pas au laboratoire, ils se retrouvent dans de nombreux domaines, y compris les domaines de la médecine, de l’éducation et de la justice. Par exemple, des preuves convergentes sur les procédures d’identification par des témoins oculaires démontrent que le taux de fausse identification est significativement plus élevé lorsque les dispositifs sont dirigés par des gens qui savent qui est le suspect que quand ils sont réalisés par des gens qui ne le savent pas.

Alors que la recherche a donné des preuves manifestes sur le phénomène de la suggestion, il reste beaucoup à apprendre à propos des relations sous-jacentes entre la suggestion, la cognition et le comportement.

Comme les auteurs le font remarquer, les chercheurs ne savent toujours pas où résident les limites de ces effets. "Et si un ’véritable’ traitement et une suggestion produisent les mêmes effets, qu’est-ce qui les différencies entre eux ?" dit Garry. Le fait de comprendre ces problèmes a d’importantes implications dans le vrai monde. "Si nous pouvons contrôler le pouvoir de la suggestion, nous pourrons améliorer les vies des êtres humains."


Références et notes :

[1] Suggestion, Cognition, and Behavior. Robert Michael, Maryanne Garry, Irving Kirsch. Current Directions in Psychological Science, 2012 vol. 21 no. 3 151-156.

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