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Les chiens ne lisent pas dans les pensées

Le 21 août 2009

Malgré des milliers d’années de domestication, les chiens sont incapables de savoir ce que les êtres humains pensent. C’est la conclusion d’une étude, qui montre que les chiens continuent à faire confiance dans des gens qui ne sont pas dignes de confiance, et de ce fait manquent de ce qu’on appelle une "théorie de l’esprit".

Les êtres humains ne naissent pas avec une théorie de l’esprit. Demandez par exemple à un très jeune enfant si sa mère sait où il a caché un jouet, il dira probablement "oui", même si sa mère n’en a aucune idée. C’est parce que l’enfant suppose que sa mère sait tout ce qu’il sait, il n’a pas de véritable intuition de ce qu’elle pense. Quand l’enfant grandit, il commencera à comprendre ce que sa mère sait et ce qu’elle ne sait pas, et il notera ainsi que "non, Maman ne sait pas où j’ai caché le jouet".

Montrer qu’il existe une théorie de l’esprit chez les non-humains est encore plus difficile. Une étude de 1978 déclarait avoir identifié une théorie de l’esprit rudimentaire chez les chimpanzés, en montrant qu’ils pouvaient anticiper les intentions d’un autre animal. Mais d’autres travaux postérieurs étaient moins concluants. Plus récemment, Alexandra Horowitz du Barnard College de New York a trouvé que les chiens s’assuraient d’avoir l’attention des autres chiens avant de jouer avec eux. Ils mordent aussi les chiens distraits pour regagner leur attention, suggérant que les chiens pourraient avoir une théorie de l’esprit quand il s’agissait d’autres chiens.

Pour tester la théorie de l’esprit des chiens quand il s’agit des êtres humains, le psychologue William Roberts et ses collègues de l’Université de Western Ontario au Canada ont placé 24 chiens, allant du teckel au vizsla, avec des personnes soit serviables, soit trompeuses. L’équipe a mis chaque chien assis prés d’un arbre dans un parc et a placé 2 seaux à distance, les deux sentant bon la nourriture mais un seul contenait une saucisse de Francfort. Parfois un humain utile appelait le chien pour lui montrer le seau avec la nourriture. D’autres fois un humain trompeur dirigeait le chien vers le seau vide. Si le chien sentait le subterfuge, le tricheur prétendait manger la saucisse afin de s’assurer que le chien comprenne qu’il a loupé une chance de repas.

Sur 225 essais, la fidélité les chiens dans les humains dignes de confiance ne faiblissait pas. Ils leur obéissaient dans 78% à 96% des cas. Mais les chiens perdaient graduellement foi dans les hommes non fiables, leur obéissant dans 53% à 60% du temps à la fin des essais.

L’équipe de Robert suggère que les chiens ont cessé de faire confiance aux hommes, non pas parce qu’ils pouvaient intuitivement deviner ce que les humains pensaient, mais plus simplement parce qu’ils avaient appris à associer certains individus avec une absence de récompense. En d’autres termes, les chiens pourraient avoir appris qu’une personne particulière est un signe de seau vide, sans décider que cette personne particulière n’est pas digne de confiance, rapporte l’équipe dans Behavioural Processes [1].

Pour mettre à l’épreuve cette idée, les chercheurs ont retiré l’élément humain. Ils ont remplacé les gens par des boites en carton : parfois une boite noire était placée derrière un sceau de nourriture et parfois une boite blanche était placée derrière un sceau vide. Sur 160 essais, les chiens ont appris à faire confiance dans les "boites coopérative", allant directement vers celles-ci dans plus de 60% des cas. Ils ont aussi appris à ne pas faire confiance dans les boites "trompeuses", leur "obéissant" que 40% du temps.

Bien que les pourcentages pour les essais avec boites soient plus faibles que ce que les chercheurs ont obtenu dans les essais avec des individus, les différences entre eux, environ 20%, sont presque les mêmes dans les deux essais. Si les chiens avaient une théorie de l’esprit, explique Roberts, ils auraient dû comprendre que les gens tricheurs continueraient à les tromper plus rapidement qu’ils ont appris à reconnaitre les boites "trompeuses".

L’éthologue Adam Miklosi, de l’Université Eötvös de Budapest, est d’accord que les chiens faisaient probablement confiance dans des associations, et n’avaient pas d’intuition sur ce que pensaient les humains. Mais Miklosi, qui étudie le comportement canin depuis 1998, dit qu’il pourrait y avoir d’autres moyens de découvrir comment pensent les chiens. La présence des hommes dans cette étude, que les animaux domestiques voient comme un être dominant, pourrait, par exemple, avoir interféré avec la motivation naturelle des chiens de chercher de la nourriture. "Le problème avec l’approche des chercheurs, est qu’ils n’ont pas pris en compte … le monde social des espèces" dit Miklósi.

- Dans la peau d’un chien. Alexandra Horowitz.
- Idées reçues en éthologie canine, Olivier Ezvan.


Références et notes :

[1] Can dogs (Canis familiaris) detect human deception ? Behavioural Processes, Vol 82, Iss 2, Oct 2009, pp 109-118.

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