Accueil du site > Psychologie > Les croyances sur le climat dépendent du temps qu’il fait

Les croyances sur le climat dépendent du temps qu’il fait

Le 7 avril 2011

Une étude montre la malléabilité quotidienne d’une question sur le long terme.

Les scientifiques sociaux se débattent avec une question de science environnementale perplexe : en même temps que les preuves scientifiques montrent que le réchauffement climatique anthropique augmente, pourquoi certaines enquêtes d’opinion suggèrent-elles que la croyance publique à ce sujet hésite ou fluctue ? Une partie de la réponse à cette question pourrait venir de ce que certaines personnes sont trop facilement influencées par des éléments trop simples, et pour la plupart irrationnels, mais qui sont à leur portée : leur propre estimation de la température du jour.

Dans trois études séparées publiées dans le journal Psychological Science [1], des chercheurs de l’Université de Columbia ont enquêté auprès de 1200 personnes aux États-Unis et en Australie, et ont découvert que celles qui pensaient que le jour présent était plus chaud que d’habitude étaient plus susceptibles de croire et se sentir concernées par le réchauffement global que celles qui pensaient que le jour de l’enquête était inhabituellement froid.

"Le réchauffement climatique est si complexe, il semble que certaines personnes soient prêtes à être persuadées par le simple fait que le jour soit plus chaud ou plus froid que d’habitude, plutôt que de penser que le monde entier se réchauffe ou se refroidit" dit l’auteur Ye Li. "Il est frappant que la société ait dépensé tant d’argent, de temps et d’efforts pour éduquer les gens à ce sujet, et que pourtant les gens soit si facilement influençables". L’étude montre que "ces résultats rejoignent un corps de preuves croissant montrant qu’une information pourtant sans rapport avec le sujet peut affecter les jugements. Par analogie, c’est comme si quand on pose une question à propos de l’état de l’économie nationale, on regardait la quantité d’argent dans son portefeuille pour répondre, alors que cela n’a que peu de rapport."

D’autres études ont déjà apporté des preuves solides que les opinions sur le climat, et d’autres problèmes, pouvaient dépendre de facteurs sans relations avec les observations scientifiques. La plupart des sondages ont montré de façon répétée que les votants, qui s’identifiaient eux-mêmes comme des libéraux ou des démocrates, étaient plus susceptibles de croire dans les changements climatiques provoqués par les êtres humains, que ceux qui s’identifiaient comme conservateurs. Les femmes y croyaient plus que les hommes, et les jeunes plus que les plus âgés. D’autres études de quatre universités [2] ont regardé les effets de la température actuelle - soit celle à l’extérieur ou dans une pièce et manipulée par les chercheurs – qui ont montré que les lectures en direct du thermomètre pouvaient affecter les croyances des individus.

Dans l’article, les sondés étaient relativement bons pour ce qui était de savoir s’il faisait inhabituellement chaud ou froid, les perceptions corrélaient bien avec la réalité les trois quarts du temps, et la perception exerçait un contrôle puissant sur leur attitude. Comme attendu, les opinions politiques, le sexe et l’âge avaient tous les influences prédites : par exemple, sur l’échelle de croyance dans le réchauffement climatique des chercheurs allant de 1 à 4, les démocrates étaient à 1,5 point au-dessus des républicains.

Mais dans l’ensemble cependant, après avoir contrôlé d’autres facteurs, les chercheurs ont trouvé que les températures perçues avaient toujours les deux tiers du pouvoir de décision sur les opinions politiques, et six fois plus de puissance que le sexe, pour pousser quelqu’un d’un côté ou de l’autre de l’échelle. L’étude de l’Université Temple a même montré que ceux qui avaient les opinions politiques les moins tranchées, et le moins d’instruction, étaient les plus facilement influençables.

Dans l’une des études décrites dans l’article, les chercheurs ont essayé de tester le sérieux des réponses, en regardant de combien, ceux qui ont été payés 8$ pour l’enquête, étaient enclins à faire un don à une œuvre de charité luttant contre le réchauffement climatique. La corrélation était forte : ceux qui déclaraient qu’il faisait plus chaud donnaient en moyenne environ 2$ ; ceux qui sentaient qu’il faisait plus froid donnaient en moyenne 48 centimes.

Les chercheurs déclarent que l’étude explique non seulement comment les croyances des individus peuvent littéralement changer au gré du vent. Mais Li ajoute qu’il est possible que la météo puisse avoir une influence sur une large frange des enquêtes d’opinion sur le climat.

Dans le futur, il faudrait que ces enquêtes soient réalisées différemment, dit-il. Si ces sondages sont faits en hiver, les opinions des sondés pourraient faire ressortir leurs doutes quant à la crédibilité des climatologues et de leur science. Pour un peu que les élections soient à la même époque, cela pourrait même influencer les votes dans le sens des candidats sceptiques vis-à-vis du réchauffement climatique, et des mesures pour lutter contre.


Références et notes :

[1] Local Warming : Daily Temperature Change Influences Belief in Global Warming. Psychological Science.

[2] L’Université de New York, l’Université Temple, l’Université de Chicago et l’Université de Californie, Berkeley.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2018 - Charlatans.info |