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Les dangers de la médecine traditionnelle chinoise

Le 13 avril 2012

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) est devenue, au fil des décennies, de plus en plus populaire aux yeux d’occidentaux qui voient une sorte de caution dans son attribut "millénaire". Mais deux études génétiques moléculaires, publiées dans le journal PLoS Genetics [1], ont montré que les traitements à la mode peuvent être aussi nocifs. L’article s’est focalisé sur le fait que tous les ingrédients ne sont pas répertoriés, ni même légaux, et que certains peuvent être sources de cancers.

Ces deux études montrent très clairement combien les produits de la médecine traditionnelle chinoise sont dangereux, ce qui nécessiterait plus d’information vis-à-vis du public.

Des millions d’euros sont dépensés chaque année dans les produits de la médecine traditionnelle chinoise, dont une bonne proportion sur Internet, et certains scientifiques analysent ces préparations en espérant découvrir de nouvelles substances pharmacologiques qui pourraient être utiles.

Nombreux sont ceux qui voudraient égaler le succès de Tu Youyou, le scientifique Chinois qui a isolé l’artemisinine, devenu le médicament le plus important contre la malaria, et qui est issu de la médecine chinoise. Mais les critiques lancent depuis longtemps des alertes sur le fait que certaines mixtures peuvent aussi contenir des toxines "naturelles", des contaminants comme des métaux lourds, des substances ajoutées comme des stéroïdes qui peuvent les rendre plus efficaces, et des traces d’animaux protégés et dont le commerce est interdit.

Des chercheurs de l’Université Murdoch en Australie ont étudié le problème en utilisant une technologie moderne de séquençage. L’équipe scientifique, basée à l’Université Australienne de Perth, a analysé 15 échantillons de remèdes de médecine traditionnelle chinoise saisis par les douaniers Australiens.

"Nous avons analysé ces préparations traditionnelles, nous les avons décomposées en morceaux et extrait l’ADN de la poudre" explique le généticien moléculaire Michael Bunce. Les scientifiques ont ensuite extrait des copies des deux gènes spécifiques, le trnL, un gène chloroplaste commun à toutes les plantes, et le 16srRNA, que l’on trouve chez les plantes et les animaux, et les ont multipliés et séquencés. En comparant les séquences de ces derniers avec des données génétiques, ils ont été en mesure de connaitre avec précision les animaux et les plantes utilisés dans la fabrication des remèdes. "Parfois, nous avons réellement du mal à assigner un ADN particulier à des espèces particulières" dit Bunce. Mais comme les bases de données génétiques deviennent de plus en plus importantes, ce sera de plus en plus facile.

Certains produits contiennent des matériaux provenant d’animaux classés comme vulnérables ou en danger critique, comme les ours noirs d’Asie ou l’antilope Saïga, mais qui sont indiqués sur la notice. Mais souvent, le médicament cachait des ingrédients non mentionnés sur l’étiquette [2]. Par exemple, un produit étiqueté 100% antilope Saiga contenait des quantités considérables d’ADN de chèvre et de mouton.

"En utilisant l’ADN pour identifier les espèces animales, et ainsi prouver le commerce illégal, est très élégant" reconnait Dietmar Lieckfeldt, qui travaille au centre médico-légal moléculaire de l’Institut Leibniz à Berlin. Identifier des animaux par leur ADN est possible depuis longtemps, mais la technologie de séquençage nouvelle génération rend très rapidement possible cette détection dans un mélange des différentes espèces.

Dans les préparations aux plantes, Bunce et ses collègues ont trouvé 68 familles différentes de plantes, comme des plantes du genre Ephédra et Asarum. Toutes deux contiennent des éléments chimiques toxiques comme de l’acide aristolochique, un composé banni dans de nombreux pays parce qu’il cause des maladies rénales et des cancers de l’appareil urinaire supérieur. Alors que le fait de détecter de l’ADN de certaines espèces ne signifie pas qu’une toxine produite par cette plante soit présente, l’analyse chimique d’un des quatre échantillons contenant de l’ADN d’Asarum a trouvé de l’acide aristolochique.

La menace posée par l’acide aristolochique est aussi accentuée par un article publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences [3]. Les chercheurs se sont concentrés sur Taiwan, pays qui a le taux le plus élevé de cancers du système urinaire dans le monde. Une analyse précédente avait montré qu’environ un tiers de la population Taïwanaise consommait des plantes susceptibles de contenir de l’acide aristolochique.

Les scientifiques ont séquencé les tumeurs de 151 patients atteints de cancer du système urinaire. Parmi ceux avec des mutations caractéristiques du gène majeur suppresseur de tumeur TP53, qui rend les gens plus vulnérables au cancer, 84% ont aussi affiché une signature moléculaire connue due à une exposition à l’acide aristolochique. L’étude donne des preuves convaincantes que cet acide est la cause principale de cancer du rein à Taiwan.

Les chercheurs ont aussi trouvé de l’ADN de familles de plantes connues comme contenant des espèces médicalement importantes qui pourraient poser problème quand elles sont utilisées en association avec d’autres médicaments, tout comme de l’ADN de graines de soja et de plantes de la famille des arachides qui peuvent contenir des allergènes. "Ceci montre seulement que les ingrédients dans ces préparations ne sont pas déclarés avec précision" dit Bunce. En effet, les études montrent que partager des remèdes aux plantes de la médecine traditionnelle chinoise est un pari hasardeux car nous n’en savons pas assez à leur sujet.


Références et notes :

[1] Megan Coghlan, James Haile, Jayne Houston, Dáithí Murray, Nicole White, Paula Moolhuijzen, Matthew Bellgard, Michael Bunce. Deep Sequencing of Plant and Animal DNA Contained within Traditional Chinese Medicines Reveals Legality Issues and Health Safety Concerns. PLoS Genetics, 2012 ; 8 (4) : e1002657.

[2] Megan Coghlan, James Haile, Jayne Houston, Dáithí Murray, Nicole White, Paula Moolhuijzen, Matthew Bellgard, Michael Bunce. Deep Sequencing of Plant and Animal DNA Contained within Traditional Chinese Medicines Reveals Legality Issues and Health Safety Concerns. PLoS Genetics, 2012 ; 8 (4) : e1002657.

[3] Aristolochic acid-associated urothelial cancer in Taiwan. PNAS, Avril 9, 2012.

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