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Les défauts des sondages publics sur la science

Le 14 janvier 2011

Une étude de l’Université de l’État de Caroline du Nord met en lumière un défaut majeur dans les enquêtes/sondages visant à évaluer l’opinion du public sur des questions scientifiques [1]. Les chercheurs ont trouvé que les gens qui déclarent que les risques de certains domaines de la science dépassent les bénéfices perçoivent en réalité souvent plus de bénéfices que de risques quand on leur pose des questions plus détaillées.

"Nous avons cherché à déterminer si nous pouvions évaluer avec précision l’opinion du public sur des questions complexes de science avec une seule question seulement, ou si nous avions besoin de décomposer le problème en plusieurs questions sur chacune des parties qui constituent le sujet" dit le Dr. Andrew Binder, auteur de l’étude. "Nous avons trouvé que, à différents degrés, la précision dépendait réellement de la décomposition en de multiples questions à poser aux gens."

Pour évaluer la nature problématique des enquêtes/sondages en une seule question, les chercheurs ont développé deux enquêtes, l’une qui se focalisait sur les nanotechnologies et l’autre sur les biocarburants. Dans chaque enquête on a posé aux sondés une question générale : est-ce que les risques associés aux nanotechnologies/biocarburants dépassaient les bénéfices ; est-ce que les bénéfices dépassaient les risques, ou est-ce que les risques étaient équivalents aux bénéfices ? Les chercheurs ont alors posé aux participants une série de questions à propos des risques et des bénéfices spécifiques associés aux nanotechnologies ou aux biocarburants.

Ils ont ensuite comparé les réponses d’un participant à la question générale avec ses réponses aux questions spécifiques, afin de voir si la question générale exprimait précisément l’opinion du sondé individuel.

Ils ont alors découvert qu’il y avait un problème.

"Il y avait une rupture importante chez les gens qui répondaient à la question générale, et qui disaient que les risques scientifiques dépassaient les bénéfices quand ces réponses étaient comparées à celles des questions spécifiques et précises à propos des risques et bénéfices" dit Binder. A savoir ces mêmes individus percevaient réellement plus de bénéfices que de risques quand ils avaient l’opportunité d’évaluer ces attributs séparément."

Par exemple, dans l’enquête sur les nanotechnologies, 50% de ceux qui ont répondu et qui avaient dit que les risques surpassaient les bénéfices ont évalué les nanotechnologies positivement dans l’autre forme de l’enquête (avec décomposition du sujet et questions précises). En fait, seulement 35,4% des sondés qui pensaient que les risques dépassaient les bénéfices ont réellement calculé plus de risques que de bénéfices dans la section spécifique de l’enquête. Les chercheurs ont trouvé des résultats identiques, bien que moins prononcés, dans l’enquête sur les biocarburants.

L’étude a également montré que les gens qui disaient que les bénéfices dépassaient les risques en réponse à la question globale, percevaient constamment plus de bénéfices que de risques dans la section de l’enquête avec les questions précises.

Les scientifiques sociaux et les journalistes devront donc bien prendre garde quand ils comptent sur des données provenant d’une seule question globale sur un sujet scientifique donné" dit Binder. "Ces questions trop simplifiées peuvent résulter en des données de sondages trompeuses, et créer des problèmes pour les politques qui vont faire reposer leurs décisions sur ces résultats d’enquête (comme c’est le cas en France avec les OGM). Elles peuvent aussi être problématiques parce qu’elles pourraient contribuer à ce que différents sondages présentent différents résultats, ce qui affaiblit davantage la confiance du public dans les sondages en général.

- Pourquoi avons-nous peur de la technologie ? Daniel Boy.
- L’inquiétant principe de précaution. Gérald Bronner, Étienne Géhin.


Références et notes :

[1] Measuring risk/benefit perceptions of emerging technologies and their potential impact on communication of public opinion toward science. Andrew R. Binder, Michael A. Cacciatore, Dietram A. Scheufele, Bret R. Shaw, Elizabeth A. Corley, Public Understanding of Science.

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