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Les différences cérébrales entre les sexes sont exagérées

Le 28 octobre 2010

Les gens aiment spéculer à propos des différences entre les sexes, et les neurosciences ont fourni une nouvelle arme technologique à ce passe-temps. Les études d’imageries cérébrales sont publiées à tour de bras, et certaines rendent compte de différences entre les sexes dans la structure du cerveau, ou dans les types d’activités neurales.

Mais la scientifique psychologue Cordelia Fine avertit, dans le journal Current Directions in Psychological Science [1], qu’il faut rester très prudent face à ce déferlement de comptes-rendus sur ces différences cérébrales hommes/femmes. Les résultats provenant de ces études pourraient ne pas résister à des essais sur des échantillons plus larges, ou avec des techniques d’analyses améliorées, et il est trop tôt pour savoir avec certitude ce que de tels résultats, même s’ils sont fiables, pourraient signifier en termes de différences dans les esprits des hommes et des femmes.

Les rayons des librairies sont pleins de livres populaires sur les différences entre les cerveaux masculins et féminins. Mme Fine, qui travaille à l’Université Macquarie en Australie, s’est d’abord intéressée au sujet en tant que parent. Elle a lu des livres expliquant comment les différences entre les cerveaux des garçons et des filles faisaient qu’ils devaient être éduqués différemment. Mais en tant que scientifique, elle a poussé l’investigation vers les recherches sur lesquelles reposaient ces affirmations, et a cherché les études originales.

"Il y avait de grands écarts entre ce que les études de neuro-imagerie montraient et les conclusions et déclarations qui ont été tirées à partir de ces études" dit-elle. Dans son article et son livre, Delusions of Gender, Fine dissèque les façons dont la recherche s’égare entre les IRM et le compte-rendu médiatique.

Certains des problèmes commencent avec la recherche. Les études que Fine a analysées étaient souvent conduites sur de petits nombres d’hommes et de femmes, où les différences perçues pouvaient être dues seulement au hasard. Il est très facile et évident pour les neuroscientifiques de comparer les sexes par défaut. Mais quand les neuroscientifiques examinent habituellement les différences entre les sexes, certains chercheurs, juste par hasard, trouveront des différences significatives entre les deux groupes, même s’il n’y a pas de différences réelles entre les hommes et les femmes globalement.

Ce problème des faux positifs dans les résultats est bien connu des scientifiques qui font les recherches ; ils savent qu’une étude sur 20 participants qui trouve une petite région différente entre les hommes et les femmes ne permet pas de tirer une conclusion définitive sur le sujet. Mais ces différences contestables, souvent subtiles, sont volontairement exploitées par les auteurs de livres populaires, dit Fine.

L’autre problème est comment interpréter les différences dans le cerveau entre les sexes. Les neuroscientifiques commencent seulement à comprendre comment l’activité neurale provoque des phénomènes psychologiques complexes. La tentation, à laquelle les auteurs de livres à succès cèdent facilement, est d’utiliser les stéréotypes des sexes pour combler ce fossé dans la connaissance scientifique.

Le fait que les études de neuro-imagerie utilisent des machines complexes et couteuses, qui semblent faire des photographies du cerveau, pourrait aussi rendre leurs résultats plus réels, plus fiables et plus impressionnants que des études comportementales. Il en résulte que des preuves de ressemblances comportementales substantielles, ou que la sensibilité des différences de sexes au contexte, peuvent être éclipsées par un seul résultat rapportant une différence cérébrale entre les hommes et les femmes.

"Il faut une saine dose de scepticisme dès qu’il s’agit des comptes-rendus sur les différences cérébrales entre les sexes, et sur ce qu’elles veulent dire" dit Fine, qui précise que ces affirmations sur les différences entre les cerveaux des hommes et des femmes renforcent les stéréotypes démodés entre les sexes.

- Cerveau, Sexe & Pouvoir. Collectif.


Références et notes :

[1] From Scanner to Sound Bite : Issues in Interpreting and Reporting Sex Differences in the Brain. Current Directions in Psychological Science.

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