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Les experts autoproclamés sont plus victimes d’une illusion de la connaissance

Le 27 juillet 2015

Une recherche révèle que plus les gens pensent qu’ils en savent beaucoup sur un sujet en général, et plus ils sont susceptibles de faire état d’une "connaissance" provenant d’informations complètement fabriquées et de faits erronés, un phénomène connu comme étant la "surdéclaration" ou "déclaration excessive" [1]. Stav Atir, auteur de l’étude, déclare de ses travaux montrent que la tâche, en apparence sincère, qui consiste à juger la connaissance d’un individu peut ne pas être si simple, notamment pour les personnes qui croient avoir un niveau de connaissance relativement élevé. Pour découvrir pourquoi les gens font ces déclarations artificielles, Atir et ses collègues de l’Université de Cornell et de Tulane ont conçu une série d’expériences pour tester la connaissance que les individus croient avoir, pour la comparer à leur expertise réelle.

Dans un ensemble d’expériences, les chercheurs ont testé si les individus qui se percevaient eux-mêmes comme experts en finances étaient plus enclins à faire des affirmations à propos de termes financiers inventés. Cent participants devaient évaluer leur connaissance globale du domaine de la finance, tout comme leur connaissance de 15 termes financiers spécifiques. La plupart des termes de la liste étaient réels (par exemple " fonds en fidéicommis", "inflation", "capitaux propres"), mais les chercheurs ont également ajouté des termes inventés ("actions pré-nominales", "déduction à taux fixe", "crédit annualisé").

Comme ils s’y attendaient, les gens qui se percevaient eux-mêmes comme des "as de la finances" étaient les plus susceptibles de revendiquer leur expertise à propos des expressions financières inventées. "Plus les gens croyaient qu’ils en savaient beaucoup en finance en général, et plus ils faisaient des déclarations excessives à propos des termes financiers fictifs," dit Atir. "Le même comportement est apparu dans d’autres domaines comme la biologie, la littérature, la philosophie et la géographie," disent-ils. "Par exemple, l’évaluation des gens sur leur connaissance de termes biologiques en particulier dépendra en partie de la façon dont ils pensent être experts en biologie en général."

Dans une autre expérience, les chercheurs ont informé un ensemble de 49 participants que certains des termes de la liste seraient inventés. Même après avoir été avertis, les experts autoproclamés étaient plus susceptibles de déclarer être familiers des faux termes, comme par exemple celui de "méta-toxines" ou encore de "bio-sexuel". Pour confirmer que l’expertise auto-perçue des gens était à l’origine de leurs surdéclarations, les chercheurs ont manipulé le sentiment de maîtrise de la connaissance des participants par un quiz de géographie. Ces derniers étaient répartis au hasard pour compléter soit un quizz facile sur les villes des USA, soit un quiz difficile sur des endroits obscures ou pas de quizz du tout. Les participants qui ont complété le quiz le plus facile se percevaient comme des experts, et ils rapportaient avoir plus de connaissances en matière de géographie que les individus des autres groupes.

Les participants ont ensuite évalué leur familiarité avec une liste de vraies villes américaines, et quelques-unes complètement fausses. Dans les trois conditions, les gens ont reconnu les véritables lieux, comme Philadelphie ou l’Esplanade Nationale. Ironiquement, les personnes qui avaient passé le quizz le plus simple, et conclu qu’ils en savaient plus sur la géographie, étaient plus susceptibles que les deux autres groupes d’affirmer en savoir plus sur les endroits qui n’existent pas, comme par exemple Cashmere en Oregon. L’équipe de recherche prévient cependant que la tendance à faire des affirmations excessives, notamment par les experts autoproclamés, pourrait en fait empêcher ces individus de s’informer eux-mêmes précisément dans ces domaines dans lesquels ils considèrent en savoir beaucoup, ce qui peut avoir des résultats potentiellement désastreux.

Par exemple, le fait de ne pas reconnaître ni admettre les lacunes de son savoir dans le domaine de la finance ou de la médecine peut facilement conduire à prendre des décisions non-informées ou erronées qui auront des conséquences désastreuses pour les individus. Le fait d’explorer quand et pourquoi les individus font des déclarations excessives peut s’avérer être d’une grande importance pour lutter contre cette menace, non pas celle de l’ignorance mais celle de l’illusion du savoir, conclut l’équipe de chercheurs. Ce peut être notamment le cas dans les domaines des thérapies alternatives, des pseudo-médecines et de la pseudoscience, dans lesquels de nombreux "praticiens" ou "thérapeutes" croient en savoir plus ou autant qu’un médecin, scientifique ou chercheur alors qu’ils sont loin de maîtriser le domaine de la médecine, des sciences, de la physique ou de la biologie.

Cette illusion du savoir chez ces thérapeutes est renforcée par le fait que leur pratique étant leur gagne-pain, l’engagement est tel que l’aveuglement de leurs propres lacunes est encore plus prononcé et durable.


Références et notes :

[1] When Knowledge Knows No Bounds : Self-Perceived Expertise Predicts Claims of Impossible Knowledge. Psychological Science, 2015 0956797615588195.

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