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Les opposants aux OGM sont aussi les plus ignorants sur le sujet

Le 22 janvier 2019

Les individus qui ont les points de vue les plus extrêmes contre les aliments contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM) pensent maitriser la science des aliments génétiquement modifiés, mais en réalité ils en savent très peu.

C’est la conclusion d’une recherche publiée dans le journal scientifique Nature Human Behaviour [1], fruit de la collaboration entre des chercheurs de l’Université de Colorado Boulder, de l’Université Washington à St Louis et de l’université de Pennsylvanie.

Les chercheurs ont demandé à plus de 2000 adultes américains et européens leurs opinions concernant les aliments génétiquement modifiés. Les enquêtes ont demandé aux sondés dans quelle mesure il comprenaient ce qu’étaient les aliments contenant des OGM, puis ils les ont testé sur ce qu’ils savaient sur ce sujet via une batterie de questions vrai/faux sur la science en général et sur la génétique.

Malgré un consensus scientifique qui montre que les aliments OGM sont sans danger pour la consommation humaine et qu’ils peuvent potentiellement apporter des bénéfices nutritionnels importants, de nombreuses personnes s’opposent à leur utilisation. Plus de 90 % des personnes interrogées ont fait part d’un certain niveau d’opposition aux aliments OGM.

Mais les résultats les plus importants de cette étude est que plus les individus sont opposés aux OGM, plus ils croient en savoir sur le sujet, mais plus leurs scores aux tests sur leurs connaissances réelles dans ce domaine étaient bas.

"Ce résultat est pervers, mais il est cohérent avec d’autres recherches sur la psychologie de l’extrémisme," explique Phil Fernbach, l’auteur de l’étude. "Les points de vue extrémistes proviennent souvent de personnes qui pensent maîtriser des sujets complexes mieux qu’ils ne les comprennent en réalité."

L’une des conséquences potentielles du phénomène, d’après les auteurs de la recherche, c’est que les gens qui en savent le moins sur des problèmes scientifiques donnés pourraient être plus enclins à rester comme ils sont, parce qu’ils ne chercheront pas à en savoir plus, et ils ne seront pas réceptifs à de nouvelles connaissances et savoir.

"Nos résultats montrent que changer l’état d’esprit des gens exige d’abord qu’ils puissent évaluer et reconnaître ce qu’ils ne savent pas," disent les chercheurs. "Sans cette étape préalable, les interventions éducatives pourraient ne pas fonctionner correctement ni conduire les individus vers le consensus scientifique." À condition, bien sûr, qu’ils ne soient pas adeptes des théories du complot dans lesquelles les scientifiques sont accusés de tous les maux.

Les chercheurs ont exploré d’autres sujets, comme la thérapie génique et le réchauffement climatique. Ils ont trouvé les mêmes résultats pour la thérapie génique.

Cependant, le modèle n’est pas ressorti pour le rejet du réchauffement climatique. Les chercheurs ont émis l’hypothèse que le débat sur le changement climatique est devenu si polarisé politiquement, que les attitudes des individus dépendent plus du groupe auquel ils appartiennent que de ce qu’ils savent sur le sujet.

Les scientifiques ont prévu de continuer sur la même voie et d’aller plus loin avec d’autres recherches sur la façon dont leurs résultats peuvent jouer un rôle sur des sujets comme la vaccination, le nucléaire et l’homéopathie.

- Les OGM, l’environnement et la santé. Marcel Kuntz.
- OGM : Le vrai et le faux. Louis-Marie Houdebine.


Références et notes :

[1] Philip M. Fernbach, Nicholas Light, Sydney E. Scott, Yoel Inbar, Paul Rozin. Extreme opponents of genetically modified foods know the least but think they know the most. Nature Human Behaviour, 2019.

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