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Les personnes qui réagissent le plus aux faux médicaments profitent le plus des vrais

Le 9 octobre 2015

Différents niveaux de réponse cérébrale face aux faux traitements peuvent prédire la résistance face à la dépression, et aider à l’élaboration de nouveaux traitements.

Quand il s’agit de traiter la dépression, la façon dont une personne réagit aux faux médicaments peut déterminer la façon dont elle va réagir aux vrais. Ceux qui peuvent mobiliser leurs propres forces chimiques cérébrales contre la dépression semblent avoir une avance sur les autres pour vaincre leurs symptômes grâce aux médicaments. Mais ceux dont la chimie du cerveau ne réagit pas autant aux faux médicaments, ou placebos, luttent même après avoir pris un médicament actif.

Ces résultats, publiés dans JAMA [1] permettent d’expliquer les variations des réactions et de la résilience aux traitements qui tourmentent les patients dépressifs et leurs médecins.

Cette découverte ouvre aussi la porte à de nouvelles recherches sur la façon d’amplifier les réponses naturelles du cerveau pour améliorer les traitements contre la dépression. Ces résultats pourraient aider à développer et à tester de nouveaux médicaments, pour les aider à corriger l’effet placebo qui apparaît dans la mesure de l’effet réel d’un médicament.

Antidouleurs naturels

Cette étude est le fruit d’une équipe de recherche qui étudie l’effet placebo depuis plus de dix ans, en ayant recours à des techniques sophistiquées de scanner cérébral chez des gens en bonne santé. Ils ont montré que le système naturel "d’antidouleur" du cerveau – le système mu-opioïde – réagissait à la douleur quand les patients prenaient un placebo. Ils ont aussi étudié la variation génétique qui rend certaines personnes plus susceptibles de répondre à des faux antidouleurs.

Dans le cadre de cette recherche, ils ont étudié la chimie cérébrale de 35 personnes souffrant de dépression majeure non traitée, qui ont accepté d’essayer ce qu’elles pensaient être un nouveau médicament contre la douleur, avant de recevoir un médicament qui avait déjà été approuvé pour traiter la dépression. L’équipe a trouvé que les participants qui ont rapporté une amélioration des symptômes de dépression après avoir pris le placébo avaient aussi la réponse mu-opioïde la plus forte dans les régions du cerveau impliquées dans l’émotion et la dépression. Ces individus étaient aussi plus susceptibles de vivre moins de symptômes après avoir reçu un vrai médicament.

En fait, la réponse au placébo prédisait presque la moitié de la variation entre les individus dans la réponse totale pour l’étude globalement, y compris pour le traitement médicamenteux véritable. "Cette étude démontre que le propre système opioïde du cerveau est impliqué dans la réponse aux antidépresseurs et aux placebos, et que la variation de cette réponse est associée à la variation du soulagement des symptômes," explique le Dr Marta Pecina, auteur de l’étude.

"Ces résultats fournissent un biomarqueur pour la réponse au traitement contre la dépression – une façon objective de mesurer les composés neurochimiques impliqués dans la réponse," ajoute-t-elle. "Nous pouvons imaginer qu’en augmentant les effets placebos, cela permette de développer des antidépresseurs qui agissent plus vite et mieux." Les chercheurs notent que l’effet placebo de cette étude vient non seulement de la croyance des participants selon laquelle ils recevaient un vrai médicament, mais aussi du simple impact d’être dans un environnement de traitement. Ils ajoutent que même si les scientifiques œuvrent à mieux comprendre cet effet, les cliniciens qui traitent les patients pour dépression pourraient vouloir tenir compte de ces découvertes.

"Ces résultats suggèrent que certains individus sont plus sensibles à l’intention de traiter leur dépression, et que cela pourrait être plus efficace si les psychothérapies ou les thérapies cognitives qui augmentent la relation clinicien-patient étaient inclues dans leur parcours de soin, tout comme les médicaments antidépresseurs," dit-il. "Nous devons savoir comment améliorer la résilience naturelle que certaines personnes semblent avoir."

Les études qui testent les antidépresseurs contre les placebos montrent que 40 % de la réponse est due à l’effet placebo. Pour les développeurs de médicaments, ceci constitue une nuisance. Mais pour les chercheurs sur le placebo, c’est comme un appel. "Si 40 % des gens récupèrent d’une maladie chronique sans prendre de médicament, je veux savoir pourquoi," dit le chercheur. "Et si vous réagissez à un médicament mais que la moitié de votre réponse est due à un effet placebo, nous devons savoir ce qui vous rend différent de ceux qui ne réagissent pas aussi bien.’ Ceci pourrait comprendre des effets génétiques qui sont encore à découvrir.

Explorer la puissance placebo

Ces nouveaux résultats ont été obtenus en utilisant la tomographie par émission de positons, ou PET scan, avec une substance qui se fixe aux récepteurs ou cellules cérébrales auxquelles se lient les molécules mu-opioïdes. Dans cette étude randomisée en double-aveugle, les participants n’avaient pas été informés des tenants et des aboutissants de cette étude avant la fin.

Ils ont ensuite reçu un traitement par pilule pendant deux semaines – mais durant l’une de ces semaines, chacun a reçu une information selon laquelle il prendrait une substance supposée activer des mécanismes internes qui pourraient avoir des propriétés antidépresseurs. À la fin de cette semaine, les sujets ont passé un scanner du cerveau et reçu une injection d’eau salée inoffensive dont on leur a dit qu’elle pourrait avoir des propriétés antidépresseurs rapides. Après ces deux semaines et le scanner, ils ont reçu un véritable antidépresseur. Les sujets ont rapporté leurs symptômes de dépression via une échelle de mesure standard sur toute la durée de l’étude.


Références et notes :

[1] Marta Peciña, Amy S. B. Bohnert, Magdalena Sikora, Erich T. Avery, Scott A. Langenecker, Brian J. Mickey, Jon-Kar Zubieta. Association Between Placebo-Activated Neural Systems and Antidepressant Responses. JAMA Psychiatry, 2015.

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