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Les promesses de la lecture rapide sont trop belles pour être vraies

Le 15 janvier 2016

Apprendre à lire rapidement semble être la stratégie la plus pertinente pour rapidement gérer tous ses emails, les comptes rendus, le courrier ou les autres documents textuels que nous pouvons avoir tous les jours, mais un nouveau compte rendu montre que les déclarations mises en avant par les programmes et les outils qui veulent nous apprendre la lecture rapide sont probablement trop belles pour être vraies. En examinant des décennies de recherche sur la science de la lecture, une équipe de scientifiques en psychologie a trouvé très peu de preuves pour soutenir la lecture rapide comme raccourci pour comprendre et se souvenir de grands volumes de contenu écrit en une courte période de temps.

"Les cours d’entrainement à la lecture rapide existent depuis des décennies, mais c’est récemment qu’on a pu assister à une explosion des technologies de lecture rapide introduites sur le marché," explique Elizabeth Schotter, scientifique en psychologie expérimentale de l’Université de Californie et auteure du rapport. "Nous voulions minutieusement analyser la science derrière la lecture pour aider les gens à prendre des décisions informées, et pour déterminer s’il fallait croire aux déclarations mises en avant par les sociétés qui font la promotion de technologies, de solutions ou de cours pour apprendre la lecture rapide."

Leur étude, publiée dans le journal scientifique Psychological Science in the Public Interest [1], montre qu’il n’y a pas de raccourci quand il s’agit de lire plus rapidement tout en comprenant parfaitement ce qu’on lit. "Les preuves scientifiques disponibles démontrent qu’il y a un compromis entre la rapidité et la précision. Quand les lecteurs passent moins de temps sur le matériaux à lire, ils ont nécessairement une mauvaise compréhension de ce qu’ils lisent," explique Schotter.

La lecture est une danse complexe entre différents processus mentaux et visuels, et la recherche montre que les lecteurs habiles lisent déjà rapidement, en moyenne de 200 à 400 mots par minute. Certaines technologies de lecture rapide affirment qu’elles fournissent un coup de pouce supplémentaire en éliminant le besoin de faire des mouvements oculaires en présentant rapidement les mots au centre d’un écran d’ordinateur ou de mobile, où chaque nouveau mot remplace le mot précédant. Le problème que les chercheurs ont décelé est que les mouvements des yeux ne comptent pas pour plus de 10 % du temps passé à lire, et que le fait d’éliminer la capacité de revenir en arrière pour relire le mot précédent et la phrase précédente tend au contraire à provoquer une plus mauvaise compréhension globale du texte, et non une meilleure compréhension.

La science montre que le plus gros obstacle ne vient pas de notre vision, mais plutôt de notre aptitude à reconnaître les mots et les processus par lesquels ils se combinent pour rendre les phrases compréhensibles. "Les prétendues solutions qui mettent l’accent sur la rapidité de l’entrée des mots, sans rendre le langage plus simple à comprendre, auront une efficacité limitée," expliquent-ils.

Alors que certains pourraient affirmer avoir des capacités de lecture prodigieuses, ces déclarations ne tiennent en général pas quand on les teste. Les études ont montré que ces individus en savent généralement déjà beaucoup sur le sujet ou le contenu de ce qu’ils sont supposés lire rapidement. Sans cette connaissance, ils ne retiennent habituellement pas plus de choses de ce qu’ils ont lu, et ne sont pas capables de répondre aux questions substantives à propos du texte.

Cela ne veut cependant pas dire que nous serons obligatoirement toujours figés dans une vitesse de lecture identique. La recherche montre que le fait de parcourir rapidement et de prioriser efficacement certaines parties plus informatives d’un texte, tout en passant rapidement sur d’autres, peut être efficace quand nous ne sommes intéressés que par l’idée générale de ce que nous lisons, au lieu de chercher à en avoir une compréhension plus profonde et plus complète.

En fait, les données montrent que les "lecteurs rapides" les plus efficaces écrèment efficacement les textes, qu’ils connaissent déjà très bien le sujet qu’ils lisent, et sont de ce fait en mesure d’en sélectionner les éléments clés plus rapidement.

La science montre que la seule chose qui puisse aider à accélérer la capacité de lecture est de s’entrainer à lire pour comprendre. Le fait de plus s’exposer aux écrits sous différentes formes nous apporte un vocabulaire plus important et plus riche, tout comme une expérience contextuelle qui peut nous aider à anticiper les mots qui viennent, et à faire des inférences concernant la signification des mots ou phrases que nous ne reconnaissons pas immédiatement.

En fin de compte, il n’y a pas de possibilité ni de stratégie permettant de compresser un roman d’une seule traite, ni de traiter une boite mail bien pleine pendant le déjeuner.

"Il n’y a pas de solution miracle," dit Schotter. "Nous exhortons les gens à rester sceptiques et à exiger des preuves scientifiques lorsque quelqu’un propose une méthode de lecture rapide, qui prétend doubler ou tripler la vitesse de lecture, sans sacrifier la compréhension complète du texte."


Références et notes :

[1] So much to read, so little time : How do we read, and can speed reading help ? Psychological Science in the Public Interest ? 2016, vol. 17 no. 1 4-34.

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