Accueil du site > Nouvelles > Les remèdes de charlatan ont du succès parce qu’ils sont inutiles (...)

Les remèdes de charlatan ont du succès parce qu’ils sont inutiles !

Le 2 mai 2009

Manger un vautour ne soignera pas la syphilis, pas plus que boire une mixture de bave de crapaud ne traitera la lèpre, mais ces faux traitements médicaux se répandent et ont du succès précisément parce qu’ils ne fonctionnent pas. C’est la conclusion contre intuitive à laquelle est arrivé un modèle mathématique du charlatanisme médical.

Les traitements inefficaces ne soignent aucune maladie, ainsi ceux qui en sont victimes en parle à plus de monde que ceux qui guérissent rapidement après avoir pris de véritables médicaments.

"L’hypothèse est que quand des gens prennent un traitement pour essayer, ils observent essentiellement d’autres personnes" explique Mark Tanaka, biologiste mathématicien de l’Université de New South Wales à Sydney, qui a réalisé cette étude [1]. "Les gens ne savent pas nécessairement que ce que quelqu’un essaye va marcher."

L’Organisation Mondiale de la Santé demande plus de preuves montrant que les médecines traditionnelles marchent avant de les approuver. Le gouvernement de Malaisie a rejeté plus d’un tiers des 25000 requêtes d’enregistrement de remèdes traditionnels reçus, parce que ces traitements sont inefficaces ou dangereux.

Malgré tous ces efforts, les produits charlatanesques persistent dans le monde entier. Certains Nigériens traitent la malaria avec la sorcellerie, un ministre de la santé Sud Africain a déclaré que l’ail et la betterave pouvaient traiter le VIH, et l’Occident est envahie de traitements non prouvés pour pratiquement toutes sortes de maladies, comme l’homéopathie, des potions de jouvence et autres racines.

Des traitements contagieux

Pour comprendre pourquoi ces traitements de charlatans persistent face aux remèdes prouvés, Tanaka a appliqué des modèles mathématiques, utilisés pour mesurer l’adaptation évolutionniste, aux traitements médicaux.

Son modèle a rendu compte de facteurs comprenant le taux de conversion à un traitement, l’efficacité du traitement, le taux de gens abandonnant un traitement, les probabilités de guérison naturelle et les chances de décéder. Le modèle commence avec une seule personne faisant la démonstration d’un traitement (inutile ou non) et mesure combien de personnes sont influencées pour continuer à essayer le traitement.

Tanaka a trouvé que dans un large éventail de conditions, les traitements charlatanesques accumulent plus de convertis que les médicaments prouvés qui permettent de guérir rapidement. "Le fait que des produits ne marchent pas signifie que les gens qui les utiliseront resteront malades plus longtemps" et ils parleront de ces traitements à plus de gens, ajoute-t-il.

Les mauvais traitements ne gagnent cependant pas toujours. Des maladies récurrentes sont plus susceptibles de favoriser des traitements efficaces que des maladies rares, parce qu’une démonstration répétée élimine les mauvais traitements.

Seulement demander

Mais ce modèle est-il valide dans les cultures ou la médecine scientifique, fondée sur des preuves issues d’études, prédomine, et où les autorités médicales et scientifiques analysent la plupart des traitements médicaux ?

Tanaka le pense, désignant la popularité des thérapies alternatives et le débat sur l’efficacité de certains médicaments pourtant approuvés par les autorités de la santé. "Dans de nombreuses situations, les gens ne font qu’observer et copier les autres, sans tenir compte de l’information officielle ou scientifique à leur disposition" dit-il.

Et dans certains cas, une étude scientifique évaluée pourrait conclure qu’un médicament marche, alors qu’une autre dit le contraire. "Même où il y a un peu de recherche clinique, nous ne savons pas réellement si certains médicaments sont efficaces" dit-il.

"Je pense que l’idée est intéressante et astucieuse" dit James Holland Jones, anthropologue biologique de l’Université de Stanford. Cependant, le langage permet aux gens d’examiner des remèdes non prouvés sans les essayer, ajoute-t-il, ce qui fait que vous pouvez seulement demander si un traitement était efficace. "Vous n’avez pas obligatoirement besoin de tout copier."

- Le sommeil de la raison. Norbert Bensaïd.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l’ostéopathie Thomas Sandoz.


Références et notes :

[1] From Traditional Medicine to Witchcraft : Why Medical Treatments Are Not Always Efficacious.. PLoS-ONE. M. Tanaka, J. Kendal, K. Laland.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2019 - Charlatans.info |