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Les retraits d’articles scientifiques biaisés ou frauduleux, l’arbre qui cache la forêt ?

Le 18 juin 2015

Les études cliniques publiées dans les journaux médicaux permettent aux médecins et aux scientifiques de s’élever dans la hiérarchie de la recherche. Alors que la plupart joue honnêtement le jeu de la publication, d’autres trichent. Tandis que toutes ces fautes professionnelles sapent la confiance du public dans la science – comme cela est le cas avec le récent article retiré à propos des électeurs gay [1] [2] – les scandales concernant la recherche médicale mettent en danger la santé de millions de patients dans le monde.

Les professionnels et les patients dépendent des résultats des analyses d’études cliniques, qui évaluent toutes les preuves d’un problème en particulier, pour savoir si un traitement est sûr et efficace ou non. Cependant, ceux qui coordonnent la préparation des revues systématiques Cochrane des traitements pour les patients gravement blessés, pensent que ces types de revues ne peuvent pas être totalement fiables à cause de ces fraudes professionnelles et les biais de publication. Argument récemment développé dans le British Medical Journal [3].

Comptes rendus falsifiés

La plupart des rédacteurs en chef et des relecteurs des journaux médicaux prennent les comptes rendus des essais cliniques pour argent comptant, et font peu d’efforts pour vérifier si un essai en particulier a vraiment eu lieu. Une revue systématique Cochrane qui a montré que l’infusion de hautes doses de solutions sucrées empêchait le décès après une blessure à la tête a par exemple été retirée ensuite [4], après que les relecteurs de la revue aient été incapables de confirmer que les études avaient bien eu lieu !

Dans le cadre de leurs investigations, les relecteurs et rédacteurs de la London School of Hygiene & Tropical Medicine ont contacté le rédacteur en chef du journal qui avait publié l’une des études suspectes. Sa réponse était qu’il y avait des doutes sur les données, mais que ces doutes étaient différents d’une fabrication pure et simple des données. Dans la même veine, les conclusions d’une revue sur les infusions d’amidon pour des patients très malades ont été substantiellement modifiées après l’exclusion de sept études fabriquées de toutes pièces [5].

Déceler et traquer la fraude est un travail difficile, et il est plus facile pour les rédacteurs d’un journal d’ignorer le problème et de perpétuer le mythe selon lequel les relectures des essais cliniques par des professionnels assurent leur qualité scientifique. Mais comment des revues systématiques peuvent fournir des "preuves fiables" quand toutes ces preuves reposent sur la confiance seule ?

Les biais dans les revues

Le second problème majeur est que la littérature médicale contient un échantillon biaisé des essais cliniques. Les essais cliniques qui montrent qu’un traitement en particulier est efficace sont beaucoup plus susceptibles d’être publiés que ceux qui ne montrent aucun bénéfice ou ceux qui affichent des résultats négatifs. En conséquence, les revues systématiques qui reposent sur la recherche publiée sont biaisées, elles mettent l’accent sur le positif et éliminent le négatif. Malgré des décennies d’exhortations concernant la publication des études, la moitié des études environ demeure non publiée – et ainsi, même les efforts les plus assidus pour faire une synthèse des résultats provenant de toutes les études cliniques pertinentes sont vains.

Même quand les essais sont publiés, l’information sur les effets secondaires est souvent négligée des comptes rendus. L’information sur les études cliniques est trop importante pour ne dépendre que du jeu de la publication – après tout, la vie des patients en dépend. Les analyses des éléments de preuve de la recherche devraient reposer sur les données des études véritables, réelles, obtenues à partir des registres obligatoires des essais cliniques. Ces registres devraient préciser à l’avance l’information qui doit être collectée dans l’étude – et quand l’étude a été complétée, ils devraient fournir les données brutes réelles. À condition que toute l’information collectée évite les biais associés à la publication de certains résultats sélectionnés seulement.

Le public doit savoir ce que l’étude a trouvé plutôt qu’une simple sélection des résultats par un médecin, conçue habituellement pour rendre les résultats plus intéressants ou digne d’être publiés. Pourtant, les journaux médicaux et les éditeurs des revues systématiques n’ont rien qui les pousse à changer. Ils gagnent de l’argent en mettant en exergue tout ce que les manuscrits de recherche leur offre. Lorsque les scandales de fraude font les gros titres, ils lèvent les bras au ciel en horreur mais rien ne change structurellement !

Bien que la recherche clinique et les études soient lourdement régulées, la recherche fabriquée de toutes pièces est totalement immunisée contre cette régulation, car tout ce dont elle a besoin est d’un docteur qui a perdu la raison et qui a accès à un ordinateur. Il ne manque pas de journaux pour le publier, et ce sans poser de questions. Des progrès ne seront sans doute constatables que quand le public sera véritablement impliqué.

Une information scientifique médicale précise et juste est un bien public aussi important que de boire de l’eau potable. Nous avons besoin d’un système d’information de la recherche médicale qui délivre une information scientifique pure, qui ne soit pas corrompue par les intérêts carriéristes de certains scientifiques ni par les intérêts commerciaux des maisons d’édition.


Références et notes :

[1] When contact changes minds : An experiment on transmission of support for gay equality. Science Dec. 2014 : Vol. 346 no. 6215 pp. 1366-1369.

[2] Expression of Concern on LaCour and Green, Science 346 (6215) 1366-1369. Science, 2015 : Vol. 348 no. 6239 p. 1100.

[3] The knowledge system underpinning healthcare is not fit for purpose and must change. BMJ, 2015 ; 350

[4] Doubts over head injury studies. BMJ 2007 ; 334

[5] Medical journals retract "unethical" research. Reuters, Mar 4, 2011.

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