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Les scientifiques ne peuvent rien contre la gueule de bois

Le 26 décembre 2008

Ils peuvent envoyer un homme sur la Lune, mais sont incapables de trouver une recette contre les effets secondaires de la cuite. Si l’on considère combien la gueule de bois a pu affliger les êtres humains depuis des temps immémoriaux, on pourrait se dire que trouver un moyen efficace pour éviter des lendemains de fête difficiles serait un objectif de santé publique des plus importants, comme celui de disposer d’eau potable ou de l’alphabétisation féminine !

Pourtant, il n’existe aucun combat contre la gueule de bois comme il existe une lutte contre le cancer. Aucune course des multinationales pour trouver le gène de la cuite. Même les associations contre l’alcoolisme s’en foutent !

Vous n’avez qu’à pas boire autant. Les chercheurs essayent de trouver le gène de l’obésité ou de la graisse afin que nous puissions nous gaver de hamburgers sans faire aucun exercice tout en restant en bonne santé. Mais aucun effort dès qu’il s’agit de boire !

S’il y a bien un Prix Nobel qui serait mérité, ce serait celui de la cure contre la gueule de bois.

Le mal par le mal

Au lieu de cela, nous avons droit à toute une tripotée de remèdes faits maison qui ne marchent pas. Une étude publiée dans le British Medical Journal [1] de décembre 2005, et abondamment téléchargée chaque fin d’année, a passé en revue tous les traitements proposés contre la gueule de bois, et a trouvé qu’aucun de ceux-la ne faisaient mieux que les placébos. C’est-à-dire que vous pouvez laisser tomber votre pastis matinal, sans le mélanger à un œuf et du citron, il aura le même effet. En 2008, une autre étude publiée au BMJ [2] est venue confirmer les doutes : pas de remèdes pour les fêtards.

Le peintre anglais Francis Bacon avait lui-même résumé la situation après ses propres recherches : "Je n’ai jamais trouvé de panacée pour la gueule de bois" disait-il. "Je ne pense pas qu’il en existe une hormis le suicide."

Mais les recettes proposées dans le monde ne semblent pas plus sympathiques que le suicide : une soupe au sang de bœuf épicée pour la Corée, un yaourt à l’ail en Turquie, de l’eau salée en Pologne, du hareng en Allemagne, de la végémite en Australie et une menudo, une soupe de tripes, pour le Mexique, qui ne feront qu’empirer le mal de tête et les nausées.

Trop de symptômes

L’une des raisons pour laquelle il n’existe aucun traitement contre la gueule de bois est qu’elle s’entoure de trop de symptômes. Celle-ci est principalement causée par les effets toxiques de l’alcool. Le premier est la déshydratation : par une cascade d’événements chimiques, l’alcool signale au rein d’uriner davantage. Même si vous buvez de la bière coupée à l’eau, vous excréterez plus d’eau que vous en absorberez. C’est la principale cause des maux de tête et de la bouche sèche.

Ensuite, l’alcool irrite les parois de l’estomac, ce qui cause des nausées. Des sous-produits du métabolisme de l’alcool inhibent la production de glucose et de certains éléments nutritifs, il en résulte de faibles niveaux de sucre dans le sang, des carences électrolytes et en vitamines. C’est ce qui cause la fatigue (en plus parfois du manque de sommeil), l’instabilité et l’irritabilité. Le manque de glucose pour l’énergie du cerveau rend toute concentration difficile et une plus grande susceptibilité à la lumière et au bruit.

La plupart des boissons alcoolisées contiennent des éléments chimiques collectivement connus comme étant des "congénères", qui comprennent différents types d’alcool plus toxiques que l’éthanol. Les vodkas et le gin purs (lire, "plus chers") ont peu, sinon pas du tout, de congénères, ainsi boire ces derniers réduit les chances d’avoir une terrible gueule de bois le lendemain. Les boissons plus "obscures", comme les whisky et vins rouges, sont chargés en congénères, en effet, ils instillent la plupart du goût de ces boissons.

Mieux que rien

L’eau pourrait minimiser les effets secondaires de la cuite. Boire de l’eau entre deux cocktails ne vous hydratera pas plus, mais cela pourrait vous permettre de moins boire. Boire un verre d’eau avant de dormir (en supposant que vous ne vous êtes pas évanoui) et pendant tout le lendemain peut minimiser les terribles migraines.

Si votre estomac peut le tolérer, l’aspirine est meilleure que les antidouleurs qui contiennent du paracétamol, parce que le mélange d’alcool et de paracétamol peut endommager le foie, surtout si cela devient une habitude.

Les boissons sportives énergisantes ou les bouillons de soupe peuvent à la limite remplacer les électrolytes perdus. Les bananes ne sont pas mauvaises car elle contiennent du fructose (pour augmenter le sucre dans le sang) et du potassium (électrolyte) et peuvent aider à rétablir l’estomac.

Pire que rien

Le café pourrait vous faire du bien, en soulageant un symptôme, mais être en fin de compte pire parce que la caféine est un diurétique, ce qui déshydrate encore plus. Reboire de l’alcool, le mal par le mal, va stresser davantage l’estomac. On pourrait se sentir mieux, mais le corps ira plus mal encore.

Hélas, la gueule de bois est donc le seul moyen que la nature ait trouvé pour nous dire qu’il faut boire avec modération.

- Idées folles, idées fausses en médecine. Skrabanek, Mc Cormick.


Références et notes :

[1] Interventions for preventing or treating alcohol hangover : systematic review of randomised controlled trials. BMJ 2005 ;331:1515-1518. 24 Dec. 2005.

[2] Festive medical myths. BMJ 2008 ;337:a2769.

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