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Parler de risque peut réduire le consensus sur la science et la technologie

Le 9 novembre 2010

Quand il s’agit de parler de la science et de la technologie au public, le fait d’en parler ouvertement ne semble pas fonctionner.

Une étude de l’Université de Caroline du Sud [1] montre que plus les gens parlent des risques et des bénéfices associés aux avancées de la science, plus ils se retranchent derrière leurs points de vue, et moins ils sont susceptibles de percevoir les mérites des autres points de vue.

"Cette recherche met en lumière les difficultés des instances scientifiques et dirigeantes dès qu’il s’agit d’évoquer la science et les problèmes technologiques, comme les cellules souches et le réchauffement global" explique le Dr. Andrew Binder, auteur de l’étude. "Les agences gouvernementales et les scientifiques considèrent la recherche sur ces sujets comme vitale et nécessaire pour le futur d’un pays, mais mettre en place un consensus public pour ce genre de recherche devient incroyablement difficile."

Les chercheurs voulaient comprendre comment les gens parlaient des risques associés à des problèmes scientifiques et technologiques qui ne leur sont pas familiers, explique Binder. "La plupart des gens, quand on les met face à des sujets associés à la science ou à la technologie, adopte une position de soutien ou d’opposition" dit-il. "Nos résultats de recherche démontrent très clairement que plus les gens parlent de sujets de science et de technologie qui les divise (et qu’ils ne maitrisent pas forcément), et moins les deux camps sont susceptibles de percevoir les sujets de la même façon. Cela est problématique parce que cela suggère que les individus sont très sélectifs dans le choix de leurs partenaires de discussion, et qu’ils n’écoutent que ce qu’ils veulent écouter pendant les discussions sur des sujets controversés."

Dans cette étude, les chercheurs se sont concentrés sur le débat public américain relatif à la construction d’un laboratoire de défense biologique [2]. Six sites d’implantation sont sur les rangs. Certains membres du public sont opposés à la construction de ce laboratoire près de chez eux, craignant pour les maladies animales infectieuses dans leur communauté.

Les chercheurs ont réalisé des enquêtes sur les résidents qui vivent près des sites proposés, afin de collecter des données sur leur perception des risques et des bénéfices potentiels associés au projet. Les résultats ont montré que chez les personnes opposées à l’implantation, plus un individu discutait du sujet avec d’autres personnes de sa communauté, et plus il se retranchait fermement derrière sa perception de risques importants et de bénéfices mineurs. Inversement, parmi ceux qui soutenaient l’implantation du laboratoire, une augmentation des discussions conduisait à une augmentation des bénéfices et à une réduction de la perception des risques.

Ce phénomène pourrait donc expliquer les réactions de rejet du public, menés par des médias télévisuels et radiophoniques dont l’inculture scientifique n’est plus à démontrer, contre des sujets comme les OGM, les ondes radio, ou encore le nucléaire.

- Pourquoi avons-nous peur de la technologie ? Daniel Boy


Références et notes :

[1] Interpersonal Amplification of Risk ? Citizen Discussions And Their Impact On Perceptions Of Risks And Benefits Of A Biological Research Facility. Dietram Scheufele, Dominique Brossard, Albert Gunther, Risk Analysis.

[2] National Bio- and Agro- Defense Facility, NBAF - C’est un projet de 450 millions de $, sous la responsabilité de la Homeland Security, qui doit faire de la recherche sur les maladies des plantes, des animaux et des humains. Le laboratoire va mettre l’accent sur les façons de combattre les risques de bio-terrorisme dans la chaîne alimentaire.

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