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Peut-on traiter les acouphènes ?

Le 7 novembre 2012

Il y a plusieurs caractéristiques qui font d’un symptôme ou d’une maladie une cible facile pour les promoteurs de toutes sortes de thérapies peu orthodoxes. Des symptômes subjectifs sont plus susceptibles d’être ciblés que des conditions objectives, raison pour laquelle on ne voit pas beaucoup de pseudo thérapies s’attaquer aux traitements de contraception. Les symptômes pour lesquels l’effet placébo seul est susceptible de produire une illusion d’efficacité sont de bonnes cibles pour des traitements inefficaces.

Des symptômes qui évoluent naturellement avec le temps sont de bonnes cibles faciles, les patients sont plus enclins à chercher un traitement quand leurs symptômes sont au maximum, ce qui signifie que la régression vers la moyenne spontanée apportera une illusion d’efficacité pour toute intervention. Les maladies qui ont une composante psychologique substantielle (comme celles qui empirent avec le stress ou qui sont émotionnelles, comme l’anxiété) sont susceptibles de bénéficier d’effets non spécifiques d’actions thérapeutiques quelles qu’elles soient, ce qui rend le traitement lui-même sans importance.

Finalement, toute condition ou symptôme pour lequel il n’y a actuellement aucun traitement efficace est un marché mûr pour l’exploitation.

Les acouphènes possèdent plusieurs de ces caractéristiques. Par "acouphènes" on entend l’expérience de bruits spontanés perçus dans une ou les deux oreilles, ce qui peut être un bourdonnement, un sifflement, un son ou un tintement. La sévérité des acouphènes, leur force, peut varier avec le temps, mais sans doute plus important est le degré de gêne des acouphènes qui peut considérablement varier. Le son est dérangeant et peut avoir un impact important sur la qualité de la vie.

Ceux qui vivent avec des acouphènes peuvent parfois ignorer le son (selon sa sévérité), peuvent être distraits par ce son et pourraient même apprendre, via une thérapie cognitive, à s’y habituer. Par conséquent, nous pourrions nous attendre à ce que les acouphènes soient sensibles à l’effet placebo.

En fin de compte, il n’y a pas de traitement dont l’efficacité ait été prouvée contre les acouphènes, ce qui veut dire que ceux qui en souffrent pourraient être désespérés dans leur quête d’une solution de traitement. Or, le désespoir est une marchandise très prisée par les vendeurs de poudre de perlimpinpin.

Évidemment, il y a quelques traitements "alternatifs" qui revendiquent une efficacité contre les acouphènes. Il y a aussi certains traitements expérimentaux mais scientifiquement légitimes. Les neuroscientifiques ne connaissent toujours pas avec certitude les causes, la pathophysiologie, des acouphènes. Une théorie, cependant, est qu’elles sont causées par une inhibition tonique insuffisante (le système nerveux fonctionne généralement en inhibant l’allumage des neurones à la base, jusqu’à ce qu’ils soient activés). L’acide gamma-amino butyrique (GABA) est le neurotransmetteur inhibiteur le plus fréquent dans le cerveau, ainsi, il est possible qu’une réduction de l’activité du GABA dans le système auditif soit l’une des composantes des acouphènes. Les médicaments qui augmentent l’activité du GABA dans le cerveau constitueraient de ce fait un traitement plausible contre les acouphènes.

L’un des médicaments antagoniste du GABA, le vigabatrine [1] a été testé sur des modèles animaux des acouphènes et a montré être quelque-peu efficace. Nous ne savons cependant pas encore dans quelle mesure le modèle animal est un indicateur fiable ou utile, et le médicament est toujours dans l’attente d’un essai sur l’être humain. Il s’agit là d’une information tout à fait préliminaire et non pas d’un traitement de base adéquat. Un autre médicament GABA, la gabapentine, a été testée sur des humains. Une revue des études [2] n’a trouvé que deux études de valeur, qui ont toutes deux conclu que la gabapentine n’était pas plus efficace qu’un placébo. Cependant, ces études ne suffisent pas à définitivement écarter un effet.

Il y a aussi des preuves préliminaires que le médicament clonazépam pourrait être efficace contre les acouphènes [3]. Mais ce médicament a aussi des effets anti-anxiété et l’étude n’était pas en double aveugle, il est donc trop tôt pour en tirer des conclusions définitives.

En dehors de ces exemples de thérapies pharmacologiques reposant sur des études scientifiques, il y a d’autres traitements comme le traitement de recyclage des acouphènes (TRA) ou le masquage des acouphènes (MA). Il y a une seule étude ayant montré l’efficacité du TRA comparée au MA (non aveugle et non contrôlée contre placebo) [4], avec des effets significatifs contre les acouphènes sévères, et des effets modestes contre les acouphènes légers ou modérés. Le MA implique l’utilisation d’oreillettes [5] (essentiellement des aides à l’écoute) qui produisent un son qui masque le bruit pour barrer les acouphènes. Actuellement, ces deux interventions semblent être les plus efficaces contre les acouphènes, mais leur efficacité est modeste.


Références et notes :

[1] J Assoc Res Otolaryngol. 2007 Mar ;8(1):105-18. Vigabatrin, a GABA transaminase inhibitor, reversibly eliminates tinnitus in an animal model. Brozoski TJ, Spires TJ, Bauer CA.

[2] Am J Audiol. 2011 Dec ;20(2):151-8. Gabapentin for tinnitus : a systematic review. Aazh H, El Refaie A, Humphriss R.

[3] J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2012 ; 83(8):821-7. Clonazepam quiets tinnitus : a randomised crossover study with Ginkgo biloba. Han SS, Nam EC, Won JY, Lee KU, Chun W, Choi HK, Levine RA.

[4] J Am Acad Audiol. 2006 Feb ;17(2):104-32. Outcomes of clinical trial : tinnitus masking versus tinnitus retraining therapy. Henry JA, Schechter MA, Zaugg TL, Griest S, Jastreboff PJ, Vernon JA, Kaelin C, Meikle MB, Lyons KS, Stewart BJ.

[5] Prog Brain Res. 2007 ;166:341-5. Hearing aids for the treatment of tinnitus. Del Bo L, Ambrosetti U.

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